Aux confins de la Chine, en route vers le Tibet, se niche l'un des territoires les plus secrets et les plus préservés du Céleste Empire: le Yunnan 云南, émouvante mosaïque de peuples et de traditions.
Bien loin des tours hypermodernes de Shanghai, il y a la Chine du Yunnan. Une province qui s'étend entre le Tibet et les hautes terres du Vietnam, où cohabitent une vingtaine de minorités ethniques, vivant presque comme à l'époque des explorateurs jésuites. Dans ces contrées reculées, l'électricité a remplacé la bougie, mais le cheval n'a pas encore cédé sa place à la voiture. Tibétains, Yi, Naxi et Bai ont gardé leurs traditions séculaires, et les paysages, leur beauté sauvage.
La porte de ce céleste empire se trouve à Lijiang. Est-ce un effet de l'altitude? L'air plus léger tourne un peu la tête. Et c'est vrai que cette belle ville invite à la nonchalance; depuis huit cents ans, ses canaux, ses ruelles, que l'on parcourt à pied, serpentent autour de petits pavillons aux toits d'ardoise recourbés. Loin des mégalopoles en expansion, cette ancienne cité royale, classée sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, a su se faire oublier des promoteurs. Ses maisons de bois minutieusement restaurées sont devenues des boutiques et des petites auberges, où les voyageurs affluent. Ce sont surtout des touristes de Pékin ou de Malaisie qui, déguisés en Naxi, dont ils ont revêtu la tenue traditionnelle, prennent la pose et rient en goûtant l'étrange gelée verte de haricots qui rissole dans les woks des gargottes. Elles sont toujours exotiques, ces parties du Yunnan que les Chinois n'ont vraiment «sinisées» qu'après la révolution de 1949.

Autour de Lijiang règne la montagne. La chaîne des Hengduan dresse une muraille de pics enneigés au pied desquels se sont formées de hautes vallées qui dépassent parfois 3 000 mètres. De telles éminences sous les tropiques ont créé les zones tempérées les plus riches en biodiversité de la planète, selon les experts de l'Unesco. Même sans avoir l'âme d'un botaniste, difficile de rester insensible à ce tableau entremêlant le rose et le blanc des rhododendrons avec le vert des sapins. Sur la route qui mène vers le territoire tibétain, un téléphérique hisse des couples chinois en villégiature vers une vallée couverte d'orchidées et de gentianes. Cet incroyable jardin suspendu console un peu du tapage qui règne à côté, dans le temple du Lotus. C'est un sanctuaire tibétain niché sous le ciel, deux lamas y psalmodient au milieu des vociférations des guides et des sonneries de portables. Devant la porte, un yack décoré de pompons se laisse enfourcher par les enfants d'une famille venue de Pékin. Et si, finalement, il fallait en prendre son parti? Observer les tribulations des Chinois en Chine peut alors devenir un agrément du voyage. Suivons-les jusqu'au bord du Yangzi Jiang. Pour arriver aux gorges du Saut-du-Tigre, que l'un de ces grands félins aurait franchies, là où les rives se touchent presque, le voyageur chinois suit le chemin de randonnée, éventail à la main, dans l'ombre d'un palanquin. Les lao wai, les «vieux de l'Ouest», que nous sommes transpirent et traînent les pieds dans leurs chaussures de marche.

La route grimpe sur les hauteurs vers le comté de Zhongdian. Les courbes du plus long fleuve chinois ne sont plus qu'un zigzag scintillant au fond du gouffre quand surgissent de surprenants villages. Des fermes en rondins sur des coteaux couverts de pins rappellent les cabanes de trappeurs. Conduisant un buffle, voilà une femme chapeautée de noir: dans ce territoire vivent des tribus Yi. De l'autre côté de leur vallée, le paysage s'ouvre en de vastes espaces, une lande rase parcourue de rose et de bleu: des azalées, à perte de vue. Bienvenue dans le Kham, l'une des trois régions historiques de l'ancien royaume du Tibet, territoire fidèle au dalaï-lama.

Au loin, une ville: Zhongdian, le centre, en chinois. Carrefour entre les hauts plateaux du Nord, la Chine, l'Inde et la Birmanie, cette vallée a longtemps vu passer des caravanes de sel et de thé. C'est là, dit-on, que se trouverait Shangri-La. Absent des cartes d'état-major, Shangri-La figure une sorte de nirvana mythique, le «pays du sacré et de la paix» tibétain. Un territoire resté inconnu du monde jusqu'à la parution d'un roman, Horizon perdu. Ecrit en 1932, le récit n'a rien perdu de sa magie. Sous la plume de James Hilton, quatre Occidentaux découvraient, en plein Tibet, la vallée de l'éternelle jeunesse, où les habitants vivent à l'abri du monde dans un raffinement léger et spirituel. Se pourrait-il que Zhongdian fût vraiment cet éden oriental? Ses avenues flanquées de petits immeubles bétonnés rendent plutôt sceptique. Escale dans une maison tibétaine à l'heure du thé. Derrière les murs de pisé, une famille partage la tsampa, la farine d'orge qui nourrit ici les hommes. Parmi leurs enfants, l'aîné est moine, le cadet, berger. Ici, comme dans toutes les minorités menacées de dépopulation, on peut déroger à la règle de l'enfant unique. Dehors, les buissons accrochent des sacs plastique: dans ce pays qui n'a pas apprivoisé les poubelles, ce sont les premiers vestiges du monde moderne.


Où est le rêve, la «vision», dont parlait James Hilton? Nous allons bientôt le découvrir. Le bitume bifurque vers une piste. Lentement, on avance vers une petite vallée. Une rivière étincelle entre des prairies vertes comme un gazon anglais. Dans les pâturages sans clôtures, des chevaux agitent leur crinière, à côté des yacks. Çà et là, des maisons blanchies à la chaux, les fleurs argentées des sureaux. Sur la colline, le sanctuaire vénérable de Ringha, où le premier dalaï-lama en personne médita voilà six cents ans. Les cahots de la route engourdissent les sens, qui se laissent prendre par la pureté du lieu. Shangri-La, si ce lieu existe, pourrait être là. Un petit village, puis le bout de la route. Dehors, un silence léger, la sensation d'être arrivé quelque part. Alors vient une tentation soufflée par Horizon perdu: «Nous resterons ici avec nos livres, notre musique et nos méditations, conservant la fragile élégance d'un monde qui se meurt, et cherchant la sagesse.»
Nathalie Chahine
INFORMATIONS

Situation géographique
Le Yunnan ( en abrégé "Yun" ou "Dian") est une province frontalière située dans le Sud-Ouest de la Chine. Le tropique du Cancer traverse sa partie méridionale. Sa superficie totale est de 394 000 km2 , soit 4,1% de la superficie totale du pays. Sa frontière, longue de 4 060 km, est contiguë, à l'est, avec la région autonome Zhuang du Guangxi et la province du Guizhou; au nord, avec la province du Sichuan séparée par le fleuve Jinshajiang; au nord-ouest, avec la région autonome du Tibet; à l'ouest avec le Myanmar (la Birmanie); au sud et au sud-est, avec le Laos et le Vietnam.
Chef-lieu : Kunming
Altitude
Le relief du Yunnan est incliné du nord au sud. L'altitude au sud est de 1 500 à 2 200 m; et celle au nord, de 3 000 à 4 000 m. Le sommet du mont Kawagarbo à Moirig, avec 6 740 m d'altitude, est le point culminant de la province du Yunnan. A l'est, se trouve le plateau du Yunnan-Guizhou, le relief est relativement plat, avec une altitude moyenne de 76,4 m.
Ressources naturelles: Le Yunnan possède de riches ressources naturelles. Il est connu sous le nom de "Royaume de la botanique", de "Royaume des animaux", de "Royaume des métaux non-ferreux" et de "Pays natal des plantes médicinales".
Flore
Le Yunnan est la province qui possède la flore la plus nombreuse du pays. On y trouve non seulement des plantes des zones tropicale, sub-tropicale, tempérée et tempérée froide, mais aussi des plantes anciennes, dérivées, orignaires du Yunnan ou introduites de l'étranger. Parmi les 30 000 plantes supérieures connues en Chine, 18 000 se trouvent dans le Yunnan.
Ressources minérales
On a découvert au Yunnan 150 minerais utilisables, soit 93% des espèces connues du pays. La valeur potentielle de leurs réserves atteint 3 000 milliards de yuans dont 40% pour les minerais combustibles, 7,3% pour les métaux et 52,7% pour les non-métaux. On trouve 86 minérais dont les réserves ont été évaluées. Quant à leurs lieux de production, ils sont au nombre de 2 700. Parmi les minérais dont les réserves évaluées sont assurées, 13% d'entre eux se situent aux premiers rangs du pays, tels qu le zinc, le plomb, l'étain, le cadmium, l'indium, le thallium, l'amiante bleu, etc. Les deux tiers occupent une place très importante dans le bassin du Changjiang et dans les régions du sud.
Ressources hydrauliques
Les précipitations du Yunnan sont abondantes, et les cours d'eau, nombreux avec un débit annuel de 200 milliards de m3, soit trois fois plus que celui du Huanghe. Le débit de transit est de 160 milliards de m3. Chaque habitant possède en tout plus de 10 000 m3 de ressources d'eau, soit quatre fois plus que la moyenne nationale. Les nombreuses ressources d'eau offrent une énergie hydraulique considérable, ce qui en fait la principale priorité dans ce domaine.
Ressources touristiques
Son climat tempéré, ses paysages pittoresques et ses traditions populaires riches et variées font de cette province un lieu privilégié pour le tourisme.
Répartition des ethnies et proportion dans la population
Le Yunnan est la province chinoise possédant le plus grand nombre d'ethnies, soit 25 sur 56, dont 24 sont des ethnies minoritaires, et qui représentent 38,07% des 41,44 millions de Yunnanais. Une vingtaine d'ethnies comme les Yi, les Bai, les Hani, les Zhuang, les Dai, les Miao, les Lisu, les Hui, les Lahu, les Va, les Naxi, les Yao, les Tibétains, les Jingpo, les Bulang, les Pumi, les Nu, les Achang, les Jino, les Mongols, les Derung, les Mandchous, les Sui et les Buyei ont chacune une population dépassant 8 000 habitants. Certaines d'entre elles vivent en communautés importantes ou vivent avec d'autres ethnies; certaines vivent d'une façon concentrée dans une région, une préfecture, un district ou un canton, voire des villes et bourgs ou des villages situés le long de la ligne de communication. 25 ethnies, dont la population dépasse chacune 5 000 habitants, vivent de manière relativement concentrée dans leur zone d'habitation. 10 ethnies (hui, mandchoue, bai, naxi, mongole, zhuang, dai, achang, buyei et sui), soit 4,5 millions d'habitants, vivent principalement dans les régions frontalières et les vallées. 8 ethnies (hani, yao, lahu, va, jingpo, bulang, de'ang et jino) et une partie des Yi, soit 5 millions de personnes, vivent principalement dans les régions mi-montagneuses. 6 ethnies (miao, lisu, tibétaine, pumi, nu et derung) et une autre partie des Yi, soit 4 millions de personnes, vivent principalement dans les régions montagneuses. Le Yunnan n'a pas un district habité par une seule ethnie. Les Hui et les Yi sont répartis dans la plupart des districts de la province.
Site officiel : www.yu.gov.cn
Source : Lexpress.fr