En ouvrant la porte à une reprise du dialogue avec l'entourage du Dalaï Lama fin avril, la Chine a semblé aller dans le sens des recommandations de la communauté internationale. Mais par cette concession, Pékin compte t-il trouver des solutions ou seulement calmer le jeu en vue de sauver les JO ?
En annonçant fin avril accepter une reprise du dialogue avec les représentants du Dalaï Lama, la Chine avait suscité la satisfaction de l'ensemble de la communauté internationale : Paris, Londres, Berlin... De nombreux gouvernements s'étaient déclarés satisfaits par la décision chinoise, et espérer des avancés significatives.
La reprise du dialogue tant attendu est devenue effective ce dimanche à Shenzhen, avec la rencontre entre les émissaires du leader tibétain, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, et les responsables cinois Zhu Weiqun et Sitar. L'endroit de la rencontre a été tenu secret, mais l'on sait que les deux camps ont convenu de se revoir (sans préciser de dates) et qu'aucune décision majeure n'a été prise après ce premier contact.
D'ailleurs, pour ce premier dialogue officiel entre les représentants tibétains et la Chine depuis 10 mois, peu d'experts s'attendent à des résultats tangibles. Il faut dire qu'en dépit des messages de bonne volonté signés Hu Jintao ou bien le Dalaï Lama, les deux camps semblent toujours à des années lumières en ce qui concerne leur vision de la situation au Tibet.
Rien que pour les chiffres, Pékin admet seulement 22 insurgés tués quand le gouvernement tibétain en exil en Inde en compte plus de 140. De plus, en dépit de la reprise du dialogue, la dialectique usée par les officiels chinois reste assez claire quand à l'image que la Chine veut donner du Dalaï Lama : "Il est souhaitable qu'à travers ces contacts et consultations, la partie du dalaï prenne des mesures crédibles pour cesser ses activités visant à diviser la Chine, cesser de comploter et d'inciter à la violence et cesser de perturber et saboter les Jeux olympiques de Pékin, afin de créer les conditions pour un dialogue" indiquait une source officielle citée par l'agence Xinhua.
Un discours qui appelle à un optimisme plus que modéré alors que le chef spirituel tibétain ne cesse de déclarer qu'il n'est pas à l'origine des émeutes. Tout comme il précise officiellement ne pas souhaiter l'indépendance du Tibet mais une autonomie plus prononcée, et être favorable à la tenue des JO à Beijing...
On peut donc légitimement se demander si le dialogue entre les réprésentants tibétains et chinois n'est pas avant tout un dialogue de sourds, Hu Jintao ayant lui même indiqué souhaiter que le Dalaï Lama fasse cesser les violences et arrête de déstabiliser les Jeux de Beijing...
Les émissaires tibétains étaient d'ailleurs censés recevoir des explications concernant les accusations répétées par le gouvernement chinois... Et pendant ce temps, les attaques verbales continuent, que ce soit de la part d'experts chinois sur la question du Tibet ou de médias comme le Quotidien du Tibet...
En clair, il n'y a pas de grandes évolutions à attendre du dialogue sino-tibétain. Par rapport aux résultats des précédentes rencontres, l'idéal serait que les deux parties s'engagent ensemble sur des mesures mineures et réalistes, qui si elles sont appliquées avec succès par les deux camps, pourraient amener à des négociations plus consistantes...
Samdhong Rinpoche, le "Premier ministre" du gouvernement tibétain en exil basé à Dharamsala a d'ailleurs indiqué que le dialogue avait surtout pour but d'apaiser les tensions, ce qui n'est un premier pas d'un long processus selon lui.
Reste à savoir les réels motivations des deux camps et s'ils jouent tous les deux cartes sur table. Pour pas mal d'experts, la Chine n'a d'autre but qu'atténuer les critiques qu'elle a essuyé depuis le début de la crise au Tibet, et de sauver ses JO, particulièrement pointés du doigt depuis mars comme ils l'avaient été en 2007 avec la crise au Dharfour.
Nicolas Jucha pour C.I.
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