
Arte, Musica
Le 28 avril 2007 à 22h30
Documentaire.
Réalisation: Benedict Mirow
2006, 52mn
Portrait d'un prodige chinois du piano, Lang Lang 郎朗.
Le film ne s'attarde pas sur les concerts. Quelques plans rapides des master classes. Surtout, de nombreuses séquences où Lang Lang interprète, seul ou en duo, (avec de jeunes interprètes d'instruments chinois: flûte piccolo capable de jouer des demi voire des quart de ton; pipa; gusheng...) des pièces de musique chinoise. Car il est temps pour lui, tout en jouant les maîtres occidentaux, de faire connaître les "perles" des maîtres classiques chinois. Les titres sont souvent printaniers et paraissent à l'oreille inaccoutumée, un brin suaves voire alanguis ou maniéristes: autre culture, autres valeurs, autre idéal. "Danse du chapeau de roseau", "Danse printanière", "Danse du Quici", "Fleur de printemps sur le ruisseau au clair de lune", "Nuit au lac près du pont d'érable" diffusent leurs parfums d'un autre temps comme autant de cartes postales d'un monde qui nous paraît décidément bien étranger... Aucune mention n'est faite ni aucune précision n'est apportée concernant leur genèse ou le nom de leur auteur... on redoute qu'il s'agisse comme c'est le cas du Concerto du fleuve jaune (que Lang Lang interprète au cours de la tournée filmée) d'oeuvres de propagande, composées selon l'esthétisme sucrée souvent anecdotique de la révolution culturelle.
Qu'on aime ou non le jeu et ici, la personnalité entière, passionnée, exaltée (le jeune professeur manque de faire tomber l'un de ses élèves pendant une master class!) du pianiste, force est de constater sa furieuse énergie digitale, sa technique insolente, son feu communicatif. Au moment où la Chine prend une part de plus en plus prépondérante dans le monde, quand Pékin prépare avec des moyens pharaoniques les J.O. de 2008, quand la plupart des villes chinoises offrent conservatoires et salles de concerts pour les jeunes musiciens et les publics de plus en plus nombreux, le retour d'une jeune star du piano, adulée de surcroît à l'Ouest, fait figure de modèle absolu. C'est le signe d'une "revanche" prise après des années de pénuries et de sacrifices (en particulier vécues par ses parents), c'est l'emblème d'un visage renouvelé de la culture à la chinoise. La Chine en marche a besoin d'icones. Le visage mi poupon mi démiurge de Lang Lang tombe à pic. Le mérite du documentaire est de révéler cette attraction irrépressible, la force du symbole Lang Lang en Chine: un jeune dragon qui incarne l'éveil d'une nation conquérante.
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