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Dernière mise à jour le 08 juillet 2008 à 23:09

Le Yi Jing, Livre des Mutations

Le Yi Jing (易经/易經 pinyin yì jīng, également orthographié Yi King ou Yi-King) est un livre chinois très particulier dont le titre est couramment traduit par « Livre des mutations » ou « Classique des changements ». Son élaboration date du début du premier millénaire avant l'ère chrétienne (époque des Zhou occidentaux). Il occupe une place fondamentale dans l'histoire de la pensée chinoise et peut être considéré comme un traité unique en son genre dont la finalité est de décrire les états du monde et leurs évolutions par une série de 64 figures numériques appelées hexagrammes, chacun symbolisant un état et ses transitions possibles.

Les hexagrammes sont des figures basées sur la combinaison de six traits dont chacun peut prendre l'une de ces deux formes : le trait plein (Yang) et le trait redoublé (Yin). Ces deux formes elles-mêmes se subdivisent en deux catégories : trait naissant et trait mutant. À chaque hexagramme a été ajouté ultérieurement un commentaire comportant des indications sur la qualité de l'état concerné.

Le Yi Jing est le fruit d'une recherche spéculative et cosmogonique élaborée, dont les articulations ont informé durablement la pensée chinoise. Sa structure mathématique a impressionné Leibniz, qui y aurait vu la première formulation de l'arithmétique binaire. De fait, partant d'une opposition/complémentarité entre les principes Yin et Yang (adret et ubac, soleil et lune, mâle et femelle, actif et passif, etc.) et subdivisant cette dualité de façon systématique, le Yi Jing arrive à la série des 64 états et de toutes les transformations possibles entre eux.

Origine selon la tradition

La tradition chinoise fait remonter le Livre des mutations à l'invention des trigrammes par Fuxi, considéré comme le saint dont parle une phrase du commentaire Shiyi (1) : « Du Fleuve [jaune] est sortie une image et de la [rivière] Luo un livre, un saint les a imités. » (2)

Yu le Grand, fondateur de la dynastie Xia, est parfois aussi identifié au saint ; c'est à son époque que les 64 hexagrammes au grand complet sont rassemblés dans le Lian Shan (3) (succession de montagnes). Il s'agit du premier des trois livres des mutations mentionnés par le Zhouli (4) Il commençait par l'hexagramme montagne (艮 gèn), qui représenterait deux montagnes superposées, d'où son nom.

Fuxi et Yu sont censés avoir reçu leur inspiration d'hexagrammes dessinés sur une tortue ou un cheval (Fuxi, image du Fleuve jaune) et d'un livre porté par une tortue (Yu, livre de la Luo).

L'avènement de la dynastie Shang fut l'occasion d'une nouvelle lecture des hexagrammes concrétisée dans le deuxième livre des mutations, le Gui Cang (5) (retour et engrangement) débutant par l'hexagramme terre (坤 kūn), que le nom du livre évoque.

Lors du règne du dernier des Shang, le roi Wen de Zhou tira les hexagrammes et aboutit à un classement qui mettait l'hexagramme ciel (乾 qián) en tête : c'était l'annonce d'un changement dynastique. Il rédigea une explication pour chaque hexagramme, les guaci (6). Zhou Gong, frère du roi Wu, acheva l'ouvrage en rédigeant les yaoci (7), explications ligne par ligne des différents hexagrammes. Le Yi Jing est le troisième et le seul restant des livres des mutations cités par le Zhouli, les deux premiers avaient déjà disparu sous les Han.

On attribue à Confucius de la période des Printemps et des Automnes le commentaire Shiyi (8) (dix ailes), aussi appelé Yizhuan (9) (commentaire du Yijing) à partir de Han Wudi. Le Yi Jing et le Shiyi, inséparables en Chine, forment le Zhou Yi (10) . Il a fait l'objet de nombreux commentaires secondaires, que l'on peut ranger en deux grandes catégories : philosophiques (ex: Wang Bi, Cheng Yi (11) 1033-1107) et pratiques (ex :Jing Fang (12) des Han occidentaux, Shao Yong (13) 1011-1077).

Le Zhou Yi aurait échappé à l'autodafé ordonné par Qin Shihuang grâce à Li Si qui l'aurait classé par ruse dans les livres de médecine et de divination. Cette explication, qui cherche à atténuer son aspect utilitaire, représente l'opinion des lettrés voulant avant tout y voir un ouvrage philosophique et confucéen. Le Yijing a d'ailleurs été inclus dans les cinq classiques constituant la base de l'éducation des lettrés.

(1) Zhouyi Xici 周易.系辭 (2) hechutu luochushu shengrenzezhi 河出圖 洛出書 聖人則之 (3) 連山 (4) 周禮 (5) 歸藏 (6) 卦辭 (7) 爻辭 (8) 十翼 (9) 易傳 (10) 周易 (11) 程頤 (12) 京房 (13) 邵雍

Date et auteurs

Aucune réponse définitive n'a encore été apportée à ces deux questions. Le Yi Jing proprement dit est écrit dans un langage éliptique truffé de caractères archaïques qui situe sa rédaction avant la deuxième moitié du VIIIe siècle av. J.C. De l'aveu des Chinois contemporains, le sens en est devenu presque impénétrable, d'où la nécessité du commentaire, mais le style semble cohérent de bout en bout, suggérant un rédacteur ou au moins un point de vue unique. Le commentaire Shiyi, attribué à Confucius par le Shiji, est assez facile d'accès à un lecteur formé au chinois classique. Présentant une perspective générale plutôt morale et confucéenne, il offre néanmoins de nettes différences de style et de point de vue de passage à passage, et serait donc de multiples auteurs. Les hypothèses concernant sa date de rédaction vont du début du VIIIe siècle av. J.C. au début de l'ère chrétienne.

Interroger le Yi Jing

Le Yi Jing sert aussi à donner des pistes sur l'état actuel du monde et ses évolutions possibles, jouant le rôle d'un oracle qu'on consulte avant de prendre une décision sur une question difficile. La méthode la plus populaire pour interroger le Yi Jing ne nécessite que trois pièces de monnaie. On attribue la valeur « 2 » à pile et la valeur « 3 » à face. (Il ne s'agit que d'une convention ; l'inverse est tout à fait possible.) Selon que les trois pièces tombent sur pile ou face, on obtient une somme comprise entre 6 et 9.

  • 6 correspond au Yin mutant
  • 7 correspond au Yang naissant
  • 8 correspond au Yin naissant
  • 9 correspond au Yang mutant

Les traits se notent dans l'ordre, de bas en haut. Au bout de six jets, on obtient un hexagramme complet. Il suffit alors de se reporter à la table des hexagrammes pour connaître le nom de l'hexagramme et les conseils de conduite relatifs à la question que l'on avait préalablement pris soin de poser par écrit.

La méthode originelle, pour interroger l'oracle, est préférée par certains amateurs en ce sens qu'elle est censée conduire à une concentration plus grande de la personne qui interroge, ainsi que du médium (parfois le même). De plus, les probabilités de résultat du tirage divergent un peu selon la technique utilisée. Elle fait appel à un groupe de 50 tiges d'achillée mille-feuilles (Achillea millefolium), dont on retire une tige, puis que l'on sépare successivement, à dix-huit reprises (trois fois pour chacun des six traits de l'hexagramme), en deux groupes d'importance non déterminée, en comptant à chaque fois le nombre de tiges restantes après retrait de groupes de 4 tiges. L'ensemble des computations formant à chaque fois un trait de l'hexagramme.


On retrouve sur cette image les quatres tirages

Les huit trigrammes

Trigramme Sinogramme Pinyin Image naturelle Qualités Autres images
  qián le Ciel
Créativité, force,
initiative

Le créateur, le cheval (bon, vieux, maigre, sauvage), le père, la tête, le rond, le prince, le jade, le métal, le froid le glace, le rouge sombre, un fruit ...

  kun La Terre
Disponibilité, adaptabilité,
accueil, don de soi

Le réceptif, la vache, la mère, le ventre, une étoffe, un chaudron, l'économie, l'égalité, le veau avec la vache, un grand char, la multitude, le tronc, le sol noir parmi les autres, ...

  zhèn Le Tonnerre
Impulsion, mise en route,
secousse

l'éveilleur, Le dragon, le fils ainé, le pied, jaune sombre, une grande rue, un reauseau ou un jonc, ...

  xùn Le Vent, le Bois
Pénétration, soumission,
intériorisation

le doux, le coq, la fille ainée, les cuisses, le corbeau, le travail, le blanc, le long, le haut, l'indeci, ...

  Le Feu
Clarté, lucidité,
vivacité, éclat

Ce qui s'attache, le faisant, le fille cadette, l'oeil, le brillant, la cuirasse et le casque, la lance et les armes, la secheresse la tortue le crabe l'escargot, l'arbre desséché dans sa partie haute, ...

  kan L'Eau
Profondeur, endurance,
peur

L'insondable, le porc, le fils cadet, l'oreille, les fosses, les pieges, l'arc et le flêche, le sang le rouge, la lune, le bois ferme avec beaucoup de marques, ...

  gèn La Montagne
Rigueur, cohésion,
calme, solidité

L'immobilisation, le chien, la main, le 3emme/le plus jeune fils, le chemin detourné, les pierres les portes, les fruits, les semences, le bois ferme et noueux, ...

  duì La Brume
Aptitude à l'expression et à la communication,
joie, légereté

Le joyeux, le mouton, la 3eme/la plus jeune fille, la bouche (& la langue), la magiciènne, ecrasern briser en morceau, la voisine, le sol dur et sallé, ....

La combinaison des trigrammes donne 64 hexagrammes.

L'énigme des huit trigrammes

Il existe deux ordres de présentation des huit trigrammes, celui de Fuxi, appelé « succession du ciel antérieur », et celui du roi Wen, appelé « succession du ciel postérieur ».

L'ordre de Fo-Hi est le suivant (le Nord est en bas) :

Nord=Terre/Nord-Est=Foudre/Est=Feu/Sud-Est=Lac/Sud=Ciel/Sud-Ouest=Vent/Ouest=Eau/Nord-Ouest=Montagne

L'ordre du roi Wen est le suivant (le Nord est en bas) :

Nord=Eau/Nord-Est=Montagne/Est=Foudre/Sud-Est=Vent/Sud=Feu/Sud-Ouest=Terre/Ouest=Lac/Nord-Ouest=Ciel

La solution qui permet le passage d'un ordre à un autre est appelée clé de Min Tou Men Fou, du nom d'un érudit chinois réfugié au Tibet après la révolution culturelle. Cette solution est connue sous la forme du texte lapidaire suivant :

LE ROI SE REND AU NORD-OUEST

LA REINE SE REND AU SUD-OUEST

LE NOUVEAU SUD VA AU NORD-EST

LE NOUVEAU NORD VA AU SUD-EST

LES AXES DE LA CROIX FINALE ECHANGENT LEURS POSITIONS

Les termes « antérieur » et « postérieur » se rapportent en fait à deux états géométriques différents, l'un (antérieur) devant nécessairement précéder l'autre (postérieur).

Ce qui nous donne, en partant de l'ordre de Fo-Hi :

  • Le Ciel se rend au NO
  • La Terre se rend au SO
  • La Montagne va au NE
  • Le Vent va au SE
  • Le Lac et la Foudre échangent contre le Feu et l'Eau.

La motivation géométrique sur laquelle se fonde cette double permutation reste à élucider.


Source : wikipédia

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