Bronzes chinois

Bronzes chinoisIl existe un motif symbolique, utilisé il y a trois mille ans sur les bronzes sacrificiels chinois, et qui réunit toutes les caractéristiques animales du monde en une seule créature féroce : le t'ao-t'ie, ou « glouton ». Assis sur des flammes ardentes, la bête, avec ses yeux exorbités, lance des regards furieux vers celui qui la regarde, et la bouche grande ouverte, elle montre ses crocs aiguisés comme des couteaux. Une paire d'oreilles ou de cornes surmonte son créne. Toutes griffes acérées dehors, la bête se tient prête à l'attaque. Aussi effrayante qu'ait pu être cette bête sauvage imaginaire, elle évoquait le mystère et la beauté. Le t'ao-t'ie est un des motifs les plus extraordinaires et les plus originaux ornant les bronzes chinois, et il transmet parfaitement la signification religieuse et rituelle de la vaisselle de bronze.

Le bronze est un alliage de cuivre et d'étain, auquel est ajouté une petite quantité de plomb. Son apparition marque la fin de l'ége de pierre. Pendant près de deux mille ans, du XVIIe siècle avant Jésus-Christ à la dynastie Han (206 av. J.-C. - 22 ap. J.-C.), les Chinois utilisèrent du bronze rare et précieux pour fondre de grandes quantités de vases rituels, d'instruments de musique et d'armes qui étaient élégants et finement décorés, et qui comportaient des inscriptions en caractères chinois. Ces objets témoignent de l'accomplissement artistique de la Chine antique et prouvent que les Chinois ont su très tôt employer avec ingéniosité les ressources naturelles dont ils disposaient pour cristalliser science et art dans leurs œuvres.

Dans la société ritualiste de la Chine antique, le bronze était principalement employé pour fondre la vaisselle cérémonielle que l'on utilisait dans les sacrifices dédiés aux dieux du ciel, de la terre, des montagnes et des rivières. Cette vaisselle était également utilisée dans les banquets, offerte en récompense, et servait dans les funérailles pour la noblesse. Comme le bronze est un matériau durable et résistant, il était utilisé par les rois pour couler des vases en l'honneur des ancêtres des ducs, princes et ministres qui avaient apporté une grande contribution au pays ou au souverain, afin d'établir un modèle ou un souvenir pour les générations futures. Par exemple, le Mao Kong Ting, de renommée internationale, un tripode en bronze exposé au musée national du Palais à Taïpei, avait été commandé par l'empereur dans ce but. A l'intérieur du tripode, on trouve une inscription de 497 caractères, divisée en 32 lignes et en 2 parties s'étalant, à l'intérieur, de l'embouchure du vase jusqu'au fond. Il s'agit du mandat officiel pour la fonte de l'ustensile, écrit d'un ton noble et autoritaire. Il s'agit de la plus longue inscription sur bronze jamis trouvée.

Les bronzes peuvent être classés en quatre types principaux d'après leur fonction : vases à nourriture, à vin ou à eau et instruments de musique. Au sein de chaque catégorie, on peut trouver une variation infinie de formes et de motifs qui montrent pleinement l'imagination et la créativité des Chinois de l'époque. Le kouei, par exemple, était un récipient pour le millet cuit qui pouvait apparaître en de nombreux styles différents équivalents aux récipients à riz contemporains. Certains avaient une base circulaire pour stabiliser la panse, d'autres avaient une lourde base carrée ajoutée à la base circulaire pour créer un contraste élégant entre les deux formes. Le ting était un tripode destiné à la cuisson, et comportait une paire d'anses sur les bords pour en faciliter le maniement. Ses trois pieds soutiennent l'ustensile à une distance appropriée par rapport au feu pour la cuisson de la viande. Le tsiue était un ustensile spécialement employé pour réchauffer et boire le vin : il avait un bec verseur et une anse de côté, ainsi que trois pieds qui permettaient de chauffer le vin facilement. Le tsouen était le type principal de récipient à vin et pouvait être soit de forme ronde, soit de forme carrée, ou bien avoir une embouchure ronde et une base carrée. Les bronzes anciens faisaient ressortir l'équilibre et la symétrie de la forme pour accentuer leur caractère cérémoniel.

Dans la plupart des dessins utilisés sur les bronzes, on trouve un motif principal dont le caractère tridimensionnel est rehaussé par un dessin de fond. Le dessin du « glouton » en est le plus frappant exemple, sous la dynastie Chang (XVIe -XIe siècle av. J.-C.). Vues de côté, les deux bêtes symétriques et distinctes sont en relief sur le vase ; mais lorsqu'on les voit ensemble de face, elles paraissent former une seule bête. Après la période des Tcheou occidentaux, les motifs de chaînes, d'écailles de poisson et d'ondes se sont peu à peu substitués aux animaux. Le principe de la symétrie fut à ce moment-là rompu au profit de dessins de chaînes ou bandes qui encerclaient le corps de l'ustensile. Après le milieu de la période des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.), le décor le plus fréquemment utilisé était le dessin en bandes d'animaux géométriques, entremêlés verticalement. Sous la dynastie Chang, le décor de fond utilisé pour compléter le dessin principal était souvent composé de nuages et d'éclairs. A partir du milieu des Tcheou occidentaux, les dessins devinrent de plus en plus rares et les jeux de fond tombèrent finalement en désuétude. Après la période des Printemps et Automnes, le décor granulé et d'autres dessins commencèrent à apparaître en jeu de fond.

Les techniques utilisées pour exécuter les motifs variés des bronzes allaient des lignes gravées aux décors en relief utilisés dans les premières périodes, dessins en relief profond et dessins de sculpture tridimensionnels, pour arriver finalement aux décors incrustés. Les matériaux employés pour le travail d'incrustation comprenaient l'or, l'argent, le cuivre et la turquoise. Les sujets pouvaient être des animaux accompagnés de formes géométriques entremêlées sur des lignes droites, diagonales et courbes. Tous ces dessins ont été ajoutés à des fins purement décoratives.

Au cours des millénaires, les objets en bronze exposés à l'humidité ou ensevelis sous terre ont subi une altération naturelle, développant sur leur surface une couche de patine. Cette patine a protégé le métal de dommages supplémentaires, et sa couleur, qui peut varier du rouge vif au vert émeraude ou au bleu saphir, ajoute encore à la beauté des vases. Les Chinois aiment particulièrement ce revêtement coloré et c'est pourquoi ils choisissent de le maintenir intact.

Aujourd'hui, en République de Chine à Taïwan, l'on trouve encore la beauté de l'art traditionnel du bronze dans les encensoirs et vaisselles sacrificielles des temples, dans les statues érigées dans les écoles ou dans les pièces décoratives chez les particuliers ; tous ces objets ont subi l'influence de l'art des bronzes anciens. Les dessins traditionnels des bronzes sont aujourd'hui une source d'inspiration dans l'architecture, la mode ou encore le mobilier. Voilà une faùon de perpétuer l'intelligence et le génie artistique des Chinois de jadis.

Centre Culturel de taïwan à Paris

La Rédaction

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Dernière modification le 04/01/2006