Les Trois Royaumes, le Roi Singe, Au Bord de l'eau... La littérature chinoise regorge d'histoires chevaleresques et épiques devenues des classiques mondialement connus. Une source d'inspiration tentante pour les producteurs de cinéma. Mais comme le montrent les dernières sorties de blockbusters inspirés des légendes chinoises, un nom ne suffit pas à créer un chef d'oeuvre.

Le Royaume Interdit, pale adaptation de la légende du Roi Singe
Le 24 septembre prochain sortira en France le film «Le Royaume Interdit». Inspirée par le mythe du Roi Singe et la nouvelle «Journey to the West», la production américaine avait de quoi attirer les spectateurs.
D'une part en raison de la popularité de la légende du Roi Singe, et d'autre part car le duo Jet Li-Jacky Chan, les deux plus grands acteurs actuels dans le cinéma d'arts martiaux chinois, étaient enfin réunis dans un même film.
Confié au réalisateur Rob Minkoff (Stuart Little, le Roi Lion), la mise en forme de cette énième adaptation cinématographique des aventures du Roi Singe était prometteuse. Depuis sa sortie américaine en avril 2008, l'euphorie a eu le temps de s'estomper, notamment en Chine.
En effet, le long métrage, bien que divertissant, n'a pas la qualité nécessaire pour tenir la comparaison avec le roman qui l'a inspiré... Excepté la présence du personnage du Roi Singe d'ailleurs, peu de points communs entre le livre de Wu Cheng En (1500-1582) et le film de Rob Minkoff...
L'argent en suffit pas à créer les chefs d'oeuvre
Si les moyens financiers ont permis de réunir Jet Li et Jacky Chan, de financer des décors magnifiques, l'authenticité ne s'achète pas. Et un chef d'oeuvre se crée avant tout avec de la passion. Or, la production américaine manque de ce dernier ingrédient comme d'un scénario vraiment ficelé...
Néanmoins, il ne faut pas lancer la pierre à Rob Minkoff et son équipe pour n'avoir pas su créer un film et une atmosphère capables de combler les vrais amoureux du roman Journey to the West. Il semblerait que même l'industrie du cinéma chinoise n'arrive pas à adapter au grand écran ses plus grands romans.
Daniel Lee, réalisateur du film «Les Trois Royaumes, la résurrection du Dragon», doit en savoir quelque chose. Sorti en Chine en avril 2008, cette grosse production chinoise avait été annoncée à grand coup de pub comme «Le Film» de l'année...
Les Trois Royaumes, un scénario trop éloigné du roman
Il faut dire qu'en s'inspirant du classique littéraire «Le Roman des Trois Royaumes», le film faisait saliver d'envie les amateurs d'histoires épiques. Andy Lau dans le rôle vedette, et quelques pointures comme Maggie Q, Sammo Hung ou encore Lung Ti (dans le rôle du légendaire Guan Yu) présentaient également certaines garanties. Et pourtant...
Finalement, s'il s'agit d'un bon film, avec un Andy Lau égal à lui même, des scènes de combat dantesques... Mais on est bien loin des espoirs affichés initialement. Le scénario ne suit que de très loin la vraie histoire attribuée à l'écrivain Luo Guanzhong. Et finalement le spectateur est déçu qu'une adaptation cinématographique tant annoncée d'un des plus grands romans chinois ne couvre qu'une si infime partie de l'intrigue.
Pire, les personnages les plus célèbres dans le livre (Guan Yu, Zhuge Liang, Liu Bei, Zhang Fei...) n'occupent que des rôles secondaires dans la version cinéma... Selon certains amateurs de cinéma chinois, l'autre film inspiré du «Roman des Trois Royaumes», le «Red Cliff» de John Woo, a globalement succombé aux même erreurs.
Aujourd'hui, on peut donc légitimement se demander si les grands classiques littéraire chinois, «Le Roi Singe», «Les Trois Royaumes», ou encore «Au bord de l'eau», sont vraiment adaptables au cinéma.
Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, un bon exemple
Une chose est certaine : l'envie des producteurs, attirés par les perspectives commerciales, est au moins aussi grande que la difficulté à tenir la comparaison avec des oeuvres littéraires qui ont conquis la planète entière.
Les réalisateurs n'ignorent sans doute pas une chose fondamentale : un film à lui seul ne peut être une adaptation convenable pour les grands romans chinois, réputés pour leur complexité, leur longueur et leur sens du détails...
L'inspiration serait peut être donc à chercher du côté du réalisateur néo-zélandais Peter Jackson, l'un des derniers en date a avoir réussi à adapter à l'écran un chef d'oeuvre littéraire : le Seigneur des Anneaux, inspiré du roman du même nom de JRR Tolkien. Pour arriver à ses fins, Jackson n'avait pas hésité à faire trois films de plus de trois heures chacun dans leurs versions complètes...
De gros efforts, mais qui font qu'aujourd'hui encore, la trilogie du Seigneur des Anneaux reste une référence. Un travail de la même qualité pour un classique chinois susciteraient au moins un enthousiasme aussi important. Beaucoup d'amateurs espèrent vivre assez longtemps pour le voir.
Nicolas Jucha
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