
Alors que le nombre des vélos est en diminution constante au profit des voitures, le gouvernement a annoncé qu'il est nécessaire d'assurer une meilleure protection des droits des cyclistes pour que ce mode de transport reprenne la place qui lui revient.
La Chine est connue comme le "royaume de la bicyclette". Cependant, depuis quelques années, ce titre correspond de moins en moins à sa réalité, puisqu'à chaque année, le nombre de bicyclettes diminue, alors que le nombre de voitures augmente de quelques millions.
Face à des embouteillages de plus en plus fréquents, le gouvernement a commencé à faire grand cas de la bicyclette, un mode de transport très commode et non polluant; le hic, c'est que beaucoup de citadins sont tombés amoureux de la voiture privée. On se trouve donc confronté à une question à résoudre de manière pressante : comment assurer que la bicyclette occupe la place qui lui revient dans les rues encombrées?
De plus en plus de gens choisissent la voiture
M. Zhang Hui est un employé d'une compagnie française. Pendant le Sommet de Beijing du Forum Chine-Afrique qui s'est tenu en novembre dernier, il a répondu à l'appel du gouvernement qui demandait aux citoyens de prendre leur vélo pour alléger la circulation durant ce grand événement. Il a donc délaissé sa voiture au profit de sa bicyclette pour se rendre au travail. "Auparavant, je devais partir à 7 h et il me fallait au moins une heure pour aller au travail; à vélo, je pars une demi-heure plus tard et j'arrive en avance à la compagnie.", a-t-il constaté, tout surpris. En effet, selon des statistiques du Bureau du transport de Beijing, à l'heure de pointe, la vitesse à bicyclette est de 15 km/h, alors qu'elle n'est que de 12 km/h en voiture.
Pendant le Sommet du Forum Chine-Afrique, des millions de gens ont choisi de prendre le vélo ou l'autobus. Cependant, à la fin de ce sommet, les embouteillages sont réapparus. Comme les autres, M. Zhang a de nouveau abandonné son vélo et repris sa voiture. "Bien que le vélo soit plus rapide que la voiture pour aller au travail, il y a encore des inconvénients. Par exemple, dans les environs de notre compagnie, il n'y a pas d'espaces réservés pour garer les bicyclettes. Et si je dois rencontrer des clients, je dois prendre le taxi. Que penseraient-ils de moi si j'allais les rencontrer à vélo ?" De plus, selon M. Zhang, sa voiture lui donne l'estime nécessaire pour lui assurer le succès.
Juger d'une personne à partir de sa voiture, qu'elle soitde luxe ou non, n'est pas chose nouvelle. Lorsque Mme Cheng a voulu acheter une voiture pour éviter d'avoir à faire un trajet de deux heures dans un autobus bondé et qu'est venu le moment de la choisir, des divergences sont apparues au sein de sa famille. Puisque son mari et sa fille s'opposaient au fait qu'elle achète une voiture compacte, Mme Cheng a donc choisi une voiture deux fois plus chère que ce qu'elle aurait préféré, et cela,pour le seul critère de posséder une voiture plus impressionnante.
Selon desstatistiques compilées par ACNielsen, 30 % des 1 500 personnes interviewées à Beijing, Shanghai et Guangzhou en mai et juin 2006 planifiaient acheter une voiture dans environ un an; en 2005 et 2004, la proportion n'était que de 9 % et 6 % respectivement. "Les temps ont changé, les conditions sont réunies pour que l'on puisse conduire une voiture, alors pourquoi pas?", déclare M. Liu Yong, 28 ans. Selon lui, la voiture est un symbole essentiel du statut social dans la Chine actuelle.
Il est vrai que la bicyclette est un mode de transport plus respectueux de l'environnement, dit-il, mais quelle différence cela fera-t-il si je délaisse ma voiture ?» Cette opinion représente celle de beaucoup de gens. Et bien que les gouvernements locaux se préoccupent de l'environnement, ils encouragent toujours les gens à acheter des voitures, car l'industrie automobile est l'un des piliers de l'économie.
La bicyclette n'est plus un objet de première nécessité
Mme Li, une quinquagénaire, réside à Beijing depuis toujours.Elle habite à moins de 5 km de son travail et le vélo est la meilleure façon de s'y rendre. "Commode et rapide", dit-elle avec assurance. Cependant, ces dernières années, elle craint de plus en plus de monter à vélo. "Auparavant, il y avait des garde-fous qui séparaient la piste cyclable des autres voies, mais ils ont disparu. Le nombre des voitures et des voies qu'on leur alloue augmente, c'est très dangereux.» Un jour, Mme Li a même été renversée par une automobile qui circulait dans la piste cyclable. Elle n'a pas été gravement blessée, mais sa peur persiste. "Je suis maintenant extrêmement prudente", explique-t-elle.
Mme Li regrette beaucoup les rues de la Beijing de sa jeunesse. "En ce temps-là, il y avait moins de véhicules et pratiquement que des bicyclettes ; on était plus en sécurité." En 1949, à Beijing il n'y avait que 2 300 véhicules motorisés, et en 1997, ce nombre avait atteint 1 million. Et en 2003, c'était 2 millions, le double en six ans ! À présent, le nombre des véhicules approche 3 millions et ce nombre augmente de 1 000 par jour.
À l'opposé, le nombre de bicyclettes et leur taux d'utilisation ont diminué petit à petit. Selon les statistiques, à un moment donné, il y avait 10 millions de bicyclettes à Beijing, le plus grand nombre atteint;actuellement, il n'y en a que 4 millions, dont 2 millions qui sont utilisées au quotidien. Par ailleurs, la production annuelle de bicyclettes en Chine a atteint plus de 70 millions d'unités, dont 50 millions sont exportés; la Chine est devenue un centre mondial de production de bicyclettes.
"Auparavant, dans notre famille de cinq personnes, chacun possédait sa propre bicyclette; aujourd'hui, il n'y en a qu'une seulement pour toute la famille, et on n'a pas d'espace prévu pour la garer", a révélé Mme Liu. Aujourd'hui, cette dame habite un nouveau bâtiment en banlieue; à cet endroit, les espaces de stationnement d'auto sont nombreux, mais les places convenables pour garer une bicyclette sont rares. Il y a deux ans, cette damea acheté une voiture et elle n'utilise désormais sa bicyclette que pour aller acheter des légumes.
"Il y a vingt ans, une bicyclette était considérée comme un bien de luxe à recevoir en dot; aujourd'hui, personne ne veut de bicyclette, on veut une voiture", plaisante Mme Liu.
Actuellement, la ville s'agrandit de jour en jour et ce n'est pas très pratique de sortir en bicyclette dit Mme Liu Jianshuang, originaire d'une petite ville de la province du Hebei. Dans sa ville natale, la plupart des résidents utilisent leur vélo, car ils vivent tous près de leur travail. Mais dans les grandes villes, ce n'est pas le cas. Beaucoup de personnes doivent changer d'autobus à plusieurs reprises pour se rendre au travail au centre-ville. Mme Liu travaille maintenant à Beijing et se plaint de cette différence : "La compagnie où je travaille est située à 40 km de chez-moi. Je dois absolument prendre le métro et deux autobus. Elle et son mari planifient acheter une voiture avec leurs économies. Ainsi, pour elle, les autobus bondés seront alors chose du passé.
M. Xu Gang, P.-D.G. de la SARL d'automobiles Huapu de Shanghai, dit que la qualité de vie d'une personne est directement proportionnelle à son rayon d'action. Celui d'une personneà pied est de 300 à 500 m, celui à bicyclette, de 3 à 5 km et celui en voiture peut s'élever jusu'à 30 et 50 km. Ce changement d'espace peut apporter un changement révolutionnaire dans la conception de la vie, la façon de vivre et la qualité de vie. Augmenter la qualité de vie est devenu l'une des raisons qu'invoquent de plus en plus de jeunes qui veulent acheter une voiture.

Le conflit entre bicyclettes et voitures
M. Zhang Hui a changé de mentalité après avoir pris son vélo pendant quelques jours et repris sa voiture : il est maintenant un conducteur assagi. Dans le passé, quand il y avait un embouteillage et s'il n'y avait pas d'agent de la circulation, M. Zhang conduisait souvent dans la piste cyclable. "C'est très courant de vouloir épargner du temps; il n'y avait pas que moi qui agissais ainsi."
Dans les forums sur Internet, les gensdiscutent beaucoup des endroits où il y a des caméras et des agents de la circulation et à quels endroits il estpossible de conduire sa voiture en toute impunité dans les pistes cyclables. Ayant vécu lui-même les difficultés des cyclistes, M. Zhang a décidé d'être un meilleur conducteur et de respecter fidèlement les règlements de la circulation.
Un autre M. Zhang -- un aide à la circulation -- est souvent le témoin de querelles entre les conducteurs et les cyclistes. "Normalement, la voiture doit céder le passage à la bicyclette, mais comme elle est plus forte que la bicyclette, la voiture occupe souvent la pistecyclable", déclare-t-il. Les conflits entre conducteurs et cyclistes existent toujours; ce sont deux groupes qui se critiquent mutuellement...
Mme Ren Haiyu, 29 ans, vient de rentrer des États-Unis où elle a fait des études de doctorat. Le premier jour qu'elle s'est rendue au travail à vélo, elle a eu des ennuis. "J'étais à vélo à un carrefour, il n'y avait plus de piste cyclable et je ne savais pas où aller. Une voiture près de moi n'est pas arrêtée au feu rouge. Je voyais bien les autres cyclistes se faufiler parmi les voitures, mais je n'osais pas. J'ai attendu une bonne dizaine de minutes pour traverser ce carrefour", raconte-t-elle, encore avec émoi. Depuis ce jour-là, elle se rend au travail à pied. Elle a peur de circuler à vélo.
Garder un espace pour la bicyclette
Selon des études, dans un rayon de 4,5 km, la bicyclette est le mode de transport le plus rapide. De plus, le vélo ne consomme pas d'énergie, ne pollue pas et n'occupe que le huitième de la surface d'une voiture. Pour une largeur donnée de route, trois fois plus de bicyclettes que de voitures peuvent circuler.
En prenant conscience de ces avantages, le gouvernement a commencé à encourager les citadins à sortir à vélo. M. Chou Boxing, vice-ministre de la Construction, a exprimé tout récemment la nécessité de maintenir un certain nombre de bicyclettes et de garantir le droit à la route des bicyclettes et des piétons. Dans les années 1980, il y avait 500 millions de bicyclettes en Chine et celles-ci avaient leurs voies réservées. À propos de la suppression de tronçons de pistes cyclables dans certaines villes, le ministère de la Construction croit que ce n'est pas une mesure appropriée. Elles vont réapparaître. Ainsi, au cours des cinq prochaines années, Shanghai va construire 100 km de nouvelles pistes cyclables.
M. Liang Congjie, directeur de Friends of Nature, une ONG en protection de l'environnement, avait soumis la proposition d'installer des garde-fous entre les voies pour véhicules moteurs et les pistes cyclables et d'y interdire le passage des véhicules moteurs. Sa proposition a reçu une réponse du Bureau d'administration des transportset de la Commission de planification urbaine de Beijing. Les mesures suivantes seront implantées : on va installer 11 km de barrières; certains espaces de stationnement qui se trouvent dans les pistes cyclables vont être supprimés; des arrêts d'autobus vont être réaménagés pour garantir la sécurité des cyclistes.
Cependant, selon les experts du Bureau d'administration des transports, il est impossible de résoudre tous les problèmes et on doit demander aux citadins de respecter les règles de la circulation.
Lors de la "Journée de la bicyclette", des membres d'organisations de protection de l'environnement prennent leur vélo pour sensibiliser les gens.Mais il reste un long chemin à parcourir pour arriver à changer la conception de M. Tout le monde.
Source : La Chine au Présent
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