Nous ne sommes pas des vautours de la finance, pas davantage sommes nous à la recherche de pays à l’échappatoire fiscale juteuse. Nous n’avons pas le souhait de contourner les obstacles, de fuir à l’étranger. De surcroît, notre intention n’était pas d’affaiblir la capacité de la France à construire son avenir industriel, à faire naître de nouvelles filières de compétence.
D’une certaine manière, nous sommes au bas de l’échelle du monde entreprenarial. Chercheurs et entrepreneur ; ensemble nous pensions qu’il était possible de développer une technologie innovante dans notre pays. Dans notre cas, un procédé de passivation de l’amiante. Nous étions convaincus que l’amiante était une priorité nationale ! A la longue liste des morts de l’amiante s’ajoute un chiffre surprenant : à ce jour, seuls 0,03 % des déchets amiantés ont été traités en France. Beaucoup de murs ou de mines sont toujours encombrés de roches fibreuses et mortelles. L’effluve tue toujours, insidieusement, jusque dans les hôpitaux. Aussi, nous nous sentions un peu comme les porte-parole d’un devoir à accomplir, favoriser l’émergence d’une filière française de l’amiante.
L’errance du Clemenceau nous a troublés mais nous pensions qu’il s’agissait d’un impair. Déterminés, nous avons entrepris tout ce qu’il est d’usage de faire : répandre notre expertise, nouer des relations, communiquer. Notre ambition était accessible : expérimenter et valider notre procédé sur le territoire français. Nous avons vécu les affres inhérents à tout projet novateur : la morgue des grands groupes, la complexité des circuits administratifs, l’impossible écoute des banques¸ le cloisonnement entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise. Nous n’en avons pas pris ombrage jusqu’au moment où des incidentes s’en sont mêlées. Alors que nous marquions notre curiosité à propos du Clemenceau, d’aucuns nous invitaient à nous tenir à distance d’un dossier hautement politique. D’autres encore laissaient entendre que l’amiante ne pouvait être à notre portée.
Malgré les avertissements, nous participions à l’Edition 2007 du concours de création d’entreprise du Ministère de la Recherche. Ingénument presque ! Alors que notre dossier présentait selon un Cabinet d’expert consulté, les qualités requises, nous n’avons pas été sélectionnés. En solde pour tout compte, deux mots de regret ! Aucune explication, aucun commentaire. Le concours est-il réservé à quelque professeur émérite ou est-il destiné à faire émerger des savoirs ? Méritons nous l’indifférence ou sommes nous une force de proposition avec qui l’on veut débattre ? L’enjeu en vaut-il la peine ? Le rideau est tombé, nous avons maintenant le sentiment qu’il faut arrêter les frais. Puisque tout est verrouillé, prenons le large ! Nullement pour de maussades raisons financières mais parce que sonne l’urgence. Notre planète héberge toujours d’innombrables murs contaminés, du matériel ferroviaire, pas moins de 600 coques de navire infectés ! Les poumons éprouvés, les ouvriers de la baie d’Alang continuent de désosser des épaves. D’autres, en France même, développent aujourd’hui des pathologies, comme par exemple certain personnel hospitalier trop longtemps exposé. Négligence ou attentisme ? Combien de morts encore ? Heureusement, des étrangers reconnaissent l’urgence. Ils sont prêts à mettre les moyens. Ils nous somment de quitter la France. « Bon ! Si c’est ainsi ! Why not ? »
François de la Chevalerie, Daniel Joubert et Jacques Humbert (mai 2007)
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