Cent millions de travailleurs migrants n'ont pas accès aux hôpitaux publics, dont les tarifs sont trop élevés. Des initiatives humanitaires privées apparaissent, non sans difficultés.
Madame Zhao Huaqiong, médecin à la retraite de Hangzhou [capitale de la province du Zhejiang, dans le sud-est de la Chine], a ouvert à ses frais le centre de consultation Chongyi, connu pour être le premier hôpital privé pour travailleurs migrants. L'établissement ne demande aucuns frais d'inscription ni de consultation, et ne fait pas payer les examens médicaux classiques. Et il ne facture les médicaments qu'au prix coûtant, quand il ne les délivre pas gratuitement. Une telle initiative a été saluée très positivement, mais les concerts de louanges ne suffisent pas à dérider le front soucieux de Mme Zhao. Le centre de consultation Chongyi serait en proie, selon la presse, à de graves difficultés financières et le spectre de la faillite planerait sur l'établissement. Ses problèmes de gestion, entraînés par le manque de trésorerie, lui auraient par ailleurs valu des sanctions administratives. Les autorités de tutelle justifient ces sanctions par la nécessité de respecter la loi, ce que le centre de consultation Chongyi n'a pas fait.
Je veux bien croire que les explications fournies par les services administratifs soient sincères et réelles. Quand bien même, je persiste envers et contre tout à soutenir l'action du Dr Zhao. Certes, toute infraction doit être sanctionnée et une gestion rigoureuse est la marque d'un certain sens des responsabilités à l'égard des patients. Néanmoins, la fonction principale des services administratifs n'est pas de sanctionner, mais de servir. Dans la mesure où quelque chose est bénéfique pour la société et profitable à la population, l'administration devrait lui donner son feu vert. L'hôpital pour travailleurs migrants de Zhao Huaqiong est-il bénéfique pour la société et profitable à la population ? La réponse est oui, sans aucun doute !
Les services municipaux réservés aux citadins
Les travailleurs migrants constituent une classe défavorisée, mais ils ont fortement contribué à la croissance économique chinoise, en particulier dans les villes. Malheureusement, dans la plupart des cas, ils ne bénéficient pas des ressources offertes par les municipalités, et en particulier des prestations de santé. Par conséquent, pour cette frange de la population, la maladie est le pire des cauchemars.
L'apparition d'un hôpital pour travailleurs migrants prouve bien l'existence d'un besoin réel, tout en montrant les insuffisances de l'offre municipale dans ce domaine. Les institutions gouvernementales doivent offrir des services publics aux citoyens. Mais, en matière d'accès aux soins des travailleurs migrants, les autorités municipales font pour l'instant preuve d'un manque de réactivité. C'est donc une excellente chose que l'initiative privée compense les insuffisances des municipalités en fondant des hôpitaux. Une telle démarche devrait être approuvée par les autorités locales.
Les tracasseries administratives dont est victime l'hôpital pour migrants sont donc incompréhensibles. Pour un établissement de ce genre, il est fatal que les débuts soient quelque peu chaotiques. Les autorités administratives devraient adopter une attitude bienveillante et compréhensive, lui prodiguer des conseils et l'aider à rectifier ses erreurs plutôt que le sanctionner sans autre forme de procès. Par exemple, si l'hôpital pour migrants ne possède pas de pédiatre et, de ce fait, ne répond pas aux conditions requises pour ouvrir une section pédiatrique, pourquoi l'administration ne remplirait-elle pas sa mission gestionnaire en affectant un pédiatre à l'hôpital, ce qui lui permettrait d'avoir toute capacité pour prodiguer des soins aux enfants des migrants ?
Dans ce domaine, il ne faut pas considérer uniquement la question des compétences. Les hôpitaux publics disposent du niveau de qualification le plus élevé, mais leurs tarifs sont également très élevés. C'est pourquoi les travailleurs migrants et leurs enfants peuvent difficilement se permettre d'aller s'y faire soigner. Il est certain que l'hôpital pour migrants pèche par un manque de qualification, mais il est à la portée des travailleurs d'origine rurale. Lui opposer des obstacles administratifs pour cette seule raison, c'est compromettre la survie et le développement futur de ce genre d'établissement. Résultat : les travailleurs migrants n'auront pas de lieu pour se faire soigner. Et, dans ces conditions, comment leur droit à la vie pourrait-il être garanti en cas de maladie ou de blessure ?
La garantie du droit à la vie des citoyens est la première obligation du gouvernement. Toute l'action de l'administration doit en découler. Dans cette optique, si l'hôpital pour migrants manque de compétences, les autorités ne devraient pas le sanctionner mais le soutenir. L'hôpital pour migrants a un caractère de service public évident ; il est par essence un organisme d'intérêt public, et non une organisation à but lucratif. C'est pourquoi sa gestion doit faire l'objet d'un traitement spécifique. Si les règles administratives menacent sa survie et son développement, il convient de les rectifier, en permettant à l'hôpital pour migrants et aux migrants eux-mêmes de participer à la révision de ces règles. Cela permettrait de rendre plus humaines les nouvelles réglementations, qui ne seraient plus seulement le reflet de la volonté des services gestionnaires et s'inspireraient davantage du souci de l'intérêt public. On respecterait ainsi le droit à l'accès aux soins des travailleurs migrants, un besoin vital pour eux. Il serait bon également de prendre des mesures financières et fiscales favorisant l'hôpital pour migrants. C'est à cette condition que l'on pourra parler d'un gouvernement de service public, adoptant une attitude responsable à l'égard de la vie de ses administrés et imprégné de considérations humanistes.
Xiao Shu - Courrier International
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