Faut-il réviser nos concepts sur la femme chinoise douce et soumise? Cet article tend à nous prouver que oui
En plus d'avoir été un succès auprès des femmes professionnelles des villes, le film Perpetual Motion (Mouvement perpétuel), sorti en 2005, est encore une source importante de discussion parmi les femmes.
Les quatre personnages principaux du film sont des femmes de carrière qui réussissent bien. L'une d'entre elles, Niuniu, d'âge moyen, découvre que son mari a une relation extraconjugale. Elle invite trois de ses amies – la mannequin Qinqin, l'agente immobilière Ye et l'artiste Lala – qu'elle soupçonne d'être la maîtresse de son mari. La rencontre se tient dans sa maison située dans un siheyuan (cour carrée avec bâtiments sur trois côtés) lors de la fête du Printemps. Les quatre bavardent, comparent leur vécu émotionnel et les hommes qu'elles ont connus. Peu à peu, l'intrigue du film – découvrir laquelle de ces femmes a une liaison avec le mari de Niuniu – cède la place au partage franc et direct des émotions et des désirs réprimés. Le niveau de langage plutôt cru des quatre femmes met la dernière touche à cette image de la nouvelle femme chinoise absolument contraire à celle, plus acceptée par la tradition, de la femme docile et conservatrice.
Comme on pouvait s'y attendre, Ning Ying, la réalisatrice du film, est elle-même une femme de carrière. En fait, elle n'est pas très surprise de la réponse chaleureuse que les femmes ont donnée à son film. "En comparaison avec leurs consœurs européennes, les femmes asiatiques sont plus inhibées", déclare la réalisatrice. Et elle ajoute : "La plupart des hommes qui ont vu le film ont été sidérés d'observer le comportement et d'entendre le langage vulgaire des quatre personnages principaux du film. Pour ce qui est des femmes, elles ont été fortement impressionnées. Beaucoup ont indiqué que ce film a eu l'effet d'une catharsis, ce qui est rare pour un film."
La conception chinoise traditionnelle d'une femme mariée est celle d'une épouse vertueuse et d'une mère aimante qui prend la responsabilité complète du ménage. C'est toujours un archétype, mais alors que de plus en plus de femmes chinoises font carrière, il a été étendu aux activités sociales. Dans les villes, la plupart des cols blancs féminins ont reçu une éducation universitaire, gagnent un revenu élevé et veulent leur indépendance économique et de pensée.
Mme Wang Ying, 33 ans, est directrice des ventes d'une grande compagnie de produits de beauté. Son salaire annuel dépasse 200 000 yuans. Elle est mariée depuis quatre ans et planifie avoir bientôt un enfant. Comme son travail est plus exigeant que celui de son mari, le couple a conclu un accord selon lequel c'est le père qui assumera principalement la responsabilité d'élever l'enfant. La belle-mère de Mme Wang est fort traditionnelle et s'y oppose vivement, mais Mme Wang a gagné son point en raison de la simplicité de son argument : c'est un arrangement qui permettra au couple de sauver temps et argent. "Étant donné que mon salaire est plus élevé que celui de mon mari, il n'a aucune objection à ce que je passe plus de temps au travail que lui. Étant donné la plus grande contribution économique que mon travail apporte au ménage, il est habitué à exécuter la plupart des tâches ménagères", explique Mme Wang.
Ce cas montre hors de tout doute que c'est le contexte économique d'une femme qui décide de son mode de vie. Peu avant la dernière Journée internationale des femmes, la société China Talent Hotline a réalisé un sondage auprès d'environ 2 000 femmes de carrière de moins de 30 ans, ayant un revenu mensuel allant de 2 000 à 5 000 yuans et résidant dans de grandes villes comme Beijing, Shanghai, Guangzhou et Shenzhen. Les résultats indiquent que plus de 70 % de celles qui ont répondu au sondage aspirent à l'indépendance économique par un travail qui leur permet d'apporter une contribution équitable aux dépenses du ménage.
"L'indépendance économique d'une femme ne signifie pas seulement payer une part égale des dépenses avec son mari, explique Mme Zhang, 28 ans, une diplômée en sociologie de l'Université du peuple de Chine, car comme je le comprends, une femme devrait avoir ses propres ressources financières, parce que si sa relation avec son mari va mal, elle pourra partir, plutôt que d'endurer pour des raisons économiques." Cette jeune femme n'est pas mariée, mais elle et son ami mettent leurs ressources en commun en vue d'acheter un appartement. "Je ne m'inquiète pas qu'un jour mon ami puisse vouloir mettre fin à notre relation, dit-elle franchement, en expliquant qu'au fil des années les Chinois ont nettement changé leur conception du mariage. Autrefois, les femmes se mariaient surtout pour des raisons économiques, tandis que de nos jours, elles peuvent souvent réaliser leur indépendance financière par un travail régulier. Elles n'endurent plus un mariage sans amour pour des raisons purement économiques."
Une carrière réussie donne plus de confiance à une femme. Il est évident qu'elle peut subir davantage de pression au travail, mais parallèlement, elle peut réaliser un meilleur équilibre dans ses relations avec le sexe opposé. Étant donné qu'un plus grand nombre de femmes se libèrent des tâches ménagères, des femmes de carrière accomplies continuent d'émerger. Que les quatre personnages du film fassent preuve d'une telle franchise dans leurs critiques de leurs partenaires précédents est attribuable à la confiance que leur donne le fait d'avoir une profession bien rémunérée. L'égalité financière engendre un sentiment d'égalité à d'autres niveaux.
Les statistiques montrent qu'en Chine, vers la fin de 2004, il y avait 337 millions de femmes en emploi; cela représentait 44,8 % la main-d'œuvre active. C'est un résultat direct de l'amélioration du niveau d'éducation des femmes chinoises. Toujours en 2004, selon le Livre blanc L'égalité des sexes et le développement des femmes en Chine, il y avait : 6,09 millions d'étudiantes dans les universités chinoises, soit 45,7 % du nombre total d'étudiants; et le pourcentage de filles dans les écoles secondaires professionnelles s'élevait à 51.5 %. Des chances égales en éducation vont inévitablement engendrer un plus grand nombre de perspectives d'emploi pour les femmes.
En mars 2006, sina.com, le plus important portail chinois, et d'autres médias ont effectué un sondage auprès de 9 000 femmes urbaines célibataires. Les résultats ont indiqué que plus de 50 % d'entre elles possèdent un appartement et qu'environ 20 % ont leur propre voiture. Lorsqu'on leur a demandé pourquoi elles étaient encore célibataires, plus de 60 % de ces femmes ont dit qu'elles n'avaient pas encore rencontré l'homme idéal, et 20 % croyaient que le fait de rester célibataires leur donnerait une meilleure qualité de la vie.
Mme Shi Wenli travaille pour une compagnie de technologies de l'information. Elle est dans la trentaine et toujours célibataire. "Je n'ai pas l'intention de rester célibataire, mais je suis heureuse de pouvoir attendre de trouver le partenaire idéal pour me marier", explique-t-elle. Certaines de ses amies sont mariées, mais elles ne sont pas toutes heureuses. C'est l'une des raisons de sa décision d'attendre, pour le moment. La mère de Mme Shi est du genre traditionnel. Au début, elle a eu du mal à comprendre le comportement de sa fille. Elle est habituée maintenant et contente de voir que sa fille profite de la vie.
Selon Mme Chen Huiping, de l'Institut de recherche de la Fédération des femmes de Chine, la quête d'une meilleure qualité de vie est démontrée par le nombre croissant de femmes de carrière célibataires qui ont de 28 à 38 ans et qui disposent d'un poste exigeant et d'un revenu stable. C'est une génération à l'esprit ouvert, et 30 % des personnes interrogées ont exprimé leur volonté d'élever seule un enfant.
De plus, parmi les participantes à ce sondage, plus de 20 % dépensent la totalité de leur revenu mensuel, alors que la majorité en épargne 50 % et dépense le reste en vêtements et produits de beauté. Cette catégorie sociale de "femmes célibataires", disposant de temps, d'argent et ayant le désir d'essayer de nouvelles choses, est considérée par les économistes comme un moteur important de l'économie.
Source : La Chine au présent
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