Il y a quinze ans, une grande vague de manifestations pour la démocratie, provoquée par la mort du dirigeant réformiste Hu Yaobang le 15 avril 1989, suscitait en Chine l'espoir de changements politiques jamais réalisés dans un pays dont l'économie a depuis été profondément transformée.
Les intellectuels, encouragés par la perestroïka à l'oeuvre en URSS, demandaient plus de libertés et de reconnaissance sociale, après avoir été traînés dans la boue pendant la Révolution culturelle (1966-76).
Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) de 1980 à 1987, Hu Yaobang incarnait l'espoir d'une libéralisation du régime chinois.
"Non seulement il a poussé les réformes économiques, mais il était aussi partisan d'une tolérance idéologique et d'une réforme politique", selon le dissident Liu Xiaobo, qui vit à Pékin et publie des articles critiques dans des revues et sur des sites internet basés à l'étranger.
"La mort de Hu Yaobang, ce fut aussi celle de l'idée que les réformes économiques et politiques seraient simultanées en Chine", ajoute Liu.
En faisant descendre un très grand nombre de manifestants dans la rue, sa disparition allait précipiter le conflit entre partisans et adversaires d'une plus grande tolérance politique, et placer la Chine sur le devant de la scène internationale jusqu'au massacre du 4 juin.
"Mère de Tiananmen" qui a perdu son fils tué ce jour-là par l'armée, Ding Zilin juge que "Hu Yaobang était un responsable du Parti communiste qui avait une conscience".
"Les gens se souviennent de lui parce qu'il ne cessait de soulever les erreurs commises par le Parti durant la Révolution culturelle (1976-76)", ajoute Ding Zilin.
La réhabilitation du massacre de Tiananmen n'est en revanche toujours pas à l'ordre du jour, comme l'a rappelé le mois dernier le Premier ministre Wen Jiabao en justifiant l'intervention militaire au nom de l'intérêt supérieur du
Toutefois, malgré le gel politique, les réformes économiques, relancées par Deng Xiaoping en 1992, ont permis de desserrer l'étau du pouvoir sur la société.
"Aujourd'hui, les intellectuels et les étudiants bénéficient d'une manière générale des réformes économiques et alors que le climat politique est encore répressif, ils ne sont plus intéressés par la réforme politique", affirme Liu.
La plupart des emplois sont désormais créés par le secteur privé, alors qu'en 1989, la décollectivisation touchait essentiellement l'agriculture et le petit commerce, et que la vie des citadins était, de la maternelle à la retraite, organisée par les "unités de travail".
L'internet, même censuré, permet des échanges d'idées sur une échelle inimaginale il y a 15 ans, sans compter quelque 280 millions de téléphones portables.
Si les critiques d'individus isolés contre le pouvoir sont maintenant dans l'ensemble tolérées, tous ceux qui ont veulent rassembler contre le parti-Etat continuent à faire l'objet d'un répression implacable.
En dépit de ce que veut faire croire le gouvernement sur la scène internationale, "il n'y a pas en Chine de liberté de réunion, d'association ou d'expression, et même la publication d'articles sur internet peut être considérée comme un crime", écrit l'épouse du dissident He Depu dans une lettre au président de la Commission de droits de l'homme de l'ONU, réunie jusqu'au 23 avril à Genève.
Fondateur en 1998 du Parti démocrate chinois, aussitôt interdit, He Depu a été condamné en novembre dernier à huit ans de prison pour "incitation à la subversion".
AFP