Selon la tradition, le football, le "jeu de balle" - comme tant d'autres avancées de l'humanité - a été inventé à l'aube de la civilisation, par Huangdi, le légendaire "Empereur Jaune" de Chine.
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Appuie-tête octogonal, céramique Cizhou peinte (H 10,8 cm, L 30 cm, l 8,5 cm), fabriqué par la famille Zhang entre 1149 et 1219. Provenant de Xingtai, province du Hebei, conservé au musée de la province du Hebei à Shijiazhuang (d'après Zhang Ziyin, Cizhouyao cizhen. Pékin : Renmin meishu chubanshe, 2000). |
D'autres expressions traditionnelles pour désigner le "jeu de balle" sont taju, cuqiu et cuyuan, qui signifient "pousser la boule ou ce qui est rond du pied". La deuxième composante de l'expression moderne zuqiu "balle au pied" montre qu'à l'origine, ces balles avaient un caractère précieux car, outre les ballons en cuir, on en utilisait aussi qui étaient recouverts de brocart. Apparemment, vers la fin de la dynastie Tang (618-906), on se mit à utiliser des ballons constitués d'une chambre à air et dont l'élasticité et la souplesse allait ouvrir au jeu de toutes nouvelles perspectives techniques et tactiques.
Justice et équité
Parmi les plus anciennes représentations de joueurs de football ayant surmonté l'épreuve du temps, compte le bas-relief au Qimu que, le "pavillon de pierre dans l'allée des esprits menant au temple des ancêtres de la mère de l'empereur", comme l'indique l'inscription datée de l'an 123 apr. JC.
Ce monument à la gloire des ancêtres au pied de la montagne Song se trouve à 3,5 km au nord de Dengfeng, dans la province du Henan. Dans le champ visuel horizontal de la stèle, on voit, assises à gauche, deux figures immobiles - probablement des spectateurs - tandis qu'à droite, un joueur vêtu d'une longue robe, les bras largement écartés, en pleine action, exécute un rapide tir du gauche (fig. 2).
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| Joueur de balle sur un bas-relief sur fond hachuré au Qimu. |
D'après diverses sources et commentaires anciens, les deux équipes adversaires étaient composées de six membres chacune, un chiffre confirmé par Li You, écrivain de l'époque Han (55-135 apr. JC). Sur les 85 épigraphes parvenues jusqu'à nous, celle intitulée Jucheng ming " Epigraphe sur le mur de la balle " est dédiée au football :
"La balle est ronde, le mur [de la balle] carré
Représentation symbolique [des forces cosmiques] yin et yang.
[Douze] comme les lunes [mois], les joueurs fondent l'un sur l'autre.
Six contre six, équilibrés [en deux équipes].
Un [arbitre] principal est en place, son assistant en renfort.
Pour une interprétation rigoureuse des règles.
Impartiaux [ils se montrent], que les [joueurs] soient proches ou éloignés.
Pour les passe-droits et l'arbitraire point de place.
Avec un cœur sincère et un esprit sain
Nul ne trouve rien à redire en cas d'erreur de jugement.
[Si] les règles du jeu de balle sont déjà si correctes,
Ô combien cela doit être vrai de la conduite au quotidien."
Le jeu de balle comme miroir du cosmos, de la vie, de la société, de l'ordre social, tel est le sens de l'"épigraphe sur le mur de la balle" inscrite au burin ! Le poète appelle ainsi ses contemporains, comme les générations futures, à respecter les principes de justice et d'équité. Le jeu de balle, dès le premier siècle de notre ère, est incontestablement régi par de grandes exigences morales et bénéficie d'une acceptance sociale et d'une adhésion populaire tout aussi élevées. Il évoque les représentations cosmogoniques élémentaires : de par sa forme, le ballon fait écho à la pleine lune et au ciel, rond dans la tradition chinoise.
Les deux équipes qui s'affrontent sont telles les forces originelles du yin et du yang évoquées plus haut, des forces antithétiques, complémentaires dans le mouvement, et qui se fondent en une unité harmonieuse en irriguant l'ensemble du cosmos. Le "mur de la balle", la cage, était quadrangulaire - vraisemblablement percé d'un trou en son centre. Le nombre de joueurs sur le terrain renvoie aux douze mois et le terrain ou le stade quadrangulaire [carré ?] - probablement légèrement surbaissé et clôturé - à la ville palatiale, au temple des ancêtres et, au sens large, à l'idée d'une terre carrée.
Affrontement et détente

Reproduction d'une scène de jeu de balle traditionnel (d'après Chi Taileng, Gulao de Zhongguo zuqiu - Cujuxi
L'engouement pour le jeu de balle - qui, à l'époque Tang, a visiblement largement perdu son caractère martial et, à l'instar du polo, tient plus du divertissement - semble avoir atteint une première apogée aux huitième et neuvième siècles. Dans cette phase, le jeu de balle chinois évolua dans deux directions : d'une part, toujours pratiqué en compétition, comme sport d'équipe, selon des règles précises, dans des arènes spéciales avec des cages de dimensions fixes, des poteaux de coin et autres marquages (fig. 3), il se jouait aussi de manière informelle.
Sous cette deuxième forme, les joueurs se passaient le ballon avec le pied, un peu comme au volley-ball, sans que celui-ci ne touche le sol. Ce mode de jeu était précurseur de la variante Freestyle du " footbag " ou du " hacky sack ", que pratiquent par exemple chez nous les jeunes de la scène alternative.
Un jeu admis à la Cours
Il est surprenant de voir à quel point, vers la fin de l'époque Song (960-1279) et après, les encyclopédistes notamment se sont intéressés aux règles du jeu ainsi qu'aux aspects historiques et formels du jeu de balle. Chen Yuanjing (1200-1266 env.), à qui l'on doit le Shilin guangji, "Recueil intégral du labyrinthe des faits", y présente une foule de détails techniques sur le jeu de balle conventionnel. La reproduction ci-contre de la gravure sur bois originale agrémentée d'illustrations instructives date de 1322. Cette source nous apprend que le jeu de balle traditionnel se pratiquait avec des "buts", qiumen, placés au milieu du terrain. On peut se représenter ce qiumen comme une construction hybride entre les poteaux de rugby et les buts de l'émission de ZDF.
Les deux poteaux extérieurs mesuraient 10,5 m et étaient situés à environ 3 m de distance. Le but proprement dit était le fengliuyan, "œil proéminent", d'un diamètre de 85 cm, découpé dans le tiers supérieur de l'installation, entre deux lattes horizontales. Le jeu consistait à pousser le ballon du pied dans l'ouverture ménagée par cet "œil ouvert", découpé dans un filet, wangzi, tendu entre les poteaux et les deux lattes transversales - autrement dit, à tirer.
Dans certains écrits, il est aussi désigné comme un "jeu d'adresse", zhengsai. Le jeu de balle a d'emblée eu droit de cité à la cour, en Chine. Certains empereurs de la dynastie des Han en étaient passionnés. Tai-zu (Zhao Kuang-yin qui régna de 960 à 976) - fondateur de la dynastie des Song (960-1279), aurait été particulièrement doué pour ce jeu.
Des peintres d'époques différentes l'auraient représenté dans l'exercice de son sport favori, comme sur ce remarquable éventail exposé au musée national du palais de Taipei, attribué au peintre Su Hanchen qui exerça son art de 1120 à 1160 à l'académie impériale de Chine (fig. 6). La petite scène représente six courtisans vêtus pour certains de longues robes peu pratiques et arborant la coiffe montante caractéristique des dignitaires de la cour. En cercle, ils admirent l'ailier ramassé sur lui-même, le monarque, qui soulevant le ballon à mi-hauteur, de son pied droit, fait une passe à son vis-à-vis barbu. Pour réceptionner le ballon, celui-ci tient sa longue robe légèrement relevée sur le côté, de sa main droite.
Football Féminin

Les femmes et les jeunes filles participaient elles aussi activement au jeu de balle, comme l'attestent diverses sources iconographiques et littéraires. L'une des plus charmantes représentations sur ce thème nous vient du peintre Du Jin, de l'époque Ming, (actif de 1465 à 1509 env.), originaire de Zhenjiang dans la province du Jiangsu. On y voit d'élégantes courtisanes jouer à la balle sous un prunier en fleurs, dans les jardins du palais. D'autres tableaux archaïsants témoignent de l'immense popularité que connut le jeu de balle, en Chine, au fil des siècles.
Les fondateurs semi-nomades de la dynastie des Jin (1115-1234) admiraient la civilisation et la culture chinoises. Dans les fours de Chine du Nord, lorsque les Jon chen s'emparèrent de ce territoire, sous la dynastie des Jin, la production de céramique fut poursuivie selon la plupart des techniques et des principes artistiques des Song (960-1127). La céramique Cizhou tient son nom de son lieu de production, Cixian et sa région, qui s'étend au sud de la province du Hebei, limitrophe de celle du Henan.
Le jeu de balle faisait manifestement aussi partie du patrimoine culturel, comme en témoigne un appuie-tête octogonal Cizhou provenant de la ville de Xingtai, exposé au musée de la province du Hebei. Sur sa partie supérieure figure un jeune athlète à l'entraînement. Il jongle avec son pied droit, largement dissimulé sous une robe tombant jusqu'au sol, avec un ballon composé d'un assemblage de pièces hexagonales cousues.
Sous l'appuie-tête figure, très lisiblement dans un médaillon rectangulaire, l'inscription : Zhang jia zao (" Fabriqué par la famille Zhang "). Cette famille de céramistes a exercé son activité pendant de nombreuses générations sur le territoire de Cizhou. Les jeux d'enfants sont un motif ornemental récurrent sur les appuie-têtes en céramique de Cizhou, qui dispensent non seulement de la fraîcheur par les chaudes journées d'été mais inspirent aussi de beaux rêves aux dormeurs et sont censés favoriser leur réalisation - celui de faire une brillante carrière de joueur de balle, par exemple ?