Il y a quatre-vingt-onze ans, au 10e jour du 10e mois de 1911, la révolution renversait
la dictature en Chine. À la Réunion, si le Double Dix n'est plus célébré avec la ferveur d'antan, il est encore commémoré -timidement- dans le seul Sud, dans le triangle Saint-Pierre, Saint-Louis, Le Tampon, comme un événement culturel.
“Nous, les Chinois d'outre-mer, avons voyagé jusqu'à Bourbon. C'est une histoire qui remonte bien loin dans le temps. Elle a commencé en 1844, quand les Chinois vinrent défricher la terre. (…) Ils se sont multipliés sur cette terre dont ils ont fait leur seconde patrie. De génération en génération, ils se sont transmis l'héritage.” Cet extrait du poème “Sincère avertissement à nos compatriotes chinois d'outre-mer” de feu Émile Ng Tock Mine, situe bien la communauté chinoise de l'île. Si son insertion fut longue et difficile, elle fait de nos jours partie intégrante de la société locale et leurs fêtes et commémorations sont même suivies par un peu tous les Réunionnais.
Moins de ferveur
Ainsi, le Double-Dix, dixième jour du dixième mois de l'année, qui n'est autre que (et combien le savent-ils au juste ?) la commémoration du 10 octobre 1911, date de la révolution chinoise contre la tyrannie du dernier empire manchou, qui a ouvert la voie au progrès social des pays d'Extrême-Orient et permis l'avènement républicain en Chine. En résumé, c'est la date du renversement de la dictature en Chine, un événement de première importance, qui équivaut à la date de la prise de la Bastille le 13 juillet 1789 pour les Français. “C'est la véritable fête nationale de tous les Chinois, qu'ils soient nationalistes ou communistes”, tient à souligner Michel Chung-Poo-Lun. Il est vrai que ceux de la Réunion, qui ont obtenu la nationalité française et adopté une autre fête nationale, la célèbrent davantage comme un événement culturel (le seul jour chômé — outre les jours fériés officiels — par la communauté du drapeau du soleil, c'est le jour de l'an chinois) d'un passé qui fut le leur. Un passé dont ils sont fiers, car la Chine a été le premier pays d'Asie à instaurer la république.
Le mémorialiste saint-louisien se félicite que “le plus grand rassemblement sous la bannière de la liberté que l'histoire de l'humanité ait connu a permis au peuple de Chine de conserver son unité linguistique et culturelle. Car, sans cet avènement, le pays risquait de disparaître sous la partition qui le menaçait.”
Si, à la Réunion, le Double-Dix est célébré avec moins d'ostentation et de ferveur que les fêtes du Têt (jour de l'an chinois), de Guan-Di ou de la Lune (ou des Lanternes), c'est peut-être bien parce que l'anniversaire de la révolution chinoise n'a été vécu que par de trop rares Réunionnais, la majeure partie de la communauté chinoise de l'île s'étant installée avant 1911. Les générations suivantes ont été davantage marquées par la partition idéologique de la Chine, qui a vu les nationalistes se replier sur la région chinoise de Taiwan et les communistes se répartir sur tout le reste du territoire. Quant aux jeunes, ils ont substitué au 10 octobre de leurs aïeux le 14 juillet de l'histoire de France et font l'amalgame entre le père de la révolution chinoise qu'est le Dr Sun Yat-sen, son bras armé qu'est le généralissime Tchang Kaï-shek, le Grand timonier Mao Tsé-toung, la révolution républicaine, l'autre prolétarienne, la guerre contre les Japonais…
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Révolutionnaire et homme d'État
e Dr Sun Yat-sen est né le 12 novembre 1866 dans une famille de paysans de province. Influencé par les idées progressistes occidentales, il devient démocrate. Après des études à Honolulu, on le retrouve à Hong-Kong et à Guangzhou, où, avec ses amis, il critique la corruption du gouvernement mandchou et décide de transformer la société chinoise. Au moment de la défaite de la guerre sino-japonaise, il présente son projet de réforme et essuie un refus. Il décide alors de prendre la voie de la révolution démocratique et crée en 1894 la Société de reconstruction de la Chine, premier groupement révolutionnaire de la bourgeoisie chinoise, avec pour mot d'ordre de chasser les Mandchous, de restaurer la Nation chinoise et de créer un gouvernement républicain. Il propose au peuple chinois de renverser la dynastie mandchoue et d'établir une république bourgeoise, devenant le porte-drapeau des démocrates révolutionnaires.
Il multiplie les démarches auprès des milieux des Chinois d'outre-mer pour développer son parti et combattre les réformistes. En 1905, il crée l'Alliance et s'associe avec la Société de reconstruction de la Nation chinoise et la Société de restauration de la Chine et d'autres groupements révolutionnaires de la bourgeoisie, plus tard rebaptisée Guomindang, qui se fixe pour but, outre de remplacer le régime féodal par la République, l'égalité en matière de propriété foncière. La bourgeoisie accède alors à une nouvelle étape de la révolution démocratique.
Déclenchée le 27 avril 1911, une insurrection armée se solde par un échec, mais le Dr Sun croit en la victoire proche de la révolution. Elle arrivera le 10 du dixième mois. La fondation d'un gouvernement militaire provincial est proclamée dans la province de Hubei. Les autres provinces du Sud suivent et se déclarent indépendantes du gouvernement mandchou. Le 29 décembre, le Dr Sun est élu président provisoire de la République. Le 1er janvier 1912, il proclame la fondation de la République de Chine et met ainsi fin à plus de 2 000 ans de régime féodal. La lutte continue, le Guomindang est réorganisé et collabore avec les communistes. Mais, malade, Sun Yat-sen meurt le 12 mars 1925, sans avoir pu voir la victoire de la révolution démocratique.
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*LE GUOMINDANG
Le Guomindang est un parti nationaliste chinois. Originaire de la Chine du Sud, il s'était donné pour tâche de réaliser les trois principes du peuple énoncé par le Dr Sun Yat-sen (1866-1925), le fondateur et le théoricien de la République chinoise. À savoir : nationalisme, socialisme et démocratie. De 1928 à 1948, il est chargé d'“éduquer” le peuple chinois à la vie constitutionnelle, mais exerce bien vite — par l'intermédiaire du général Tchang Kaï-shek — une véritable dictature. C'est à partir de là, et après la capitulation du Japon, qu'éclate la rivalité latente entre le Guomindang et le Parti communiste. S'il est bien question de la mise sur pied d'une coalition capable d'œuvrer à la reconstitution du pays, elle se conclut par un échec. Car, les communistes et leurs alliés de la ligue démocratique n'acceptent ni d'entrer dans ce gouvernement ni de faire partie de l'Assemblée nationale qui, le 25 décembre de la même année, vote une constitution. La mise en vigueur est fixée au 25 décembre de l'année suivante, mais ne peut avoir lieu par suite de l'occupation presque totale de la Chine par les troupes communistes. Dès 1948, les partisans de Mao Tsé-toung remportent les victoires successives qui décideront de l'issue de la lutte. C'est la débâcle et le général Tchang Kaï-shek démissionne de la présidence de la République. Le Guomindang est chassé de Canton par le Parti communiste et, en juin 1949, il s'installe à Taiwan.
RÉCEPTION À SAINT-LOUIS
Ce soir à partir de 19 h, en l'hôtel de ville de Saint-Louis, comme il y a un an, le premier magistrat Cyrille Hamilcaro donne une réception en l'honneur de la communauté chinoise de sa commune.
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