Pays en plein essor, la Chine attire de plus en plus d'occidentaux. Certains, afin de pouvoir y vivre, choisissent d'y enseigner leur langue maternelle. Gros plan sur la vie et le métier de ceux que l'on appelle en Chine les waijiao ou experts étrangers.
A priori, venir travailler en Chine n'a rien de simple si l'on ne dispose pas de compétences spéciales d'ingénieur ou de businessman. En effet, le personnel qualifié ainsi que les hommes ayant le sens des affaires sont souvent les bienvenus dans l'Empire du milieu.
L'enseignement des langues étrangères en plein boum
Cependant, une personne rêvant de venir s'installer en Chine mais ne possédant pas, à première vue, une connaissance élevée dans un domaine spécifique aurait tort de se décourager. Car si la barrière de la langue chinoise et la différence culturelle sont des obstacles concrets, la Chine ouvre ses portes également à ceux qui ne parlent pas la langue de Lao Zi.
Ouverture sur le monde oblige, l'Empire du milieu cherche dorénavant à enseigner un maximum de langues étrangères à ses jeunes pousses. L'anglais est bien évidemment largement au sommet de ce hit parade, où l'on retrouve également en bonnes places l'allemand, l'espagnol, l'italien ainsi que des langues plus exotiques tels le persan, l'arabe...
Un bon accent vaut plus qu'un diplôme
Si le japonais et le russe, histoire et proximité géographique obligent, sont également parmi les langues étrangères (waiyu) les mieux représentées dans les écoles chinoises, le français jouit quant à lui d'une place à part : considérée comme la plus belle langue du monde, celle du pays des cosmétiques, du romantisme et de la bonne cuisine, le langage de Molière est comme un luxe que s'offrent les étudiants issus des familles les plus aisées.
La demande en professeur étrangers est aujourd'hui en pleine explosion du côté de la Grande Muraille. Ainsi, il n'est nul besoin d'être enseignant de carrière pour attiser l'intérêt des écoles, qui recherchent avant tout des natifs. L'intérêt est clairement de faire travailler aux élèves leurs capacités orales et de leur donner la prononciation la plus proche possible d'un New Yorkais pour l'anglais, ou d'un Parisien pour le français.
L'essentiel : plaire aux élèves
Les diplômes ne sont pas ici le plus gros problème : si les écoles les plus sérieuses, souvent publiques, cherchent des diplômes en enseignement de langues étrangères (le FLE pour le français), les écoles privées se contenteront d'un diplôme universitaire quelle que soit la spécialité.
Ainsi, Sébastien, 24 ans à l'époque, détenteur d'une Licence d'Histoire, a obtenu un poste de professeur de français à Jinan (province du Shandong), moins d'une semaine après son arrivée en Chine. Sa raison d'être là ? Principalement faire plaisir à ses élèves, entre 10 et 14 ans, particulièrement espiègles et plus intéressés par sa vie privée que le contenu de ses classes.
Parmi ses collègues, Janna, une canadienne, enseignait l'anglais aux élèves entre 6 et 10 ans. Ses qualifications ? Une maîtrise de zoologie... Visiblement pour les Chinois, pas besoin de s'appeler Shakespeare pour enseigner l'anglais.
Du côté de Qingdao, Laurent, 25 ans, et pas plus diplômé en FLE que ne l'était Sébastien, a eu la responsabilité de préparer un groupe de 10 élèves d'une vingtaine d'années au TEF, le test d'évaluation en français, nécessaire aux chinois voulant étudier en France. Sur place, ses conditions de travail étaient quelque peu surprenantes : la responsable du département de français lui avait demandé de faire la moitié de ses classes dans son appartement personnel, sous forme de discussion libre avec les étudiants.
Là encore, les élèves, principalement des filles, montrèrent plus d'intérêt pour la vie personnelle du jeune homme que pour ses cours. L'une de ses classes se déroula même dans un bar karaoké où ses étudiants avaient insisté pour l'emmener. Rien d'anormal visiblement, le directeur de l'école lui exprimant régulièrement sa gratitude pour la qualité de son travail...
Se battre pour faire respecter ses droits et son contrat
Etre professeur étranger n'est néanmoins pas toujours aussi joyeux. Certaines écoles montrent plus de rigueur, même si la raison d'être de l'expert étranger, plus que d'être un bon professeur, est de plaire aux étudiants. Enseignant à part, la situation d'un waijiao dans une école dépend le plus souvent de sa popularité, qui parfois peut le sortir de situation gênante.
Car la réalité du monde du travail chinois n'a que peu de points communs avec la France. En devenant professeur en Chine, on doit accepter de se plier aux règles locales : un contrat difficilement respecté dans les écoles privées, et parfois un traitement et des conditions de vie à la limite du raisonnable.
Cédric a par exemple accepté une offre dans la banlieue de Pékin pour y enseigner le français. Au départ, il était censé jouir d'un appartement privé situé sur le campus, avec chauffage, climatisation, ordinateur, connexion Internet, télévision, frigidaire, machine à laver et salle de bain... soit les conditions souvent accordées par les écoles à leurs professeurs étrangers (en plus du remboursement du billet d'avion).
Etre populaire chez les élèves pour exister
Ors, à son arrivée dans l'école, on l'installa, soi-disant provisoirement, dans un appartement disposant simplement d'une télévision, d'un lit et d'une salle bain. On aurait pu compter le micro ondes si celui-ci avait été en état de marche...
La réalité fût encore plus dure par la suite : l'école, sans le prévenir, venait de changer de campus, et se trouvait dorénavant à deux heures de route de son logement (lui situé dans l'ancien campus) en plein milieu d'un chantier inachevé qui devait devenir à terme la nouvelle école. Déjà expérimenté du pays, il décida d'opter pour une double stratégie : dénoncer le non respect du contrat et se mettre les élèves dans la poche.
Grâce à sa première initiative, l'école décida de lui prêter un ordinateur de fortune et de lui payer la connexion Internet dans son appartement. Mais c'est surtout en se faisant accepter de tous ses étudiants, qu'il obtenu le respect de la plupart de ses collègues et vit progressivement arriver dans son logement un chauffage, une machine à laver, un frigidaire... Quelques mois après, l'école lui offrit même un nouvel appartement, bien plus confortable, à 15 minutes de voiture de son lieu de travail...
Quel a été son secret pour ainsi faire l'unanimité chez ses élèves et ses collègues ? Un mélange équilibré de sérieux dans le travail et d'humour en classe. Le premier pour satisfaire les élèves les plus chevronnés, le second pour ne pas incommoder les plus paresseux. En une année, il ne haussa jamais le ton sur aucun d'eux, et pourtant son cours pouvait se dérouler sans le moindre problème.
Hiver difficile à Jinan
L'histoire n'est pas toujours aussi heureuse... Retour à Jinan, dans l'école de Sébastien. Ce dernier, s'il y a vécu de bons moments avec ses élèves et les autres enfants de l'école, y a également vécu l'une des expériences les plus pénibles de sa vie.
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l'un des dirigeants détourna l'argent de l'établissement avant de tenter une fuite dans la Russie voisine. Si l'homme fut appréhendé, son butin était perdu à jamais, du moins pour son propriétaire initial... Le cauchemar, en ce mois de novembre 2005, commençait donc pour Sébastien et le reste de l'école.
Pour lui, cela débuta par la rupture de la connexion Internet qu'il utilisait pour communiquer avec ses parents et sa petite amie. Bien qu'incommodant, le problème semblait bénin. La rumeur d'une fermeture de l'école enflait, mais les dirigeants lui confirmaient qu'il s'agissait là de simples ragots sans valeur.
Pas de chauffage pendant l'hiver
Pourtant, après plusieurs mois de mensonges, la vérité s'imposa d'elle même et le président de l'école annonçait les problèmes financiers de l'établissement à l'ensemble des employés. Petit à petit, Sébastien vivait dans l'angoisse de se retrouver chômeur, et tout cela sans la moindre contre partie.
Jour après jour, les effectifs de ses deux classes se réduisaient comme peau de chagrin, les parents envoyant leurs enfants dans de nouvelles écoles. L'hiver arrivait mais pas le chauffage, et le froid devenait de plus en plus difficile à supporter pour le Français, dont les mains étaient marquées par la situation «glaciale».
Puis un jour vint le dénouement violent : la situation devenant irrémédiable, le gouvernement local décida de fermer l'école, malgré l'indignation des familles les moins riches qui protestèrent brutalement. Sébastien, accompagné de quelques collègues occidentaux, assistait aux derniers soubresauts de son école : des élèves, emportés par la colère, saccageaient l'intérieur de leurs salles de classe, pendant que les autres étaient déjà partis.
Une triste fin qui allait se poursuivre encore une semaine pour Sébastien, vivant dans une école déserte le temps d'obtenir une compensation financière du gouvernement. Celle-ci allait être de 1000 euros, offerte le 24 décembre avec en contre partie l'obligation de quitter l'école dans les 24 heures. De quoi passer l'hiver mais bien loin des avantages perdus dans le contrat... Beaucoup d'occidentaux dans des situations analogues n'eurent pas la même chance.
Un mode de vie attractif
Mais la vie de professeur étranger en Chine, en dépit des risques de fermeture ou de non respect du contrat, ainsi que des divergences culturelles parfois difficile à supporter, offre de belles perspectives à qui aime le dépaysement.
Selon la ville, ainsi que selon les qualifications, un waijiao peut espérer un salaire entre 300 et 700 euros par mois, pour des emplois du temps qui excèdent rarement les 20 heures de cours hebdomadaires. La plupart des écoles offrent un logement (ou une compensation financière) ainsi que le remboursement d'un billet d'avion.
Un tel traitement permet un niveau de vie confortable, pour un travail qui lui, est bien moins difficile que celui réalisé par les chinois. Avantage ou inconvénient, l'expert étranger aura souvent une position d'attraction dans l'école où il travaillera (en particulier dans les petites villes).
Pour réussir, il faut avant tout plaire aux étudiants. Et pour cela, patience, humour et esprit d'ouverture sont des qualités indispensables.
Nicolas Jucha
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