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Spectacle chinois : La Déesse de la rivière Luo (Luo shen fu)

La Déesse de la rivière Luo (Luo shen fu)

La particularité de Lukas Hemleb est de ne pas se trouver là où on l'attend. Ainsi, après avoir ouvert une porte sur la Pâque juive d'une famille italienne d'aujourd'hui (Pessah de Laura Forti, en 2004 aux Abbesses) le voilà parti pour la Chine, au coeur d'une légende contant l'impossible amour d'un prince mélancolique déchu de son pouvoir, pour une déesse : La Déesse de la rivière Luo. Et cette fable lui rappelle la rencontre aux confins de la vie, de Dante et Béatrice :

« Elle met en lumière l'inéluctable scission entre les dieux et les humains. Elle aboutit à cette constatation, qui fait retomber le prince dans sa mélancolie, dans sa solitude. »

C'est un poème datant du IIIe siècle de notre ère, de Cao Zhi, un grand classique chinois, qui est la base d'un spectacle musical qui, parti de Taïwan, va venir en Europe, et même tourner en Chine populaire.Longtemps, la musique Nanguan s'est jouée dans les jardins, les squares.     
 
Elle appartient à une tradition bien plus ancienne que nos plus anciennes traditions occidentales. Elle enchevêtre théâtre, chant et danse, et pendant tout le temps de la révolution culturelle a été mise de côté. Elle revit grâce aux recherches de Chen Mei-o, chanteuse et chorégraphe, fondatrice et directrice de l'ensemble Han Tang Yuefu, avec lequel elle redonne vie à cette expression née dans la Chine du Sud, plus proche de la rigueur sophistiquée japonaise que des virtuosités acrobatiques généralement venues de Pékin.

L'ensemble Han Tang Yuefu est composé de danseurs-musiciens-acteurs éduqués dans plusieurs écoles. Quand ils ont abordé ce travail, ils ont dû tout abandonner pour s'y consacrer entièrement. Car il s'agit là d'une forme strictement codifiée, qui impose un entraînement incessant, une absolue disponibilité physique et mentale. Dans sa simplicité, elle exige la perfection.

Rien ne prédisposait spécialement Lukas Hemleb à ce travail. Quand il a rencontré Chen Mei-o, elle s'est intéressée à son rapport à l'espace, aux lumières, à la musique :

« Au début je ne savais pas comment aborder cet univers. Surtout que j'étais convaincu dès le départ qu'il fallait éviter toute tentative de métissage avec quoi que ce soit d'occidental. Nous nous sommes mis d'accord que ce serait une grave erreur, qui détruirait la finesse de cette forme, tellement pure et fragile.    Nous utilisons uniquement le matériau d'origine, en prenant bien garde de l'épurer, de le défolkloriser.

« Mais quoi qu'il en soit, quoi que je fasse, j'agis en m'adaptant à la chorégraphie. Ma mise en scène l'accompagne. Je veux surtout mettre en valeur cette danse qui existe depuis des siècles et demande des années de perfectionnement. Voilà bien trente ans que Chen Mei-o l'étudie. Alors même si, bien entendu elle l'a reconstituée, même si la dire fidèle à cent pour cent est impossible, jusque dans ses inventions elle retrace forcément la juste ligne, et je dois la suivre. »

William Chang, couturier de Wong Kar Wai (2046, In the mood for love ) prend en charge les costumes. Lukas Hemleb entretient des contacts avec le groupe depuis deux ans. Il a régulièrement participé à leur travail à Taïwan et apprend le chinois. Pour ne pas être totalement dépendant, pour se pénétrer de la structure d'une pensée liée à cette musique, à la peinture, à l'écriture :

« Habituellement, nous entretenons avec la mise en scène un rapport purement cérébral, fondé sur les concepts. Ici, je dois retrouver une autre notion, celle de l'acte accompli sans autre motif que le fait d'agir. De plus en plus dans mon travail, je cherche ce que j'appellerais “l'apesanteur”, un état par lequel je puisse entrer dans un temps aussi fluide que les traits de pinceaux traçant les idéogrammes. Par lequel je puisse oublier les différences entre les diverses composantes d'un spectacle, pour créer une sorte de fusion, imprévisible comme la vie. »

Spectacle surtitré en français

Chen Mei-o

Chorégraphe et chanteuse, Chen Mei-o, présentatrice d'une émission de musiques traditionnelles à la radio, fonde en 1983 à Taïpei le groupe Han Tang Yuefu, en référence aux deux dynasties sous lesquelles les arts ont pu se développer. Son but : « refonder une tradition en s'appuyant sur la tradition », faire revivre la musique nanguan – que l'on pourrait traduire « vents du sud » – dont les origines remontent au ve siècle avant Jésus-Christ, la rendre à nouveau familière hors des temples où elle a été confinée, restituer les chants et danses qui l'accompagnent et ont connu leur apogée entre le xiie et le xve siècle de notre ère. Depuis sa fondation le groupe est invité en Europe comme en Asie. Il est notamment venu à la Biennale de Lyon en 2000, au Théâtre national de Chaillot en 2002, à la Maison des cultures du Monde en 2005.

Lukas Hemleb

Né en 1960 à Francfort, Lukas Hemleb a toujours mêlé musique, théâtre, voyages. En Afrique d'abord, puis retour en Europe avant de découvrir Taïwan. En France, il monte Gregory Motton (Loué soit le progrès) à la Cabane, Copi (Une visite inopportune) au Vieux-Colombier après sa création au Studio de la Comédie-Française, laquelle fait appel à lui pour un Feydeau (Le Dindon) en attendant, la saison prochaine, Molière et Le Misanthrope. Il fait le tour de la périphérie, crée à Bobigny, Vision de Dante, à Créteil puis à Saint-Denis, Figures de Pierre Charras avec Denis Lavant, à Gennevilliers après Bourges, Titus Andronicus de Shakespeare, revient au centre ville pour Pessah de Laura Forti au Théâtre de la Ville-Les Abbesses. Au Festival d'Aix-en-Provence 2005, il met en scène La Clémence de Titus de Mozart.

LIEU
THEATRE DE LA VILLE
2 place du Châtelet, Paris 4
01 42 74 22 77

Acheter des places : http://www.forumsirius.net/orion/theavil.phtml?spec=677

Lukas Hemleb   légende chinoise   Chen Mei-o   Han Tang Yuefu   Cao Zhi  

Source : www.chine-informations.com,
Le 20 octobre 2006
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