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Sortie cinéma du film chinois "4:30"

FILM CHINOIS

Copyright © sancho-asia.com - Daweide, le 15-07-2006 00:00
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Sortie cinéma du film chinois

4:30 - Sortie le 26 juillet 2005

Consacré par Time Magazine comme l'un des "20 héros asiatiques" de moins de 40 ans, Royston Tan a fait des débuts fulgurants sur la scène cinématographique indépendante avec son film coup de poing 15, portrait brutal et d'une extrême noirceur, de jeunes délinquants en manque de repères. Le "Kids" singapourien comme le surnomment tapageusement certains médias, laisse place avec 4:30 au minimalisme d'une œuvre, qui n'a d'égal que sa beauté formelle, source d'une réflexion sur la solitude, l'absence et le temps qui passe.

Xiao Wu, jeune garçon abandonné oscille entre la solitude d'un petit appartement et la rigidité des cours du collège qu'il fréquente. Il tente malgré tout d'échapper à ce cycle en tentant d'établir une relation amicale et "sans paroles" avec Jung son co-locataire, un coréen d'une trentaine d'années qui vit seul et travaille la nuit.

Sortie cinéma du film chinois "4:30"Film traitant davantage du rapport à la solitude que d'une amitié improbable, 4:30 au titre énigmatique, renvoyant à l'heure à laquelle Jung s'endort en rentrant chez lui après son labeur quotidien, marque le changement de cap d'un auteur déjà doué d'une surprenante maturité. Délaissant le montage hystérico-hype et clippé de 15, véritable miroir sans fard de la culture ados de Singapour, Royston Tan semble se réinventer totalement, à l'image de cinéastes rares tels que le Coréen Jang Sun-Woo, capable de volte-face des plus surprenants (voir le passage de Lies à Resurrection of the Little Match Girl). Adoptant un parti pris formel basé sur de longs plans fixes, doublés de séquences répétitives agissant comme les couches d'une mémoire enfouie sous les restes de notre enfance, il filme des instants de vie quotidienne d'une rare simplicité, vécus par son jeune protagoniste à la mélancolie détachée. Il fait de gestes à la banalité apparente le vecteur d'émotions retenues, dévoilant la souffrance intérieure de ses personnages.

Tournés entièrement du point de vue du jeune garçon, ces petits moments sont autant l'évocation des sensations éprouvées par chacun de nous au cours d'une enfance confrontée au monde rigide et souvent privé d'affect des adultes, qu'un besoin irrépressible de chaleur et d'amitié fraternelle. Quête d'un père qu'il n'a jamais eu ou d'un ami qui le comprenne ? Le cinéaste nous laisse libre d'imaginer. Mais le monde de l'enfance se heurte à celui, austère et emprunt de souffrance, des adultes. Leur mode de communication diverge, l'enfant étant éminemment tactile. Ce manque affectif, le héros l'exprime de façon naïve et poétique par des gestes spontanés créant parfois des situations cocasses et teintées d'humour. L'approche du cinéaste, si elle est d'une évidente singularité qui tient en partie au statut particulier de Singapour en Asie (une mosaïque de communautés intégrées, doublée d'une rigidité peu commune du système social), n'est pas sans évoquer la nouvelle vague Taiwanaise, d'Edward Yang et son superbe Yi Yi (1999) cousin lointain de Xiao Wu, au contemplatif Tsai Ming-Liang. Mais au fond, il s'agit davantage du reflet d'une thématique universelle que l'on retrouve au cœur des cinémas contemporains d'Asie : la désaffection de la jeunesse et la déstructuration du noyau familial.

Par le choix d'inscrire son récit dans un espace anonyme, sobre et minimal, en accentuant ainsi l'atemporalité du film, il en signifie par là même l'universalité, qui en fait sa force. Le temps qui passe devient alors sujet et pivot narratif de l'histoire, à l'image des aiguilles de l'horloge que Xiao Wu tente de stopper en y apposant du scotch. Cette volonté d'arrêter le temps traduit brillamment le manque et l'absence dont l'enfant souffre et qu'il voudrait combler, masquant à peine l'ombre de son auteur. L'intelligence du cinéaste est d'avoir su figurer des moments d'émotion pure, sans surcharger sa narration de verbiages inutiles. Il nous délivre un cinéma hors du temps et du langage, voué tout entier au langage du corps. Ceux des acteurs certes, mais aussi celui de sa mise en scène solennelle, qui par de simples gros plans sobrement distillés, parvient à libérer une charge émotionnelle peu commune. Les rares dialogues qui comblent la vie du jeune garçon, sont ironiquement tirés d'un film - hommage à 12 Storeys (1997) d'Eric Koo [1] - que l'enfant récite en overdub tout en regardant la télévision (ce vecteur d'émotion du monde moderne). Cette absence de dialogues, réduits ici à leur strict minimum, est aussi une clé essentielle à la profondeur de l'œuvre et à sa touchante poésie visuelle.

Par de simples détails anodins, Royston Tan nous décrit avec acuité les sensations de l'enfance cherchant à se construire une mémoire et un affect. Utilisant un vieux livre dans lequel il colle un bout de tissu ou un poil appartenant à son colocataire, Xiao Wu tente de rendre présent et palpable cet être si proche, mais en même temps si distant. Cet irrépressible besoin de communication touchant au fondement de notre être, et de notre identité, questionnement prédominant de l'urbanité contemporaine. Mais cette impossible communication, traduit aussi le fossé générationnel existant entre parents et enfants qui vivent ensemble sans se connaître, ou encore cette mosaïque de communautés cohabitant sans heurts, mais ne se rencontrant que rarement.

Si le jeune garçon semble bien éloigné des jeunes membres de gangs de 15, dont la fraternité et la loyauté étaient les seuls principes de survie, il apparaît pourtant comme une figure rebelle face à la société rigidifiée évoquée par le système scolaire, qu'il rejette, ou les séances de Gi Qong matinales, qu'il perturbe. Cette âme rebelle traduisant le discours critique de l'auteur sur la société singapourienne. Si 15 était habité par une violence extérieure extrême, 4:30 est le règne de la dureté intérieure figurée par le vide affectif qui hante ses personnages et les pousse irrémédiablement au suicide, thème récurrent dans l'œuvre de Tan.

Film simple et poignant, à l'épure formelle alliée à une poésie naïve, 4:30 fait s'entrechoquer le monde adulte et ses pathologies affectives, et celui de l'enfance délaissée avec une âpreté qui traduit parfaitement la réalité de nos sociétés urbaines à l'aube du 21ème siècle ; où le suicide devient paradoxalement l'une des premières causes de mortalité chez les jeunes. Auteur singulier "de la cité du lion" aux côtés d'Eric Khoo, Royston Tan fait du corps et de la seule présence de ses acteurs le médium essentiel d'un cinéma du ressenti. Un cinéaste qui aura compris très tôt, comme Pasolini l'affirmait, que le cinéma est la "langue écrite de l'action".

[1] réalisateur phare du nouveau cinéma indépendant de Singapour et producteur exécutif de 4:30, il est l'auteur du récent Be With Me

Diffusé au cours du 8ème Festival du film asiatique de Deauville.

INTERVIEW DE ROYSTON TAN

Sancho  : Quelle est l'origine de 4:30, votre dernier film ?

Royston Tan : J'ai écris 4:30 à l'époque où je tournais 15. Après le tournage qui finissait souvent très tard, je rentrais chez moi et vers cette heure là j'étais souvent éveillé. J'ai alors constaté que 4h30 du matin était pour moi une heure de grande solitude. C'est cette solitude qui m'a inspiré ce film dans lequel deux personnages inventent une sorte de communication sans paroles. Ce que je voulais montrer à travers cette oeuvre c'est aussi que la solitude est quelque chose d'universel et dépasse toutes les frontières culturelles. C'est pour cela que j'emploie très peu de dialogues, l'essentiel des émotions passe en fait par le langage des corps, des gestes des mains, des regards.... Il parait aussi que c'est l'heure à laquelle le taux de suicide est le plus élevé.

4:30 n'est que vote deuxième film, mais donne l'impression d'une étonnante maturité pour un auteur d'à peine 29 ans. Avez-vous eu un apprentissage de la technique cinématographique ?

Merci pour votre compliment. J'ai fait des études de cinéma à l'université, mais à 18 ans quand j'ai eu pour la première fois une caméra numérique entre les mains, je ne me suis plus arrêté de filmer. Un vrai virus en quelque sorte. Avant de réaliser 15, qui était au départ constitué d'un court-métrage réalisé en 2002, j'ai fait de nombreux court-métrages qui m'ont permis de parfaire cet apprentissage technique et artistique.

Pourquoi avoir choisi un Coréen dans le rôle du colocataire de Xiao Wu ? Y-a-t-il une importante communauté coréenne à Singapour ?

En fait si j'ai choisi de faire de ce personnage dépressif et seul un Coréen c'est en grande partie pour remercier la Corée et le Festival de Pusan pour leur admirable soutien au cours de ces dernières années, vis à vis de la plupart de mes court-métrages. Néanmoins il y a une communauté coréenne importante à Singapour, qui doit comprendre environ 40.000 personnes je crois, mais ils vivent beaucoup en communauté et ont peu d'échanges avec les autres.

Justement, 4:30 laisse entrevoir la diversité culturelle de Singapour à travers le groupe qui pratique le Gi Qong matinal. On peut y voir des musulmans, chinois, indiens... Comment cohabitent ces communautés ? Y-a-t-il du racisme intra-communautaire ?

En fait il n'y pas vraiment de racisme à Singapour. Enfin pas au sens où il peut être présent dans les autres pays occidentaux. En fait le modèle social de Singapour est assez unique et original. On trouve en effet un pluralisme religieux et une grande tolérance, mais si l'on regarde bien, toutes ces communautés ne se mélangent guère, et des problèmes existent aussi comme ailleurs.

Votre approche narrative est particulière dans 4:30. Pourquoi avoir décrit votre film entièrement du point de vue de l'enfant ?

Oui, c'est tout à fait voulu. Ce qui m'intéressait c'était de montrer le processus de construction des souvenirs d'un enfant. Ces souvenirs ne sont pas réels mais assemblés et re-construits constamment par l'enfant. Ils ne sont jamais le reflet de la stricte réalité.

On a l'impression que Xiao Wu, même s'il est plus jeune que les délinquants de 15, n'est pas si éloigné d'eux.

Oui, ces personnages portent en eux une grande solitude de par leur abandon et leur maginalisation. Pour moi, ces enfants ne sont pas des victimes mais plutôt des rebelles à la rigidité sociale ambiante. Le jeune enfant qui perturbe les séances matinales de Gi Qong, ou qui résiste à son professeur de classe, se dresse face à la société ambiante.

Votre personnage cherche désespérément à créer un lien avec son colocataire adulte, mais ce dernier semble l'ignorer ou ne pas y être sensible. Vous vouliez montrer l'incommunicabilité entre le monde adulte et celui de l'enfance ?

Mon film est une réflexion sur ces deux mondes. Pour moi les enfants ont une certaine sensibilité dans leur façon d'appréhender le monde et sa vérité. Les adultes se cherchent toujours des excuses et finissent par se rendre aveugle face à cette réalité.

Comment s'est passée votre collaboration avec Xiao Li Yuan, l'acteur qui interprète l'enfant ?

En fait j'ai passé beaucoup de temps avec lui car je voulais apprendre à bien le connaître. Il est toujours délicat de travailler avec un enfant, surtout lorsqu'il s'agit d'exprimer des émotions bien réelles, ce qui a demandé une grande confiance mutuelle et une certaine honnêteté. Le tournage était assez compliqué car nous ne pouvions tourner qu'un jour par semaine, autrement il devait aller à l'école. Mais ce qui est exceptionnel dans notre collaboration c'est que nous avons réalisé pratiquement toutes les scènes en une seule prise. D'habitude j'évite de fraterniser avec les acteurs avec qui je travaille, mais là nous sommes devenus des amis.

Est-il un acteur amateur comme ceux de 15 ?

Non, pas du tout. Il jouait dans une mini série d'horreur sur laquelle je travaillais quand nous nous sommes rencontrés. C'est sa facilité à incarner ses rôles qui m'ont séduit. De plus je lui trouvais une certaine mélancolie dans le regard, qui correspondait bien au personnage que je souhaitais qu'il interprète. Mais nous avons pas mal travaillé avec Liam Yeo, mon scénariste, pour adapter le rôle.

Le choix des décors et de l'appartement donne un côté hors du temps au film, et ne ressemble pas du tout au Singapour très urbain de 15, où avez-vous tourné ?

On a tourné dans un appartement abandonné de River Valley Road. C'est un quartier ancien de Singapour qui était bordé de quantité de magasins dans les années 50. Je cherchais justement un décor naturel qui puisse accentuer l'intemporalité du film, qui est voulue dans la mesure où il s'agit des souvenirs d'un enfant, et comme je l'ai indiqué ils n'ont pas la même emprise sur la réalité.

Comment a évolué la censure à Singapour depuis votre film 15, avec lequel vous aviez eu beaucoup de problèmes ?

Disons que les choses ont tendance à s'améliorer, il y a une plus grande ouverture. Mais les censeurs qui sont des fonctionnaires ne comprennent rien à l'expression artistique. Il est vital pour le développement de notre société de pouvoir explorer notre identité comme nous le faisons avec le cinéma.

La société Zhao Wei qui produit vos films est devenue une référence pour le cinéma d'auteur Singapourien. Est-elle à l'origine d'un mouvement de jeunes cinéastes indépendants ?

En fait Zhao Wei, la société de mon ami Eric Khoo et James Toh, ne produit que mes films et ceux d'Eric Khoo. J'ai eu beaucoup de chance de rencontrer Eric car il a produit tous mes films. Ils cherchent des jeunes réalisateurs mais c'est assez difficile de trouver des talents originaux.

Avez-vous un nouveau projet en cours ?

Je ne peux pas en dire grand chose car j'en suis encore au stade de l'écriture, mais le titre sera encore celui d'un nombre. En fait ce film traitera des odeurs.

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