Mazu est une déesse chinoise dont le culte, originaire du Fujian, s'étend principalement le long des côtes sud de la Chine et à Taïwan. Les relations maritimes entre les régions bordant la mer de Chine et l'immigration chinoise en Asie du Sud-Est expliquent qu'on trouve des temples qui lui sont consacrés dans de nombreux pays d'Asie : Malaisie, Singapour, Philippines, Japon, et jusque dans les quartiers chinois de Los Angeles et San Francisco. A l'origine protectrice des marins, elle a pris à Taïwan l'importance d'une divinité de premier plan aux fonctions multiples. Le petit archipel des Matzu et l'ile principale des Pescadores, Magong, lui doivent leur nom.
Le nom de Mazu peut se décomposer en Ma “mère” et Zu “ancêtre.” Elle est souvent appelée par l'un des titres qui lui ont été décernés par l'administration impériale en reconnaissance de son importance, comme c'est la coutume pour les divinités chinoises. Depuis le règne de l'empereur Huizong des Song jusqu'à l'ère Daoguang des Qing, Mazu s'est vu décerner près de trente titres, dont les plus usités sont : Tianfei/Tianfeiniangniang 天妃/天妃娘娘 (Dame du palais céleste), Tianhou 天后 (Impératrice céleste), Tianshangshengmu 天上聖母 (Sainte mère céleste).
Selon la religion chinoise, les divinités sont typiquement des êtres humains exemplaires ayant accédé à un état supérieur par la vertu de leur force mentale, du culte rendu à leurs mânes ou d'une cooptation par des divinités déjà existantes. Néanmoins, si certains dieux ont une existence humaine attestée (Guandi), pour d'autres, dont Mazu, la biographie terrestre est probablement une invention postérieure au culte. On n'a en effet aucune certitude concernant l'existence de celle qui allait devenir la protectrice des marins : LIN Moniang 林默娘, née sous les Song, originaire de Meizhou 湄洲 dans le district de Putian 莆田, province du Fujian 福建省. Son culte semble en tout état de cause être bien parti du Fujian, où le premier temple à lui être consacré est attesté au XIe siècle (Dinghai 丁海), et s'il date peut-être d'avant les Song, c'est sous cette dynastie qu'il a réellement pris son essort.
Les détails de sa vie varient selon les versions. Selon la biographie officielle des temples, elle serait née en 960 et morte à 27 ans en 987. Lors de sa naissance une lumière rouge emplit la chambre. Comme à un mois elle n'avait toujours pas pleuré, on lui donna le nom de Moniang, la “silencieuse”. Elle manifesta jeune du goût pour l'étude et de la dévotion aux bouddhas. A 16 ans, après plusieurs années de méditation, elle avait aquis des pouvoirs extraordinaires, dont celui de sauver les navigateurs en détresse. D'autres versions populaires de la légende en font une fille de pêcheur douée d'un sixième sens, ou prétendent qu'elle avait l'habitude d'aller sur la côte avec une lampe les soirs de tempête pour guider les bateaux et serait morte noyée en tentant de sauver son frère. Certains en font une réincarnation du bodhisattva féminin Guan Yin 觀音.
Dans l'exercice de ses fonctions de sauvetage, elle se tient debout sur un nuage, vêtue d'un vêtement rouge et accompagnée de deux assistants : Qian li yan 千里眼 “yeux [qui voient à] mille lis” et Shunfenger 顺風耳 “oreilles [qui entendent les sons] amenés par le vent”. Dans les temples, sa statue est le plus souvent celle d'une femme au visage noir vêtue en impératrice.
Le premier empereur à la reconnaitre fut Huizong 徽宗 des Song, à la suite du témoignage de membres de l'ambassade envoyée en direction du royaume coréen de Koguryo. La flotte ayant rencontré une tempête, certains auraient aperçu une femme vêtue de rouge venant à leur aide. L'empereur offrit à son temple une inscription : shunji 顺济 “sauvetage à point nommé”.
Origine
La situation géographique de Taïwan, en face de la province du Fujian, berceau du culte de Mazu, et l'importance de cette divinité pour des immigrants ayant affronté le redoutable détroit de Taïwan, ont fait que la déesse est rapidement devenue dans l'île une divinité prédominante dont le champ d'action s'étend à tous les domaines de la vie. Son importance s'est encore accrue récemment avec la prise de conscience de l'identité culturelle taïwanaise, dont elle est l'élément le plus représentatif dans le domaine religieux. Elle a également été impliquée dans l'évolution des relations avec la Chine populaire. En effet, les pèlerinages vers le temple d'origine ont été parmi les premières visites autorisées pour raison non-familiale.
On compte à Taïwan 510 temples dont Mazu est la divinité principale, parmi plus de 800 qui abritent sa statue. 39 sont précisément datés, 2 de l'époque Ming et 37 de l'époque Qing. Le plus ancien est leTianhougong 天后宮 sur l'ile principale des Pescadores, Magong 馬公 (à l'origine 媽宮, “temple de Mazu”). Les temples Chaotiangong 朝天宫 de Beigang 北港 et Zhenlangong 镇澜宫 de Dajia 大甲 conservent des relations particulièrement étroites avec le temple d'origine de Meizhou.
Rituels
En Chine populaire, a eu lieu en 1987 à Meizhou dans le Fujian la commémoration des mille ans de culte de Mazu.
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