Tibet: les touristes chinois attirés par les temples bouddhistes
BOUDDHISTES AU TIBET
Foin d'athéisme et d'idolâtrie maoïste, un nouveau type de pèlerins fait tourner les moulins à prières bouddhistes au Tibet: des touristes chinois qui se pressent dans les lieux saints de la région par groupes entiers aux côtés des autochtones.
Dans les temples, les visiteurs chinois s'inclinent, allument des cierges et font sonner des cloches. Des jeunes femmes soucieuses de leur apparence essayent le "look" tibétain, arborant des bandes d'étoffe brillantes dans leurs cheveux de jais.
"C'est un endroit mystique, un coin de paradis sur terre", s'extasie Tang Wei, gérant d'une société publique de logiciels à Pékin. "Même si la région n'est pas développée, la vie est agréable ici." Quant au dalaï-lama, le chef spirituel des bouddhistes tibétains présenté par les autorités chinoises comme un traître, "il ne me semble pas si mauvais", ajoute-t-il.
Plus de quarante ans après le départ du dalaï-lama suite à l'écrasement d'un soulèvement contre l'occupation chinoise, les efforts de Pékin pour le discréditer ont échoué. Vivant en exil de l'autre côté de l'Himalaya, à Dharamsala, en Inde, le prix Nobel de la paix 1989 est très connu en Chine.
Au Tibet, où sa photo est proscrite, des touristes aisés de Pékin et de Shanghaï arpentent les sentiers de pèlerinage et font tourner les moulins à prières en métal alignés devant les temples. Selon la tradition bouddhiste, chaque tour permet d'envoyer une prière vers le ciel.
Cette affluence touristique révèle "un appétit spirituel" des Chinois, estime Kate Saunders, de l'organisation International Campaign for Tibet, basée à Washington. Reste que le régime communiste chinois nourrit une grande méfiance à l'égard des religions, qu'il considère comme des concurrents potentiels pouvant détourner le peuple du parti.
Il limite le nombre de moines bouddhistes et les force à suivre des cours de marxisme. Jusqu'à 200 personnes accusées de nuire à la domination chinoise sur la région seraient en prison, selon Free Tibet Campaign, une autre organisation basée à Londres.
Le ministère chinois des Affaires étrangères attribue au dalaï-lama des menées séparatistes, alors que le chef spirituel bouddhiste a déclaré à maintes reprises qu'il ne cherchait pas l'indépendance pour son pays mais simplement une autonomie authentique. Des pourparlers ont toutefois eu lieu récemment entre les deux parties, selon des responsables du gouvernement tibétain en exil.
Au Potala, le gigantesque palais qui domine Lhassa, la capitale de la "Région autonome du Tibet", les pèlerins se prosternent devant son trône vide, tombant à genoux et s'allongeant sur le ventre, répétant ce geste à l'envi, sous l'oeil des caméras de sécurité.
Un guide touristique chinois explique que ces Tibétains prient pour les précédents dalaï-lamas et non pour l'actuel, une interprétation qui ne trompe personne. "Nous espérons qu'il reviendra bientôt", déclare le moine Nyima Tsering, vice-président d'un comité de direction nommé par l'Etat chinois au temple du Jokhang à Lhassa. L'autorité du dalaï-lama est "quelque chose qui vient de l'histoire et qui ne changera jamais", assure-t-il. Le moine estime que le chef bouddhiste pourrait aider à créer de meilleures relations avec Pékin.
"Pendant des milliers d'années, les empereurs chinois se sont impliqués dans la religion", dit-il. "L'important c'est l'harmonie. S'il n'y a que la croissance économique, ce n'est pas bon."
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