Place du chien dans la culture chinoise

La culture des signes astrologiques est très présente en Chine. Ils se répartissent en 12 animaux, qui représentent chacun une année lunaire. Mais à ces douze animaux s'attache par ailleurs une symbolique particulière. Vice-président de l'Association du folklore de Chine et professeur à l'Université centrale des minorités, Tao Lifan consacre ses recherches aux cultures populaires chinoises. Le Chien est selon lui un animal très proche de l'homme, ce qui expliquerait pour une large part pourquoi on l'associe à de nombreux mythes et légendes.

« En fait, la figure du chien est culturellement riche en Chine, comme dans d'autres sociétés du monde, car le chien est l'animal que l'humain domestique le plus tôt. Il est l'ami et le fidèle assistant de l'homme. Dans les légendes chinoises, on rencontre souvent sa figure dans de nombreux récits mythologiques. Par exemple, selon une parabole peu connue, le chien aurait aidé l'homme à s'emparer des semences de riz dans le palais céleste. »

La figure du chien occupe une place importante dans la culture chinoise depuis très longtemps, sans doute depuis que les relations entre l'homme et le chien sont devenues très intimes. Wang Zuoyi, folkloriste pékinois, a bien étudié cette question.

Selon Wang, la symbolique du chien en Chine pourrait trouver ses origines dans le district de Huaiyang, dans la province du Henan, au centre de Chine. C'est en fait là-bas que, selon la cosmogonie chinoise, l'ancêtre des hommes Fu Xi a vécu. Et dans cette région, encore aujourd'hui, un jouet appelant «ni ni gou » (le chien en boue) est particulièrement populaire ; c'est une sorte de trompette dont les enfants peuvent jouer. Ce détail reflète quoi qu'il en soit les liens intimes que l'homme entretient avec le chien et le respect qu'il éprouve à l'égard de cet indéfectible compagnon. On écoute les explications de Wang Zuoyi :

« ''ni ni gou'' constitue une sorte de totémisme ? la culture et le rôle du totem sont très prégnants chez les Chinois. D'après l'histoire écrite de Huaiyang, ''Ni ni gou'' représente l'ancêtre de l'homme Fu Xi. Le caractère chinois qui désigne Fu s'écrit en traçant à gauche le mot « peuple » et à droite le mot « chien ». Cela signifie que les hommes sont proches du chien et que, dès les périodes les plus reculées de l'Antiquité, le totem du chien était fondamental. »

Fu Xi, l'ancêtre des hommes, leur avait notamment appris à tricoter les filets de pêche et à pêcher... On a en revanche retrouvé relativement peu d'histoires sur cet ancêtre et le chien. Reste tout de même une série d'expressions venues du fond des âges comme « Gou zhang ren shi » (qui signifie « comme le chien qui aboie en profitant de la puissance de son maîre »), « Gou yao lv dong bin » (soit « Semblable au chien qui voulait mordre l'immortel »), ou encore « Lv Dongbin » (« vous ignorez le coeur qui vous veut du bien ») ? Autant d'idiomes qui reflètent bien la relation intime de l'homme avec le chien.

D'aucuns vont jusqu'à estimer que ces relations intimes auraient été fixées il y a 15.000 ans... A ce moment-là, le chien aurait voulu trouver un ami fidèle, en compagnie de qui il pourrait vivre éternellement. Et il aurait finalement choisi l'humain, qui serait apparu comme l'animal le plus qualifié. Sans doute cette légende n'est-elle certes pas très bien fondée, soit'? Reste que le totem du chien s'inscrit bien dans le cadre d'un référent multi-séculaire en Chine.

Bai Gengsheng est vice-président de l'Association artistique du folklore chinois. Selon lui, l'ethnie Han, qui est à l'origine de la majorité des Chinois d'aujourd'hui, était à l'origine une population de chasseurs. Une population qui s'est progressivement convertie à la civilisation agricole. Au cour de cette évolution, l'humain et le chien vivaient en interdépendance. Ce pourquoi ils ont développé, petit à petit, un sentiment profond de réciprocité. Bai Gengsheng nous explique ce trait particulier de la culture Han.

« Dans une société basée sur la chasse, le chien est d'abord considéré comme un outil de production. Pour les chasseurs de la préhistoire, si les arcs et les flèches sont des outils « morts », les chiens sont eux des « outils vivants ». Mais le chien est aussi un animal qui accorde une grande valeur à l'amitié et à l'affection... Comme dit une expression chinoise, « Gou bu xian jia pin », le chien ne tournera pas le dos à la famille pauvre. Au cour du basculement progressif de cette société basée sur la chasse vers une société de type agricole, les Chinois ont continué à respecter le chien comme ils l'ont toujours fait? Lequel chien est considéré comme un compagnon irremplaçable, voire comme un dieu dans certaines régions. »

Logique, donc, que la symbolique du chien soit toujours présente durant le stade agricole de la civilisation Han. Ainsi, les fables sur l'origine des semences du riz font souvent appel à la figure du chien. Par exemple, tout à l'heure, Tao Lifan a mentionné une parabole dans laquelle le chien s'empare des semences de riz. Selon cette légende, c'est l'impératrice du domaine céleste qui était en possession de ces semences?

Mais voilà : le chien courageux est aussi un bon voleur. Il a donc traversé la frontière céleste pour venir dérober les semences du riz et les restituer à l'homme. C'est la raison pour laquelle les Chinois considèrent le chien comme l'ancêtre de la civilisation du riz, et ont donc beaucoup d'affection ? et de reconnaissance - pour le chien.

Dans la langue chinoise, quelques éléments reprennent le sens de cette fable. Par exemple, les mots « riz » et « voler, dérober », se prononcent en chinois la même façon. L'expression « Ji ming gou dao », qui signifie « savoir imiter le chant du coq et l'aboiement du chien », désigne en fait des personnes rusées, malicieuses, qui ont toujours plus d'un tour dans leur sac... Ce qui confirme la malignité du chien.

La Chine est un pays composé de différentes ethnies. Et les cultures minoritaires proposent elles aussi leurs propres acceptions quant à la place du chien dans l'imaginaire collectif. Ainsi, la culture mandchoue, qu'on rencontre dans le nord de la Chine, fait preuve d'un remarquable respect pour cet animal. Car un chien à la fois courageux et raisonné a aidé leur ancêtre Nu'r ha chi à se sortir d'une situation épineuse.

D'où une série de coutumes associées à cette croyance : les mandchous ne mangent ainsi pas de chien, mais ils ne peuvent pas non plus porter des chapeaux en peau de chien à l'intérieur d'une maison ou des habits en peau de chien en dehors. Pour d'autres minorités chinoises comme les Miao, les Yao, etc., dont le berceau est cette fois au sud de la Chine, c'est la figure de Pan Hu qui est leur ancêtre. Or, Pan Hu est un chien mythologique, qui a notamment accompli des faits d'armes pour l'empereur. En raison de son mérite, il s'est ensuite marié avec la princesse et a eu de nombreux enfants.

Son nom est ainsi au c?ur de « La chanson du roi Pan », qui narre l'épopée de l'ethnie Yao, tout comme il est au centre de « L'ancienne parole », qui raconte quant à elle l'épopée des Miao. Parmi certaines minorités du sud de la Chine, le chien est aussi considéré comme leur meilleur outil, leur meilleur compagnon, et leur meilleur ami. Pour les nationalités JingPo, LaHu , LiSu, Yao et Han, dans certains de leurs festivals culturels, comme celui qui s'intitule « Le riz du chien », les gens réservent le premier bol de riz au chien.

Autre légende étonnante : celle qui se trouve à l'origine de l'ethnie NaXi, dont le berceau se trouve au sud-ouest de la Chine. Il y a longtemps, la vie de l'homme ne durait pas plus de 13 ans, tandis que le chien pouvait vivre jusqu'à 60 ans. Les hommes pensaient que leur vie était trop courte, puisqu'ils n'avaient même pas le temps de donner naissance à leurs enfants ; et à l'inverse, le chien se fatiguait à attraper les animaux sauvages durant toute sa longue vie.

Les hommes demandèrent donc au dieu d'inverser les durées de vie de l'homme et du chien. Ainsi, selon cette fable originelle de la culture NaXi, après l'âge de 13 ans, le prolongement de la vie de l'homme est en fait offerte par le chien. Bai Gengsheng, qui a longtemps étudié la culture NaXi, parle avec passion de la figure du chien au sein de cette nationalité ; on l'écoute :

« Pour les Mosuo, qui sont une composante de l'ethnie NaXi, le chien est un symbole de longévité. A la fête du printemps, c'est le moment pour les garçons et les filles de 13 ans de passer à l'état d'adultes. Alors on offre des pantalons aux garçons et des jupes aux filles, ce qui symbolise le fait qu'ils grandissent réellement. Mais avant d'apporter les pantalons et les jupes, il faut d'abord les mettre sur le chien, car le premier cadeau des adultes doit d'abord revenir au chien. »

Il y a encore beaucoup de légendes et de fables qui nous ont été transmises, toutes plus poétiques et colorées les unes que les autres. L'évocation des titres suffit à stimuler l'imagination : « Le chien céleste mange la lune », « Le bon chien sauve le roi du Ciel », etc. Par ailleurs, l'art et la littérature font une part belle à la figure du chien, à travers les poèmes, les romans traditionnels, mais aussi dans le cinéma ou l'art contemporain...

Autant dire que le chien a toujours le statut d'une figure allégorique centrale dans la culture chinoise. Le signe du chien incarne la fidélité, l'amitié et la longévité.

Place du chien dans la culture chinoise
"The Year of The Dog" by James Tan - www.jamestan.net

La Rédaction

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Dernière modification le 28/12/2008