À travers les témoignages de personnes de différentes générations, découvrez comment le phénomène du mariage a évolué et comment il se fait toujours le reflet de la société.
On dit que l'histoire de l'évolution du mariage reflète l'évolution d'une société. En fait, dans la société chinoise, le mariage a traversé différentes phases. La conception actuelle des jeunes à propos du mariage est très différente de celle de leurs parents et de leurs grands-parents. C'est effectivement un miroir du changement de toute la société.
Venant de traverser une longue guerre, la Chine des années 1950 et 60 se trouvait dans une période de redressement économique. Sous l'impulsion de l'Armée populaire de libération, les ouvriers et les paysans sont devenus les maîtres de la Chine nouvelle et ils étaient les idoles des jeunes femmes. À cette époque, les mariages étaient arrangés par les parents. La fille et le jeune homme n'avaient pas beaucoup de possibilités de choisir leur partenaire. Voilà des témoignages de quelques personnes sur le mariage.
Lu Qinglin, 68 ans, paysan.
Je me suis marié à 20 ans, en 1956. On dit maintenant que c'est un peu jeune pour se marier. À cette époque, toutefois, c'était déjà trop vieux. Lorsque la fille et le garçon atteignaient 17 ou 18 ans, les gens qui servaient d'intermédiaires venaient à la queue leu leu pour leur présenter un amoureux ou une amoureuse. Tout jeune homme robuste et capable n'avait pas à s'inquiéter de trouver une fiancée. Je suis le deuxième enfant de la famille. Mon frère aîné est entré dans l'armée peu après la libération. Sitôt après son départ, une entremetteuse est venue rencontrer mes parents pour discuter du mariage de mon frère. La fille qu'elle a présentée était grande et laborieuse. Satisfaits, mes parents ont tout de suite donné leur accord. Dès la première fois où mon frère est revenu de l'armée, ces deux jeunes personnes se sont mariées, alors qu'elles ne s'étaient jamais vues. Après le mariage de mon frère, ce fut à mon tour. Pour mes parents, les critères de recherche d'une belle-fille n'étaient pas sévères : une femme capable de travailler et de faire un enfant, c'est tout. Pour ma part, j'aurais voulu trouver une fille pas trop laide. Une voisine de ma famille avait l'intention de me présenter sa nièce. On disait que cette fille était belle, mais sa famille voulait lui trouver une famille riche. Ce n'est pas étonnant puisque, à cette époque, il y avait beaucoup de familles où les gens ne mangeaient pas à leur faim. Personne ne voulait que sa fille mène une vie misérable. Pour savoir si une famille était riche ou non, il s'agissait de connaître la grosseur de sa réserve de céréales. À cette époque, l'on vivait de sa capacité physique, et mon père, qui était un intellectuel, n'arrivait pas à nourrir sa famille nombreuse. Cette voisine a donc donné un bon conseil pour que notre famille réussisse cette affaire de mariage. D'après elle, notre famille devait remanier les tas de céréales. On a d'abord rempli le bas de ces tas avec du sable et on en a recouvert la surface avec des céréales. Quand le père de ma dulcinée est venu dans notre famille et a vu les gros amas de blé et de maïs, il a donné son accord pour le mariage. J'étais au comble de la joie à l'annonce de cette nouvelle. Et pour cause, avec l'accord des parents, les fiançailles des enfants étaient décidées. Et je n'avais pas du tout à m'inquiéter que son père revienne sur sa parole. En effet, une fois que le mariage était arrangé, c'était comme une loi; la rupture des fiançailles aurait donné lieu à des bavardages.
Je n'ai jamais connu ma future femme avant notre mariage. À cette époque, la femme restait toujours à la maison et elle ne pouvait pas voir son fiancé. Nos parents ont donc choisi un jour faste et j'ai épousé cette fille quelques mois plus tard. Après notre mariage, nous avons mené une vie tranquille. Je gagnais l'argent à l'extérieur et elle s'occupait des affaires de l'intérieur de la maison. Maintenant, nous avons presque 70 ans et nous avons beaucoup de petits-enfants. D'après moi, un bon mariage, ce sont deux personnes qui mènent une vie heureuse ensemble.
La plupart des gens qui se sont mariés dans les années 1970 et au début des années 1980 se sont connus par des voies traditionnelles, par exemple grâce à une tierce personne. Dans la presque totalité de ses aspects, le mariage devait être approuvé par les parents des deux parties; cela n'excluait pas les mariages carrément arrangés par les parents. Les cas de mariages libres n'étaient pas nombreux dans les villes d'alors. Par conséquent, la plupart des nouveaux mariés ne s'étaient pas suffisamment connus avant le mariage. Il y avait aussi ceux qui s'étaient épousés avant d'être tombés amoureux. La plupart de ces personnes-là sont d'accord pour dire que le sentiment amoureux peut se développer à la longue.
Liu Ying, mariée, 45 ans, employée de bureau.
Je me suis mariée en 1983. J'avais alors 24 ans et mon mari, 27, et nous considérions avoir presque le même âge. Maintenant, c'est différent, car il est très normal qu'un couple ait dix ans de différence. À notre époque, on aurait été écrasé par les commérages. Mon mari est un collègue de ma mère. C'est un homme très bon. À l'époque de notre mariage, je n'étais pas en bonne santé, et comme il avait certaines connaissances en médecine, il venait souvent me soigner. Mes parents espéraient qu'il devienne leur gendre, en faisant de lui le mari de ma sœur. Cependant, il n'aimait pas ma sœur et c'est moi qu'il a plutôt choisie. Mais je ne l'aimais pas, ou disons plutôt que je n'avais pas cela en tête. Je pensais toujours que je devais chercher un amour fondé sur le libre choix. J'ai souvent discuté avec mes parents avant mon mariage. Finalement, nous nous sommes tout de même mariés. En fin de compte, je suis une personne traditionnelle. Si j'étais d'accord avec ce mariage, c'est parce que je trouvais que ce garçon était un homme bon. Mes parents l'aimaient, et en plus, il avait un grand respect pour eux. C'était déjà suffisant pour moi. Les gens de mon âge ne parlent pas beaucoup des choses de l'amour; nous sommes satisfaits rien qu'à mener une vie tranquille. C'est aussi ce que mes parents pensaient.
Après les fiançailles, nous ne nous sommes pas souvent rencontrés non plus. Je savais seulement qu'il était bon. Chaque fois qu'il venait chez moi, il parlait toujours avec mes parents; nous n'avions que peu d'occasions de nous parler en tête à tête. Nos parents ne nous permettaient presque jamais de sortir seuls tous les deux. Je me souviens que nous n'avons pas pris un seul repas à l'extérieur. Nous avons fait une déclaration de mariage alors que j'avais 22 ans, et même après cela, nous n'avions toujours pas beaucoup de contacts. À ce moment-là, une déclaration ne suffisait pas, bien que nous ayons été un couple légitime. Avant la cérémonie comme telle, le mariage n'était pas reconnu. Quatre ans se sont passés ainsi, et nous nous sommes mariés officiellement. Je me rappelle que j'avais seulement deux couvertures comme trousseau; lui n'avait préparé qu'un grand lit. Nous vivions dans une chambre que mes parents avaient aménagée pour nous. C'était très différent des jeunes d'aujourd'hui; dès qu'ils se connaissent, ils commencent à discuter de la voiture et de la maison. Les gens de notre époque ne cherchaient pas un amoureux en fonction du revenu. La bonne nature d'une personne et le respect envers les parents respectifs étaient très importants.
Après mon mariage, je n'ai jamais eu de querelles avec mon mari, ce qui a surpris beaucoup de gens. Nous n'avions pas beaucoup de sujets de discussion. Quand nous rentrions à la maison après notre travail, il lisait, et moi, je regardais la télévision. C'est moi qui me suis toujours occupée de toutes les affaires de la maison. Il a toujours été d'accord avec tout ce que je faisais. Je trouve que, pour un couple, il suffit de penser l'un à l'autre durant toute la vie. Aux yeux d'un grand nombre de gens, nous ne sommes pas romantiques. En vingt et un ans, nous n'avons jamais célébré notre anniversaire de mariage. Mais les jeunes d'aujourd'hui trouvent que notre vie manque de piquant. En fait, pour nous, c'est bien comme ça. Il n'y a presque pas d'amour entre nous. J'éprouve le même sentiment envers mon mari qu'envers mes parents. D'après moi, le mariage, c'est de mener une vie paisible. Dans le mariage, rien que l'amour, ce n'est pas suffisant.
Dans les années 90, de nombreuses personnes ayant connu le grand amour sont entrées dans le « palais du mariage », à tout le moins le pensaient-elles. Durant cette période, elles ont vraiment osé parler d'amour à haute voix, mais finalement, elles ont choisi le mariage et marchent désormais dans la voie de la famille traditionnelle. elles trouvent qu'un mariage sans amour est immoral. Par conséquent, elles recommencent à chercher l'amour.
Li Sihai, 35 ans, journaliste.
Bien que mon premier mariage ait échoué, je crois toujours que le mariage est un besoin fondamental chez une personne. Je ne fais donc pas le choix de vivre en célibataire. Trouver une fille que j'aimerai et avoir un enfant avec elle sont de grands buts dans ma vie. Je me suis marié pour la première fois à l'âge de 24 ans. À cette époque-là, je n'étais qu'un jeune homme qui venait de commencer sa carrière. Je rêvais mon amour. Peut-être que les gens de notre époque ont-ils été influencés par la réforme et l'ouverture ? En effet, nous n'avions qu'un peu plus de dix ans dans les années 1980, nous étions des adolescents. Nous étions en contact avec les histoires d'amour dans les livres et les téléfilms, et nous espérions rencontrer une fille que nous aimerions. Je ne voulais pas être comme mes parents et mon frère qui avaient fondé une famille avec une personne qu'ils avaient connue grâce à un intermédiaire. Mon ex-femme était ma collègue et elle travaillait dans le bureau à côté du mien. Elle n'était pas très belle, mais je n'attachais pas beaucoup d'importance à cela. Un jour, par hasard, j'ai pu parler avec elle et, au fil des conversations, j'ai trouvé que nous avions les mêmes goûts. Trois ou quatre jours plus tard, nous sommes devenus des amis, et six mois après, nous nous sommes mariés. Notre mariage a beaucoup satisfait nos parents respectifs. Mes parents n'ont pas reçu une instruction poussée, et ils étaient très contents de voir que j'avais épousé une femme diplômée d'université, de même niveau que moi. Ils m'ont demandé de la traiter correctement. D'autre part, ses parents m'appréciaient, car ils trouvaient que j'étais un homme fidèle.
Mon ex-femme était une personne toujours insatisfaite. Pour certaines raisons, elle n'avait pas pu travailler à Beijing après avoir terminé ses études universitaires. Après notre mariage, elle voulait retourner à Beijing pour réaliser son rêve. Comme je l'aimais, je croyais que je devais l'encourager. En 1996, elle est partie toute seule et elle a préparé ses examens de maîtrise tout en travaillant. Chaque mois, je passsais presque vingt heures en train pour aller la voir à Beijing. Ayant passé son examen de maîtrise avec succès, elle est retournée à l'Université du peuple de Chine. Même si je trouvais que mon travail était pas mal, j'ai abandonné ce travail pour la joindre à Beijing. J'ai révisé mes leçons avec assiduité et j'ai été admis à l'Université Qinghua. Il me semblait que nous étions enfin arrivés au moment où nous pourrions mener une vie tranquille. Au contraire, c'est alors qu'elle a demandé le divorce. La raison qu'elle a invoquée était que nous n'éprouvions plus de sentiments l'un pour l'autre. Je suis une personne pour qui l'amour est important, et j'estime qu'un mariage sans amour est immoral. Nous avons donc divorcé. Le divorce n'était pas encore une chose admise à cette époque-là. Ainsi, pour ne pas inquiéter mes parents, j'ai attendu un an avant de leur en faire part. Aux yeux de mes parents, on peut tout supporter dans le mariage. C'est ainsi qu'ils ont agi. J'estime toujours que mes parents ont une attitude défaitiste dans ce domaine, mais ils ne pensent pas comme moi. La plus grande tâche de ma mère a été d'élever les enfants et de préparer les repas. Lorsque mon père se fâchait, ma mère se taisait. Elle pleurait toute seule sans nous le laisser voir; c'était le seul moyen de résoudre les problèmes. Même s'ils ne comprennent rien à l'amour, mes parents sont encore ensemble. Justement à cause de cela, je m'obstine à chercher l'amour dans le mariage.
Pour les jeunes de moins de 30 ans qui sont en train de vivre la période des épousailles, le mariage et la famille sont des notions différentes, et ils considèrent qu' on peut vivre sans le mariage. C'est l'amour et le bonheur qui sont recherchés. Aux yeux des personnes âgées, ces jeunes n'ont pas le sens des responsabilités, mais ces derniers estiment plutôt que l'important est de prendre responsabilité de leur vie.
Cheng Xin, 26 ans, employée d'une société immobilière
Bien que je ne veuille pas me marier coûte que coûte, je prévois me marier l'année prochaine, au jour fixé par les parents de mon fiancé. À mon avis, ça devrait être moi qui contrôle la date et le déroulement de mon mariage. Mais en fait, c'est loin d'être aussi simple. Comme d'autres parents, ceux de mon futur conjoint estiment que le mariage de leur enfant est la grande tâche de leur vie et qu'il doit être célébré en grande pompe. Cela m'a déjà beaucoup troublée. Le mariage est une affaire ennuyeuse. En plus de devoir préparer une série d'affaires complexes, il faut faire face aux problèmes épineux qui se poseront, dont ceux des relations entre mes beaux-parents et moi. Personne ne me l'a dit, mais je sais bien que le plus difficile est d'harmoniser les relations entre belle-mère et belle-fille. Même si l'une et l'autre sont deux personnes très bonnes, elles auront inévitablement des problèmes quand elles seront ensemble. Je ne voudrais pas être étiquetée comme une enfant qui ne respecte pas les parents avant d'entrer dans la famille de mon futur mari, et c'est probablement la raison pour laquelle je veux me marier l'année prochaine. Mon fiancé et moi, nous nous sommes connus par Internet. Aux yeux de beaucoup de personnes, ce sont les gens qui sont en quête d'aventures qui se lancent dans une telle expérience. Je ne suis pas d'accord avec ce point de vue. Internet joue un rôle de trait d'union, comme beaucoup de personnes qui ont connu leur fiancé par un intermédiaire. Bien sûr, il y a des escrocs, sauf que parmi les personnes qui conversent par Internet, beaucoup peuvent ouvrir leur cœur. Nous sommes devenus amis un an après avoir fait connaissance. Après deux ans, notre relation était devenue plus solide; je l'ai alors emmené chez mes parents pour le leur présenter. Après que mes parents eurent décidé qu'il serait un bon gendre, je leur ai appris que nous nous étions connus par Internet. Mes parents n'étaient pas d'accord pour autant. Mais si je leur avais dit la vérité au début, le résultat de nos fiançailles n'aurait pas été le même, car les cas de fraude dans Internet avaient déjà énervé mes parents. Voyant que nous sommes très heureux, mes amis sont surpris et prennent grand plaisir à parler de notre histoire d'amour. Mais il y en a qui ont une opinion différente. Une de mes collègues a toujours l'intention de me présenter un homme pour remplacer mon « amoureux Internet ». D'après elle, une personne qu'on connaît par Internet n'est pas elle-même.
Je ne suis pas opposée au mariage. Cette institution est la plus grande garantie d'une union durable entre deux amoureux. Il faut cependant indiquer que le mariage ne doit pas nous faire perdre notre individualité. Si je devais être seulement une femme ou une mère à la maison, mon mariage n'aurait plus de sens. Le mariage idéal est celui où deux personnes partagent tout. Si ce sentiment était remplacé par d'autres éléments, la beauté du mariage disparaîtrait.
Wan Yanyu, célibataire, étudiante à la maîtrise
Chaque fois que je dis que je n'ai jamais eu de petit ami, personne ne me croit, car les gens estiment que je ne suis pas une fille que personne ne voudrait épouser. Mais c'est vrai, je n'ai jamais eu de petit ami. Cela est lié à l'éducation que m'a donnée ma mère. Depuis mon enfance, j'ai toujours été une enfant très sage qui fait la fierté de ses parents. Ma mère m'interdisait d'avoir un petit ami avant d'entrer à l'université. J'ai essayé d'approcher quelques garçons qui m'intéressaient, mais cela a échoué. À cette époque-là, tout le monde savait bien que j'étais très entreprenante, mais je ne me sentais pas du tout envahissante. Pourquoi est-ce normal qu'un garçon fasse la cour à une fille, mais qu'il soit impossible pour une fille de faire la même chose? Cette idée de ma part est peut-être un peu bizarre. Les garçons que je choisissais étaient peut-être surpris.
Un an plus tard, je suis retournée à l'université pour poursuivre mes études de maîtrise. Je vis encore seule et je ne suis pas pressée; je trouve que vivre ainsi est une chose facile. Mes parents ne peuvent accepter cette idée. Un jour, mon père a dit qu'une personne doit se marier, que sinon, elle n'est pas normale. Beaucoup de choses sont irréelles, mais le mariage et la famille sont réels. Désormais, je ne veux plus discuter de ce problème avec eux. Loin de moi, ils ne peuvent pas s'occuper de mes affaires. Pour moi, le mariage n'a aucune signification, mis à part un peu du conte de fées de la nouvelle mariée en robe blanche. L'une de mes camarades de classe a épousé le fils d'un maire aussitôt après avoir terminé ses études. Il y a aussi beaucoup de filles qui vivent seules pour attendre un homme riche et romantique. Mes amis m'ont conseillé plus d'une fois de chercher un mari de plus de trente ans ayant une bonne carrière, car cela me permettrait de faire moins d'efforts dans mes études. Les points de vue des gens autour de moi me font penser que le mariage est totalement un jeu ou un commerce dans lequel chacun prend ce dont il a besoin. J'en éprouve plus d'aversion à l'égard du mariage. Un de mes camarades de classe m'a confié que le mariage est vraiment un échange. Grâce au mariage, l'homme obtient la famille et la femme réussit dans sa carrière. Bien que le mariage soit une perspective très réaliste, ce sera tout aussi bien si je choisis de ne pas me marier et si je continue de vivre seule.
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