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Dernière mise à jour le 06 juillet 2008 à 18:39

Relations Chine - Dalaï Lama : toute une histoire !

Dalai LamaSi vu d'Europe, le Dalaï Lama est perçu comme un personnage bienveillant voire sacré pour certains, la Chine ne partage pas la même opinion. Pour Pékin, le chef spirituel du peuple tibétain n'est rien d'autre qu'un séparatiste mettant en danger l'unité du pays. D'où une certaine irritation quand des leaders occidentaux acceptent de rencontrer sa «sainteté».

Accueilli par les gouvernement de nombreux pays cette année, le Dalaï Lama jouit d'une réputation très lisse dans le monde occidental. Il y est avant tout le prix Nobel de la Paix 1989, ainsi que le charismatique chef spirituel du peuple tibétain.

Angela Merkel, les principes avant les intérêts économiques

Mais la popularité de Tenzin Gyasto (son nom depuis qu'il a été reconnu 14e réincarnation du Dalaï Lama), ne plaît absolument pas à la Chine. Ainsi, Pékin s'est fortement irritée que les Etats-Unis ou l'Allemagne, par exemple, reçoivent le leader spirituel tibétain avec les honneurs digne d'un chef d'état.

La situation a même pris une tournure sérieuse entre Berlin et Pékin, le camp chinois annulant plusieurs réunions interétatiques sous le prétexte d'une ingérence dans les affaires nationales. Du côté allemand, le désordre a semblé de mise lorsque Gerhard Schröder, l'ancien chancelier, s'est désolidarisé, via une interview pour le China Daily, de l'actuelle numéro 1 allemande Angela Merkel.

Cette dernière, qui avait simplement rencontré en septembre le Dalaï Lama dans un cadre privé et informel, a rétorqué que les intérêts économiques ne devaient pas faire oublier à l'Allemagne ses principes. Elle a également demandé à la Chine de nouer le dialogue avec le Dalaï Lama, et offert son soutien aux revendications de ce dernier : l'autonomie culturelle et religieuse du Tibet ainsi que le respect des droits l'homme.

De quoi mettre Pékin dans une colère noire, pour un sujet qui est au moins aussi sensible que celui de Taïwan, et qui remonte concrètement à l'année 1950...

Une lecture différente de l'histoire

La Chine n'a pas toujours été unifiée, et le Tibet n'a pas toujours fait partie de son empire. Territoire perçu comme inaccessible, les hauts plateaux tibétains ont néanmoins intégré à plusieurs reprises les frontières de l'Empire du milieu lors de ses phases d'unification.

Selon les historiens chinois, l'origine de l'appartenance du Tibet à la Chine remonterait à la dynastie mongole des Yuans (1271-1368), qui aurait ensuite légué le droit de régner sur les hauts plateaux tibétains aux souverains de la dynastie Ming (1368-1644). 

On pourrait considérer l'année 1950, sous le règne de Mao Zedong, comme la dernière période d'unification chinoise. C'est en effet cette année là que les troupes maoïstes prirent le Tibet, alors sous régime féodal. Le Dalaï Lama avait 15 ans. Symbole de l'opposition entre le camp chinois et celui du leader spirituel tibétain, l'interprétation de l'histoire va pour cette période varier du tout au tout entre Tibétains et Chinois.

Pour les pro-indépendantistes, mais aussi une grande partie de l'opinion publique occidentale, la Chine communiste a purement et simplement envahi le Tibet. Mais du côté de Pékin, la version officielle est totalement différente : les historiens chinois ne parlent pas d'invasion mais bien de libération à propos de l'arrivée de l'armée chinoise au Tibet en 1950. 

Selon les historiens du camp maoïste, la conquête du Tibet par la Chine aurait mis fin à une longue période de féodalisme et d'oppressions de la majorité par une aristocratie religieuse. C'est ainsi que se justifie aujourd'hui l'appartenance du Tibet à la Chine, un territoire libéré par la mère patrie.

L'ambiguïté occidentale

En Occident, il n'est pas si évident de déterminer la position des différents chefs d'état sur le sujet. Face à  Pékin, tous ou presque semblent se résoudre à l'idéologie «d'une seule Chine», qui entérine ainsi le Tibet , mais aussi Taïwan chinois. Une attitude symbolisée par les réactions au sein du gouvernement allemand, dont plusieurs membres après le coup de colère chinois ont tenté de recoller ce qui pouvait l'être.

Mais face à l'opinion publique, très sensible au message et au charisme du Dalaï Lama, aucun état  occidental ne semble en même temps prêt à emboîter implicitement le pas à la Chine. Ainsi, la situation reste dans une impasse. Du moins tant que l'actuel numéro 1 tibétain est en vie...

Pékin veut «contrôler» les réincarnations

Âgé de 72 ans, Tenzin Gyasto pense aujourd'hui à sa succession. La tradition, depuis la nomination du premier Dalaï Lama en 1578 par le roi Mongol Altan Khan, veut que le successeur soit décelé chez de jeunes enfants comme une «âme réincarnée». 

L'actuel Dalaï Lama, via un entretien dans la presse japonaise, a indiqué envisager de nommer un successeur de son vivant. L'objectif n'est autre que d'empêcher Pékin de choisir, le gouvernement chinois ayant mis sur pied une loi depuis septembre indiquant que chaque annonce de réincarnation devait avoir l'approbation du département des affaires religieuses.

Si l'affaire peut paraître un brin ridicule dans la mesure où elle mélange le religieux au politique, elle constitue néanmoins un enjeu capital dans la lutte à distance que se livrent le Dalaï Lama et la Chine : si Pékin parvenait à imposer «son» Dalaï Lama, elle porterait peut être un coup fatal à la cause du Tibet libre.

Il est également fort envisageable que l'actuel leader religieux tibétain soit gratifié de non pas un mais deux successeurs : celui qu'il choisira, officieux, et celui de Pékin, officiel.

PETIT HISTORIQUE DU DALAI-LAMA

22 février 1940 : intronisation à 5 ans du nouveau Dalaï Lama, Lamo Dondrup, reconnu comme la 14e réincarnation. Reçoit le nom de Tenzin Gyasto.

1950 : les armées de Mao Zedong prennent le Tibet

1959 : il se réfugie en Inde pour fuir l'occupation chinoise

5 octobre 1989 : il reçoit le prix Nobel de la Paix, pour son action en faveur du Tibet.

Nicolas Jucha


Source : www.chine-informations.com,
Le 26 novembre 2007 à 20:32
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