Connaissez-vous la dernière blague qui circule à Hong-Kong ?
Pourquoi le monde aurait-il été radicalement différent si Adam et Eve avaient été Chinois ? Parce qu'ils auraient mangé le serpent au lieu de la pomme.
Cette histoire m'a d'abord beaucoup fait rire, avant de me faire réfléchir. Il ne s'agit pas de lui donner une portée religieuse ou philosophique, mais elle illustre quelques évidences qu'on a parfois tendance à oublier tellement on est conditionné par sa culture.
Pour un Occidental, que le serpent soit le symbole du Mal ne fait aucun doute. Il ne lui viendrait pas à l'esprit qu'il puisse aussi se manger. Mais tournons-nous du côté chinois.
Il faut d'abord constater que si le serpent figure parfois dans les menus en Chine, ce n'est pas habituel. Il en est des serpents pour les Chinois comme des grenouilles pour les Français : on considère parfois que ces derniers en font leur régal quotidien alors qu'il apparaît somme toute assez peu sur les tables françaises ! Mais enfin, le serpent se mange, ce qui paraît inimaginable pour un Occidental.
Ensuite, quel est le symbolisme du serpent en Chine ? Il est plus que complexe.
Parfois, il apparaît comme un animal malfaisant. Je me rappelle cette histoire d'un homme allant voir un ami qui lui sert une tasse de thé. Malencontreusement, un arc accroché au mur se reflète dans la tasse et notre homme prend cette image floue et sinueuse pour un serpent qui aurait été mis dans le thé. Par politesse, il ne dit rien, mais rentré chez lui, il tombe malade.
Cependant, bien d'autres histoires présentent le serpent comme un symbole de prudence et de sagesse. Moi-même, je suis né sous le signe du Serpent dans l'horoscope chinois et s'il était vraiment cet être malfaisant, un douzième de la population chinoise environ serait maudite !
Cela m'amène à cette constatation : il n'existe pas d'être entièrement malfaisant dans la conception chinoise de l'univers. Toute chose présente un côté positif et un côté négatif. L'art de vivre consiste à favoriser le premier, sans vouloir se débarrasser du second. On est bien loin de la lutte du Bien contre le Mal prônée par certains, mais je préfère m'arrêter là, de crainte de retomber dans la philosophie et la polémique.
André Chieng est le Président de l'Asiatique européenne de commerce et vice-président du Comité France-Chine.
Il est l'auteur de La pratique de la Chine, en compagnie de François Jullien paru chez Grasset
Source : Radio86
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