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Que peut-on attendre du dialogue entre la Chine et le Dalaï Lama ?

PUBLIÉ LE 05/05/2008 À 16:13 | © 2009 CHINE INFORMATIONS

En ouvrant la porte à une reprise du dialogue avec l'entourage du Dalaï Lama fin avril, la Chine a semblé aller dans le sens des recommandations de la communauté internationale. Mais par cette concession, Pékin compte t-il trouver des solutions ou seulement calmer le jeu en vue de sauver les JO ?

En annonçant fin avril accepter une reprise du dialogue avec les représentants du Dalaï Lama, la Chine avait suscité la satisfaction de l'ensemble de la communauté internationale : Paris, Londres, Berlin... De nombreux gouvernements s'étaient déclarés satisfaits par la décision chinoise, et espérer des avancés significatives.

La reprise du dialogue tant attendu est devenue effective ce dimanche à Shenzhen, avec la rencontre entre les émissaires du leader tibétain, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, et les responsables cinois Zhu Weiqun et Sitar. L'endroit de la rencontre a été tenu secret, mais l'on sait que les deux camps ont convenu de se revoir (sans préciser de dates) et qu'aucune décision majeure n'a été prise après ce premier contact.

D'ailleurs, pour ce premier dialogue officiel entre les représentants tibétains et la Chine depuis 10 mois, peu d'experts s'attendent à des résultats tangibles. Il faut dire qu'en dépit des messages de bonne volonté signés Hu Jintao ou bien le Dalaï Lama, les deux camps semblent toujours à des années lumières en ce qui concerne leur vision de la situation au Tibet.

Rien que pour les chiffres, Pékin admet seulement 22 insurgés tués quand le gouvernement tibétain en exil en Inde en compte plus de 140. De plus, en dépit de la reprise du dialogue, la dialectique usée par les officiels chinois reste assez claire quand à l'image que la Chine veut donner du Dalaï Lama : "Il est souhaitable qu'à travers ces contacts et consultations, la partie du dalaï prenne des mesures crédibles pour cesser ses activités visant à diviser la Chine, cesser de comploter et d'inciter à la violence et cesser de perturber et saboter les Jeux olympiques de Pékin, afin de créer les conditions pour un dialogue" indiquait une source officielle citée par l'agence Xinhua.

Un discours qui appelle à un optimisme plus que modéré alors que le chef spirituel tibétain ne cesse de déclarer qu'il n'est pas à l'origine des émeutes. Tout comme il précise officiellement ne pas souhaiter l'indépendance du Tibet mais une autonomie plus prononcée, et être favorable à la tenue des JO à Beijing...

On peut donc légitimement se demander si le dialogue entre les réprésentants tibétains et chinois n'est pas avant tout un dialogue de sourds, Hu Jintao ayant lui même indiqué souhaiter que le Dalaï Lama fasse cesser les violences et arrête de déstabiliser les Jeux de Beijing... 

Les émissaires tibétains étaient d'ailleurs censés recevoir des explications concernant les accusations répétées par le gouvernement chinois... Et pendant ce temps, les attaques verbales continuent, que ce soit de la part d'experts chinois sur la question du Tibet ou de médias comme le Quotidien du Tibet...

En clair, il n'y a pas de grandes évolutions à attendre du dialogue sino-tibétain. Par rapport aux résultats des précédentes rencontres, l'idéal serait que les deux parties s'engagent ensemble sur des mesures mineures et réalistes, qui si elles sont appliquées avec succès par les deux camps, pourraient amener à des négociations plus consistantes...

Samdhong Rinpoche, le "Premier ministre" du gouvernement tibétain en exil basé à Dharamsala a d'ailleurs indiqué que le dialogue avait surtout pour but d'apaiser les tensions, ce qui n'est un premier pas d'un long processus selon lui.

Reste à savoir les réels motivations des deux camps et s'ils jouent tous les deux cartes sur table. Pour pas mal d'experts, la Chine n'a d'autre but qu'atténuer les critiques qu'elle a essuyé depuis le début de la crise au Tibet, et de sauver ses JO, particulièrement pointés du doigt depuis mars comme ils l'avaient été en 2007 avec la crise au Dharfour.

Nicolas Jucha pour C.I.

Tibet   Dalaï Lama   dialogue   discussions  

Commentaires

michel, le 06 mai 2008 à 06:29
En tout premier lieu se respecter mutuellement
"Se sauver... c'est un pas, encore un pas..." disait en substance Saint Exupéry. Le tout en espérant qu'il ne s'agisse pas d'une partie de pocker menteur...
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Daniel.C, le 06 mai 2008 à 13:18
L’étrange modèle tibétain de théocratie
Tribune publiée par l’Humanité le samedi 12 avril 2008 - Par Jean-Luc Mélenchon, sénateur (PS). Avec son aimable autorisation.

Toute critique du gouvernement chinois a-t-elle pour préalable l’adhésion au projet théocratique du dalaï-lama ? C’est à cette impasse que conduit l’opération d’agitation et de conditionnement médiatiques lancée par les partisans du boycott des jeux olympiques de Pékin. L’histoire ne nous aura donc rien appris. Souvenons-nous du boycott par les États-Unis des jeux Olympiques de Moscou en 1980, au nom de l’entrée de l’Armée rouge en Afghanistan, venue soutenir le gouvernement communiste de Babrak Karmal. Pour condamner cette action militaire et par anticommunisme, tous les moyens étaient bons. Raison pour laquelle les Américains ont ainsi armé et financé tous ceux qui affrontaient le gouvernement communiste et les Soviétiques, taliban puis al Qaeda en tête.

Avec les menaces de boycott des Jeux de Pékin, on entre dans le même enchaînement absurde. Il y aurait une solidarité obligatoire et inconditionnelle avec la fraction indépendantiste et religieuse des Tibétains. On admet, sans y réfléchir davantage, d’amputer la Chine du quart de son territoire. On doit approuver le régime moyenâgeux des moines tibétains et de leur roi en exil, le 14e dalaï-lama. On reconnaît à celui-ci l’extravagante qualité de dieu vivant et le pouvoir politique absolu sur le peuple tibétain. On assume sa prétention grotesque à choisir avec son haut clergé la personne dans laquelle il affirme se réincarner ? À toutes ces sottises s’ajouterait la négation de l’histoire qui lie le Tibet à la Chine depuis le XIVe siècle ! On devrait oublier que la revendication indépendantiste a été suscitée au XXe siècle par les puissances occidentales en pleine période impérialiste, Royaume-Uni puis États-Unis, pour dépecer la Chine. Il faudrait ignorer que ce que l’on appelle la « répression chinoise de 1959 » a été une réponse à l’insurrection des moines tibétains contre l’abolition du servage et des droits et codes féodaux. Codes en vertu desquels le prix de différentes catégories d’êtres humains était hiérarchisé et donnaient aux maîtres des monastères droit de vie et de mort sur leurs serfs. Il faudrait s’indigner de la répression policière des manifestations à Lhassa, mais oublier qu’elles ont commencé par un pogrom contre des commerçants chinois. Oublier sans un mot de compassion qu’ils ont été tués à coups de bâton et brûlés dans leurs magasins avec leurs familles par ceux qui se réclament du dalaï-lama. Il faudrait accepter de parler de « génocide » pour désigner une population tibétaine qui a plus que doublé depuis les années cinquante ! Il faudrait s’incliner devant la prétendue identité religieuse des Tibétains au moment où ces populations entrent dans le processus de déconfessionnalisation que partagent toutes les sociétés en développement. Il faudrait fermer les yeux sur le drôle de visage de la société conforme aux « traditions » et à l’« identité tibétaine » que défend le clergé tibétain : condamnation de l’avortement et de l’homosexualité, jugée contre nature par le dalaï-lama lui-même, refus des mariages mixtes Tibétains-Chinois, considérés comme impurs, recrutement dès leur plus jeune âge d’enfants par les monastères… Sans parler de la récente campagne contre le chemin de fer entre Pékin et Lhassa, avec des arguments qui rappellent le XIXe siècle et la condamnation du chemin de fer par le pape Grégoire XVI, qui y voyait un moyen diabolique de diffuser des idées nouvelles et de bouleverser la tradition religieuse. Comment peut-on se réclamer des droits universels de l’homme et commencer par la négation au Tibet de la séparation du religieux et du politique ?

La campagne actuelle pour le boycott des jeux Olympiques est donc une manipulation et un traquenard dans lequel les droits des Tibétains ou des Chinois ne sont qu’un prétexte. S’il s’agissait vraiment de faire pression sur le gouvernement chinois, pourquoi avoir autorisé la Chine à déposer sa candidature et n’avoir rien dit quand elle a été désignée pour organiser les JO ? Pourquoi les dirigeants occidentaux continuent-ils à signer des milliards de contrats avec la Chine ? Serait-elle fréquentable pour acheter des centrales nucléaires ou des bons du Trésor américains mais pas pour organiser les JO ? Pourquoi choisir le terrain des revendications ethniques plutôt que celui des revendications sociales, sinon parce que ces dernières poseraient aussi un problème aux puissances occidentales ? Toute cette hypocrisie entraîne les États-Unis et l’Europe dans une escalade agressive contre la Chine en tant que nation. C’est un raidissement du sentiment national de tous les Chinois qui va s’exprimer. C’est d’ailleurs sur cette radicalisation que tablent les stratèges de cette campagne mondiale. La présence de Robert Ménard à sa tête est à elle seule la signature des inspirateurs néoconservateurs américains de cette opération. Au total, les apprentis sorciers auront une fois de plus enfumé tout le monde.

Pour en savoir plus : http://www.jean-luc-melenchon.fr/
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