L'Etoile imaginaire, le dernier film de l'Italien Gianni Amelio (Le Voleur d'enfants, Lamerica), sort en France le 24 janvier. Un film tourné en grande partie en Chine. Courrier international a rencontré le réalisateur à son retour.
Courrier international : Dans L'Etoile imaginaire, une aciérie italienne en cours de démantèlement vend à des entrepreneurs chinois un de ses hauts-fourneaux. Vincenzo Buonavolontà (Sergio Castellitto), responsable de la manutention, sait qu'une pièce a un défaut. Il la répare et traverse la Chine en compagnie d'une jeune interprète, Liu Hua (Ling Tai), à la recherche de la machine défectueuse et, par la même occasion, de soi. Ce film est donc en grande partie tourné en Chine (Shanghai, Pékin, Chongquing, le long du fleuve Jaune et en Mongolie-Intérieure). Quelle a été votre impression lors de votre séjour ?
GIANNI AMELIO : C'est difficile à définir ; nous n'avons ni les paramètres ni les clés pour saisir la richesse et la complexité de ce pays. Chaque phénomène apparaît sous un visage et son contraire. On trouve, par exemple, en Chine un régime communiste et le capitalisme le plus sauvage. Et puis, il y a des aspects frappants, liés notamment à la contrefaçon. A Shanghai, par exemple, il y a un quartier entier où l'on ne vend que des téléphones portables clonés. Un autre où l'on ne trouve que des contrefaçons de marques de luxe. Un autre où, en quatre heures, on vous taille un costume sur mesure.
Tout cela est impressionnant, mais… mais il y a en même temps quelque chose qui ne va pas. Et pour sentir ce qui ne va pas, je crois qu'il faut être chinois, non un Occidental privilégié, avec ses euros et ses dollars. Pour les Chinois, leur pays n'est pas un paradis, non seulement du point de vue économique, mais aussi de celui des droits civils et de tout ce qui, chez nous, a représenté une conquête démocratique, fruit de longs combats sociaux. En ce sens, le système chinois tend à emprisonner l'individu. De plus, le développement économique extraordinaire de la Chine me semble se dérouler essentiellement à l'extérieur, à travers les exportations. Il ne se traduit pas immédiatement par un développement des conditions de vie des Chinois et il ne profite qu'à une petite partie de la population.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors du tournage de L'Etoile imaginaire ?
Quelques-unes, mais pas plus qu'en Italie. Essayez de tourner, par exemple à Palerme ou à Reggio de Calabre. Ici, en Italie, l'administration communale exige de voir le script et demande des ajustements ou des coupes si certains passages ne lui plaisent pas, et elle est capable de refuser les autorisations de tournage. Les Chinois sont obsédés par l'idée de faire bonne impression avec les étrangers et ils veulent donner une image positive, "attractive" disent-ils, de la Chine. De plus, il faut s'adresser à un organisme gouvernemental, le Beijing Film Studio. Ils font traduire le script par leurs traducteurs – même lors des rencontres, les Chinois arrivent avec leurs interprètes personnels – et demandent parfois que certaines scènes soient changées ou coupées.
Sur le tournage, il y avait donc trois fonctionnaires chargés de veiller à ce que celui-ci se passe exactement comme indiqué dans le script tel qu'il avait été approuvé par les autorités. A chacune de mes demandes, ils intervenaient pour dire OK ou non. A Chongqing, par exemple, il n'a pas été question que l'on tourne, comme je l'avais souhaité, une petite manifestation de personnes qui protestaient contre la pollution. En revanche, il y a un moment où nous avons réussi à tourner en cachette, car notre "ange gardien" s'était éloigné : la scène se passe dans une usine, et l'on voit des enfants manger par terre, à quelques mètres de l'endroit où s'affairent des ouvriers. Impossible par ailleurs de tourner dans l'aciérie de Chongqing, un véritable enfer, alors que dans d'autres établissements, plus modernes, nous n'avons pas eu de gros problèmes.
Une fois le film monté, j'ai dû le montrer aux autorités chinoises. Elles ont autorisé sa circulation dans le monde entier, mais ils ont demandé que la version pour la Chine soit privée de certaines scènes et que certains dialogues soient redoublés. Comme la scène où il est question d'un ascenseur payant dans un immeuble d'habitation, ce qui avait plongé les fonctionnaires chinois dans un profond embarras.
A un certain moment, Castellitto parle de l'Italie. S'adressant à l'interprète qui l'accompagne dans son voyage, il affirme qu'il souhaiterait "moins de profiteurs, moins d'arrogants, moins de goujats et plus de respect" : on a l'impression que là, c'est vous qui parlez.
En effet, c'est ce que je pense. Je voulais qu'il y ait une réplique, assez brève, pour dire mon sentiment. C'est le message politique du film. Je pense qu'en Italie, il y a un nombre énorme de profiteurs, d'arrogants et de goujats. La goujaterie en particulier a toujours existé, mais l'arrogance se répand depuis une quinzaine d'années et elle m'exaspère.

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