Une Française découvre le travail d'une ONG en Chine
ENFANTS DU NINGXIA
L'ONG Enfants du Ningxia travaille depuis bientôt 10 ans dans la province du Ningxia afin d'y améliorer les conditions d'accès à l'éducation.
Le Ningxia se situe dans le nord de la Chine, au sud de la vaste Mongolie-Intérieure. C'est une petite province agricole, souffrant de la sècheresse et de la déforestation et dont le développement économique se situe bien loin derrière celui des provinces côtières. Elle fait partie des cinq provinces autonomes de Chine dont un pourcentage significatif de la population appartient à une minorité ethnique, ici les Huis, Chinois musulmans. L'association travaille dans le comté de Tongxin, où 2/3 des habitants vivent de leurs maigres récoltes, dans un degré de misère tel qu'ils n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école.
En 2001, lors d'un reportage dans cette région méconnue de la Chine, Pierre Haski, alors journaliste pour « Libération », se voit confier le journal intime d'une jeune Chinoise, Ma Yan, accompagné d'une lettre dans laquelle elle lance un appel au secours : « Je aller à l'école! ». Son cri de désespoir est publié en France et une petite association voit le jour en 2002 pour canaliser les dons spontanés des lecteurs.
Depuis, Enfants du Ningxia s'est engagée à soutenir d'autres jeunes dans le cas de Ma Yan. Outre la prise en charge des frais de scolarité, l'association aide également à reconstruire des écoles ou à les équiper en matériel scolaire et à y améliorer la qualité de l'enseignement.
L'association fonctionne grâce aux dons d'entreprises et de particuliers, qui peuvent s'engager dans un programme de parrainage. Anne, marraine d'un étudiant, a accompagné l'association lors de sa dernière mission de terrain. Elle raconte:
« Train de nuit de Pékin pour Yinchuan, capitale de la province, vendredi soir dernier… 13 heures de route pour couvrir les 1200 km… qui sont passées comme une lettre à la poste, les hard-sleepers / couchettes étant globalement propices au sommeil.. arrivée le matin, puis taxi pour rejoindre la gare routière des bus en partance pour Tongxin, bourgade à 2h30 au sud sur la route de Xi'an…. on enchaîne avec le bus et sommes récupérées à Tongxin par Bai Juhua, relai de l'association sur place et surtout pétillante maman de la première boursière soutenue par l'association, Ma Yan, dont l'histoire avait bouleversé Pierre Haski, correspondant à l'époque de Libé à Pékin.
Je découvre rapidement les maisons traditionnelles de la région, longs bâtiments de brique ouverts sur une cour, sous un ciel bleu qui nous console du grand froid (2 degrés) et surtout nous change de la pollution grisouillâtre quasi quotidienne de Pékin. Je redécouvre la physionomie des Hui déjà croisés à Xi'an, à ceci près que les femmes mariées portent toutes ici un petit chapeau fin bleuté.
Nous passons l'après midi à rendre visite à des familles de boursiers dans la ville de Tongxin et ses immédiats alentours, l'idée étant d'actualiser le suivi des parcours, et de vérifier que les conditions financières des familles correspondent à leur déclaration… je découvre les petits rituels, l'accueil par les familles, la nature des échanges, la visite des maisons, et la collation copieuse qui nous est systématiquement servie, que l'on ne refuse pas même si c'est la cinquième d'affilée, d'abord parce que ce serait particulièrement impoli, ensuite parce qu'on est interdits de la générosité de ces familles qui partagent avec nous le peu qu'elles ont pour elle mêmes..
Je réalise rapidement que l'aspect « vérification », s'il est légitime pour s'assurer que les fonds vont aux plus démunis, devient rapidement superfétatoire, quand immanquablement on débarque dans un logis d'une pièce pour une famille entière, avec un poêle pour toute source de chauffage, parfois un évier distinct, un grand lit de pierre garni de fins matelas, sur lesquels tout le monde dort aligné la nuit, et mange le jour quand une petite table basse y est ponctuellement dressée. Les portes restent ouvertes malgré le froid glacial, un épais drap les garnissant toutefois pour un tant soit peu pour protéger du vent. Bref ces gens n'ont rien, vivent le plus souvent de travaux des champs ou de micro négoce et gagnent autour de 10 000 yuans (1 200 euros) par an par famille en général de 5 personnes (les minorités ne sont pas soumises à la politique de l'enfant unique)…
Nous passons les deux jours suivants à visiter d'autres familles, mais dans des villages plus reculés, à 2 heures de route de Tongxin. Nous visitons également des écoles que l'association a contribué soit à construire soit à équiper.
Je prends toute la dimension du caractère désertique et désolé de la région, faite de hauts plateaux sablonneux entrecoupés de canyons, et définitivement débarrassée de ses quelques arbres depuis le déboisement dû au Grand bond en avant.
L'agriculture est la ressource majeure des habitants, et pourtant sur cette terre pas grand chose ne pousse spontanément. Il pleut une semaine par an, mais paradoxalement on cultive le mais et la pastèque en détournant donc l'eau du fleuve jaune qui devrait conséquemment sous 50 ans arriver à l'étiage…ainsi que quelques légumes sous serres. Les montagnes de mais sèchent (pourrissent ?) ici et là en tas aux abords des maisons…
Je découvre aussi des zones de maisons « neuves » alignées par centaines, les « colonies », qui en fait correspondent à la politique actuelle de la province de déplacements de populations conduits par le gouvernement. L'idée officielle est de reloger les populations des villages qui se désertifient (au sens propre) et leur fournir des conditions de vie meilleure et à proximité des équipements publics de type écoles, ou de l'emploi. A visiter des familles dans ces zones, on n'est pas vraiment frappé par une quelconque amélioration des conditions de logement, même surface, même rusticité… ces constructions, en tout cas pour celles visitées, sont au milieu de nulle part, et une maîtresse de maison travaille au marché à 25 mn environ de voiture (et elle n'a pas de moyen de transport)… le déplacement des familles ne se fait pas vraiment sur la base du volontariat, on l'imagine, donc il faut abandonner l'ancienne maison, souvent louée, et s'endetter à hauteur de 17 000 yuans environ pour acquérir la nouvelle… donc en hypothéquant un peu plus l'avenir des enfants…
Bref la Chine se développe à grand pas, Yinchuan d'ailleurs capitale de la province est une vraie forêt de buildings en construction comme toutes les villes de Chine à l'urbanisation galopante… Mais enfin le contraste entre la côte est et les campagnes du cœur du pays reste toutefois emblématique d'un écart de richesses qui se creuse de façon impressionnante…
Si vous voulez en savoir plus, faites un petit tour sur le site de cette association qui fait dans l'ombre un boulot remarquable. Pour ma part, elle va rester un point de contact avec une Chine vraiment attachante et peu réductible aux clichés qu'on peut en avoir… »
Pour soutenir le travail d'Enfants du Ningxia, rendez-vous sur le site de l'association : www.enfantsduningxia.org.
Crédit photos et article : Anne Rouault.
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