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Prochaine visite de Nicolas Sarkozy et discours de Bernard Kouchner en Chine

CHINE

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Prochaine visite de Nicolas Sarkozy et discours de Bernard Kouchner en ChineOn apprend par le porte-parole de l'Elysée David Martinon, que le président français Nicolas Sarkozy ira en Chine du 25 au 27 Novembre 2007.

Nicolas Sarkozy devrait passer à Beijing, Shanghaï et Xi'an.

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, s'était rendu en Chine le 31 octobre et le 1er novembre pour préparer la venue du président.

Voici les déclarations complètes de Bernard Kouchner lors de sa visite.

Pékin, 31 octobre 2007

DEPLACEMENT EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE
DISCOURS
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER,
DEVANT LA COMMUNAUTE FRANCAISE

Monsieur l'Ambassadeur,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,
Mes Chers Compatriotes,

Je vous salue mes Chers Compatriotes, vous qui êtes les artisans quotidiens de cette relation étroite et fructueuse, amicale et pleine d'avenir. Cette relation qui unie la France et la Chine.

Je suis le premier ministre à visiter ceux qui viennent d'être réélus par le 17ème Congrès et je suis très fier de cela. Je suis également la dernière visite ministérielle avant la première visite d'Etat en Chine du président de la République à la fin de ce mois. Ce sera un événement important et cela permettra une fois de plus d'essayer, et de réussir, à améliorer les relations franco-chinoises. Cette visite de Nicolas Sarkozy marquera de manière déterminée l'importance que nos deux pays attachent au partenariat stratégique dans lequel nous nous sommes engagés. Tout à l'heure, j'ai eu le bonheur d'ouvrir avec le ministre chinois des Affaires étrangères, la première séance de travail d'un partenariat nouveau mais stratégique à propos de nos méthodes de l'aide au développement. Nous avons vu arriver en Afrique certes, mais dans le monde entier, un certain nombre de Chinois compétents, décidés, obstinés et non seulement ils témoignaient de volontarisme et d'obstination, je le répète, mais aussi d'une réussite enviable. Il convient de travailler avec nos amis chinois, pas contre eux, sinon ce serait ridicule. D'ailleurs nous avons tenté de le faire au Soudan parce qu'ils étaient très proche du président Béchir et nous pensions que le massacre devait cesser. Depuis, rencontrant le ministre chinois des Affaires étrangères à Hambourg, l'ayant convaincu de venir à la Conférence de Paris en juin j'espère, après une résolution votée à l'unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies, que dans quelques jours, la force hybride arrivera au Darfour. C'est grâce à la position chinoise et à son évolution que les choses se sont faites. Sans les Chinois il n'y aurait pas eu, je crois, cette résolution ou peut-être serait-elle venue mais beaucoup plus tard.

Il ne se passe en effet pas un mois sans qu'un ministre français ne rencontre son homologue chinois, c'est dire la densité des relations entre Paris et Pékin. Pas une semaine ne se passe sans qu'une entreprise française ne décide de s'implanter ou décide de vouloir s'implanter en Chine, pas un jour ne se passe sans que des Français ne cèdent à l'appel de la grande aventure chinoise. Je vous remercie tous puisque vous êtes ces aventuriers.

Je suis en contact régulier avec M. Yang Jiechi, le ministre chinois des Affaires étrangères et j'ai eu le plaisir de le rencontrer en un jour décisif lors de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, au moment où nous avons appris et nous avons vu des images de la répression en Birmanie. Si le ministre chinois des Affaires étrangères avait été hostile, nous n'aurions rien fait. C'était la présidence française, nous étions les présidents du Conseil de sécurité et je suis très fier, au nom de notre pays et au nom de vous-même, d'avoir été présent. Nous avons été les premiers à prendre en compte, c'est-à-dire à réussir, à mettre sur pieds une réunion du Conseil de sécurité sur une affaire intérieure. C'est la première fois que cela se passe car ce qui se déroule en Birmanie est une affaire intérieure birmane et il n'y a pas de réunion du Conseil de sécurité pour ces situations, il faut une menace régionale ou une menace globale, tout cela grâce à nos amis chinois qui n'ont pas objecté et qui ensuite ont accepté qu'il y ait une déclaration de la présidence. Ce n'était pas grand chose, quatre phrases, mais de nature déterminante, pour envoyer Ibrahim Gambari qui est l'envoyé spécial de M. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies. Les Chinois ont montré une flexibilité dont je les remercie. J'espère que ce sera pareil pour la suite des affaires et en particulier en Birmanie.

Dans tous les secteurs, politique, économique, culturel, scientifique, nos échanges ont atteint une intensité et une qualité qui expliquent le caractère stratégique du partenariat construit au cours de ces dix dernières années.

Cette relation s'épanouit aussi grâce aux rapports de plus en plus étroits qu'ont noués les collectivités territoriales : les deuxièmes assises de la coopération décentralisée franco-chinoises, qui se tiendront à Bordeaux quelques jours avant l'arrivée en Chine du président de la République, en porteront témoignage.

De même, le programme exceptionnel d'échanges de jeunes lancé en 2005, et qui a conduit 800 artistes, entrepreneurs et scientifiques à la découverte de la France et de la Chine, prépare, n'en doutons pas, l'avenir des relations entre les deux pays.

Ce partenariat franco-chinois est le fruit d'une volonté politique partagée de longue date : la France a fait le choix d'une Chine acteur majeur dans les affaires du monde. En retour la Chine voit, je crois, dans la France un partenaire important et un peu particulier.

Tout cela, Mesdames et Messieurs, Mes Chers Amis, vous le savez et vous êtes les mieux placés pour le constater, vous qui chaque jour défendez nos intérêts et étendez notre influence ici. Mais je crois qu'il est important que la France, par ma voix, vous témoigne aujourd'hui de sa confiance et de son engagement. Les autorités françaises soutiennent les efforts des entreprises que vous représentez, grands groupes ou PME. Elles saluent les succès que vous remportez. Elles comptent sur vous pour faire rayonner ici le nom de la France.

Nous devons encore étendre le champ de notre concertation. Aujourd'hui, nous avons ouvert, je vous l'ai dit, le dialogue stratégique sur les questions de développement. Dans ces temps souvent difficiles, marqués par le risque de prolifération des armes de destruction massive, je viens encore de parler du problème de l'Iran avec mon homologue, qui sur le fond partage notre sentiment. Rappelez-vous aussi que grâce à la France, nous avons signé une déclaration il y a trois semaines, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, qui démontre l'unité de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de la France. Ce n'était pas évident en entrant dans la salle, croyez-moi. La position de la France fut, quand même, décisive pour conserver cette unité qui est nécessaire.

C'est pourquoi je me félicite, tout en critiquant parfois un peu sa lenteur, de l'attitude nouvelle de la Chine au sein de la communauté internationale en faveur du règlement des grandes crises : je vous ai parlé du Darfour, de la Corée du Nord, et de la Birmanie.

La France doit disposer en Chine de toutes les cartes qui nous permettront d'y jouer un rôle à la mesure de nos ambitions.

Parmi celles-ci, vous connaissez bien sûr le projet de construction d'une nouvelle ambassade et l'extension de notre réseau consulaire, avec l'inauguration d'un consulat général à Shenyang.

Je voudrais surtout souligner ce soir tout l'intérêt que les autorités françaises portent au projet de relocalisation du lycée français international de Pékin.

Par ses effectifs et par son caractère hautement international, ce lycée est la marque première de notre présence en Chine. Alors que nous veillons à renforcer les moyens affectés à la scolarisation des enfants francophones à l'étranger, le lycée français international de Pékin figure en première ligne des grands projets.

Le moment est en effet venu de disposer d'un établissement d'enseignement qui témoigne de la vitalité du rapprochement dans tous les domaines. Je tiens à remercier sincèrement M. l'Ambassadeur des initiatives qu'il a prises, en concertation avec vous tous, pour que ce lycée puisse s'implanter sur un nouveau site. Cette relocalisation est pour nous porteuse d'une double garantie, de croissance des effectifs et d'excellence des conditions d'enseignement.

Dans l'intervalle, je suis heureux de vous confirmer que le second cycle du Lycée sera désormais localisé sur un site répondant aux besoins les plus urgents. Nous attachons le plus grand soin à l'achèvement de ce projet essentiel pour vous tous comme pour les intérêts français en Chine, et plus largement dans la région.

Les entretiens politiques de cette journée ont confirmé l'intérêt des autorités chinoises pour notre pays, dans lequel elles voient un acteur singulier, un acteur particulier de la scène internationale, avec lequel elle a des relations un peu différentes, un peu plus sentimentales, un peu plus fondées sur la culture, sur l'histoire, sur l'intérêt que nous nous portons les uns aux autres.

Cette confiance réciproque, ce resserrement constant des liens qui nous unissent, c'est un atout précieux et nous vous le devons. Je sais que vous y contribuez de manière décisive, par votre présence bien sûr, par votre dynamisme, par votre ouverture, par votre courage.

Français d'ailleurs, Français malgré la distance, encore plus français parfois du fait des distances, vous êtes une chance, Mesdames et Messieurs, pour notre pays. Si les Français ont souvent peur d'une mondialisation qui paraît parfois, et qui parfois le fait, remettre en cause notre confort ou notre rang, il nous appartient, ensemble, de les rassurer, de leur faire prendre conscience des opportunités formidables d'un monde en mouvement.

C'est une tâche pour laquelle je compte sur vous, et c'est l'une des missions que je souhaite voir développées par le ministère des Affaires étrangères et européennes, qui doit devenir celui de la mondialisation : une mondialisation positive, qui rende à la France sa grandeur, une grandeur différente, certes fondée sur l'histoire mais adaptée au temps, une grandeur sans arrogance, qui lui rend son bonheur, son goût des grandes aventures.

Votre présence ici témoigne de ce que nous pouvons compter sur l'énergie d'une communauté entreprenante et généreuse comme la vôtre pour porter très loin ce message.

Je vous en remercie./.

DEPLACEMENT EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE
POINT DE PRESSE CONJOINT
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER,
ET DU MINISTRE CHINOIS DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. YANG JIECHI
- PROPOS DE M. KOUCHNER -

Les relations entre nos deux pays sont excellentes, nous en avons parlé avec plaisir comme nous le faisons à chacune de nos rencontres, le ministre chinois des Affaires étrangères et moi-même. C'est peu dire que nous voulons amplifier le dialogue stratégique, c'est peu dire que dans le domaine de l'énergie, dans le domaine des transports, dans tous les domaines que nous avons abordés longuement au cours de cette conversation, les progrès sont grands.

M. Yang Jiechi a lui-même abordé les domaines scientifiques et culturels, nous développerons notre relation dans bien d'autres directions encore. Les accords seront signés par le président Sarkozy dans quelques semaines lors de sa visite d'Etat et nous essayerons en particulier d'aborder au cours du déjeuner qui va suivre autre chose que les relations bilatérales, qui je le rappelle sont excellentes. Nous discuterons des problèmes internationaux sur lesquels nous serons sans doute capables de constater des convergences de vues très importantes, je parle du Darfour, de la Birmanie, de l'Iran et de bien d'autres sujets encore que nous n'avons pas eu le temps d'évoquer au cours de cette première rencontre.

Q - Le Dalai Lama a été reçu ces derniers mois par Mme Merkel, M. Bush et M. Harper, sera-t-il reçu par M. Sarkozy ?

R - Je ne connais pas de rendez-vous à ce propos dans notre pays.

Q - Comment voyez-vous l'état actuel des relations sino-européennes et l'avenir de ces relations ?

R - Je vous assure que lors de la présidence française de l'Union européenne à partir de juillet 2008, des efforts seront faits pour que les relations sur certains dossiers qui ont pris un peu de retard entre la Chine et l'Union européenne soient renforcées, particulièrement lors des deux sommets qui sont prévus.

Q - Comme la Chine et la France sont liées par un partenariat stratégique, comment la France voit-elle le référendum que Taiwan tente d'organiser sur son adhésion à l'ONU sous le nom de Taiwan?

A l'heure actuelle, la Chine connaît un développement économique rapide, en Europe, certaines personnes perçoivent ce développement rapide comme une menace et d'autres voient ce développement comme une opportunité. Comment voyez-vous cela ?

En Europe certaines personnes plaident pour le protectionniste et les barrières commerciales, d'autres pensent que l'Union européenne doit s'ouvrir pour relever tous les défis venant de tous les coins du monde. Comment voyez-vous cette question ?

R - C'est difficile, la concurrence est grande, en particulier dans le domaine économique, en particulier dans la production des biens, nous le savons, mais la France et l'Union européenne sont prêtes à relever ce défi. L'émulation est bonne de notre point de vue, nous ne sommes pas de ceux qui craignent la globalisation. C'est une période d'adaptation et notre pays y fera face, même si nous considérons que le yuan est un peu sous-évalué. Nous espérons que cet ajustement monétaire se fera.

Quant au partenariat stratégique, cela n'est pas une menace, bien au contraire. C'est une collaboration, un renforcement des liens, la France n'est pas inquiète, bien au contraire.

Sur la question précise du référendum envisagé à Taiwan, la France a déjà répondu et réaffirme qu'elle se prononce comme toujours en faveur de l'unicité de la Chine. Le haut représentant pour l'Union européenne pour la politique extérieure, M. Solana, vient de déclarer qu'il lui semblait que ce référendum était inacceptable, la France partage ce sentiment./.

DEPLACEMENT EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE
CONFERENCE DE PRESSE
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
ET EUROPEENNES,
M. BERNARD KOUCHNER,
AVEC LA PRESSE FRANCAISE,
CHINOISE ET INTERNATIONALE

Mesdames et Messieurs,

Cette visite en Chine se passe très bien. Je suis le premier ministre français à visiter nos amis chinois après le grand succès du 17ème Congrès du parti communiste chinois. J'ai retrouvé avec plaisir mon ami le ministre des Affaires étrangères, M. Yang Jiechi, avec lequel j'ai déjà beaucoup discuté de l'Iran, du Darfour, de la Birmanie, et lui a voulu me parler de la Corée du Nord et d'autres problèmes, africains en particulier. Ce fut en tous points une visite intéressante. Nous n'étions pas toujours d'accord, mais il y a une convergence de vues sur les buts à atteindre, sinon sur la façon de les atteindre. Les relations sont excellentes entre nos deux pays, et le dialogue est extrêmement cordial, très ouvert.

Avec le Premier ministre, la conversation a été agréable et chaleureuse. Nous avons abordé plus précisément les problèmes bilatéraux, les problèmes qui concernent nos rapports industriels, les programmes à développer, et surtout bien entendu la visite du président de la République, Nicolas Sarkozy, à la fin de ce mois, sa préparation, et évidemment les perspectives qui en découleront, en termes d'accords comme en termes de discussions politiques. Tout cela fût extrêmement constructif, et ce n'est pas fini puisque demain nous avons encore de nombreux rendez-vous, nous développerons encore les projets.

J'ai rencontré aussi la communauté française et j'en étais très heureux, elle se développe, elle va bien, il y a plus de cent français qui demandent à travailler, à développer, à innover, à créer des entreprises chaque mois en Chine. Ce sont, au sens positif du terme, des aventuriers, et un beau visage de notre pays.

Il y a entre la France et la Chine des rapports très spécifiques, très différents, quelque chose d'un peu magique fondé sur l'histoire, sur notre histoire, sur leur histoire, sur la culture comme on dit au sens très général du terme, sur ce que la France représente, sur ce que la Chine représente pour la France. Il s'établit, c'est très visible pour des gens comme vous qui avez l'habitude des relations internationales, une place particulière pour la France, au moins dans le cœur et dans l'esprit des dirigeants chinois, et du peuple chinois, et je m'en suis réjoui avec mes interlocuteurs.

Q - Je vais vous poser une question un peu indirecte. Vous avez parlé avec vos interlocuteurs du Darfour, j'aimerai avoir votre sentiment sur ce qui se passe en ce moment avec l'Arche de Zoé ?

R - Je suis venu ici pour parler de la Birmanie, c'est un sujet pesant, qui a dure depuis vingt ans, il faut attendre d'avoir des images qui sont cruelles pour qu'on en parle, et aussi pour qu'on oublie. Je vous parlerai une autre fois de cette triste aventure au Tchad et de l'Arche de Zoé. Je trouve cela très malheureux pour les gens qui ont été ou sincères ou abusés, et pour la manière dont ça s'est déroulé.

Q - Vous avez parlé de convergences sur les buts à atteindre pour l'Afrique, pas forcément sur la manière de les atteindre, pourriez-vous être un peu plus explicite en prenant par exemple le Darfour ?

R - Je ne pensais pas tellement à l'Afrique lorsque j'ai dit des voies différentes pour des buts communs, je pensais surtout à la Birmanie, et je vous en parlerai bien volontiers. En Afrique en général et au Darfour en particulier, découvrant l'importance de l'engagement chinois en Afrique, avec leur force, leur détermination, la façon dont les projets sont menés à bien, sont achevés à temps, les opérations immobilières qui sont promises, l'investissement, l'efficacité, il y a eu deux sortes de réactions. On pouvait s'étonner : "qu'est-ce qu'ils font sur ce territoire ?" C'était une mauvaise attitude. Il faut travailler avec les Chinois. J'ai mis quelques mois peut être, pour considérer vraiment qu'il ne fallait pas s'opposer aux Chinois, mais être avec eux pour le faire ensemble. Nous avons une tradition en France fondée sur l'histoire, sur nos rapports, sur le colonialisme, la décolonisation, et nous nous sentons légitimes. Mais les Chinois le sont autant que nous, et ils ont des moyens et une efficacité. Travaillons ensemble, c'est ce que je voulais dire. Et c'est plutôt de notre part une réflexion que nous devons mener contre nous-même.

A propos du Darfour, c'est un bon exemple. Si nous étions ensemble, quelle force nous représenterions. Les Chinois sont acceptés et demandés partout, ils sont des investisseurs majeurs en Afrique, et nous-mêmes, avons une expérience différente.

J'ai rencontré mon homologue chinois ministre des Affaires étrangères, M. Yang Jiechi, à propos du Darfour, à Hambourg, il y a déjà de nombreux mois, et je l'ai convaincu de venir à la Conférence de Paris en juin. Il y a eu non seulement une convergence, mais aussi un vote à l'unanimité, qui a mené à une force hybride au Darfour. Il fallait être avec eux. Nous les accusions d'être du côté du général Béchir, mais ils s'en sont détachés et nous en avons fait une force positive. C'est un exemple supplémentaire. Je ne dis pas qu'au Darfour ce soit fini, bien au contraire. Néanmoins, nous avons fait un progrès, et cela faisait deux ans que nous voulions une résolution au Conseil de sécurité. C'est un exemple de convergence nécessaire, nous en avons parlé ce matin, notamment d'objectifs nouveaux, car ce n'est pas fini, des soldats arrivent. D'ailleurs, si on veut parler du Tchad, c'est une conséquence très directe. Une mission commune entre l'Union européenne et les Nations unies va être mise en place pour justement reconstruire les villages et pour que les enfants tchadiens au Tchad soient pris en charge par les familles elles-mêmes.

Q - Qu'attendiez-vous précisément de vos discussions avec les Chinois sur la Birmanie, et à quoi êtes vous parvenu ? Il semble qu'il existe encore une grande différence entre les espoirs et les résultats.

R - Il y a une grande différence entre les espoirs et les résultats. Je suis allé à Singapour où j'ai rencontré les responsables qui assurent la présidence actuelle de l'ASEAN. J'ai rencontré le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, j'étais aussi en Thaïlande. La France, mais aussi les nations de l'Union européenne, pensent qu'il appartient aux pays asiatiques, ainsi qu'à la Chine et à l'Inde, de faire quelque chose d'efficace sur cette question, sur ce problème, et sur la souffrance du peuple birman. Nous avons été choqués par la répression des manifestations pacifiques dans les rues de Rangoon. Maintenant, sans image, il n'y a plus d'indignation.

Nous étudions comment nous pouvons d'abord soutenir la mission d'Ibrahim Gambari, l'envoyé du Secrétaire général des Nations unies. Il y a un accord sur ce point, y compris avec nos amis chinois. Ils veulent soutenir la mission de M. Gambari. Les Chinois ont été très actifs pour soutenir cette mission, y compris au Conseil de sécurité. Nous étions à la présidence de ce Conseil à cette période fin septembre. C'est la première fois dans l'histoire des Nations unies que nous avons pu nous retrouver au sein du Conseil de sécurité sur un problème intérieur d'un pays et obtenir une déclaration de la présidence. Parce que les Chinois nous ont soutenus, ils n'ont pas exercé leur veto. Ce fut le premier pas. Ensuite, ils ont été très efficaces pour l'obtention du visa de M. Gambari, pour qu'il se rende en Birmanie. Maintenant, est-il possible de maintenir la pression ? Pas seulement celle de l'opinion publique, nous avons besoin de l'opinion publique internationale. A travers quels moyens, quels canaux, je ne sais pas, nous verrons. Je pense que M. Gambari va obtenir un second visa pour se rendre en Birmanie, mais je ne suis pas si sûr.

Second point positif, disons but clair : nous voulons si possible, c'est une idée, mettre en place une sorte de soutien international à M. Gambari, à sa mission, un groupe des "Amis de M. Gambari", car il n'y a pas de base légale à l'action de l'émissaire. Il n'est pas un envoyé spécial du Conseil de sécurité, ou du Secrétaire général, c'est un émissaire pour un problème intérieur. Certains pays asiatiques sont plus ou moins d'accord, la Chine accepte l'idée, et c'est un nouvel exemple de la manière dont nous pouvons converger, être ensemble.

Troisième point, l'Union européenne est en train de travailler sur de nouvelles sanctions. Il y a déjà des sanctions contre la junte : pas de visa, pas de possibilité d'investissements. Désormais nous visons le commerce, notamment des bois tropicaux, des bijoux, des minerais. En tant que Français, nous visons aussi Total, il n'y aura pas de nouveaux investissements. Est-ce suffisant ? Comme vous le savez, il y a depuis longtemps des discussions sur les sanctions, il y a un débat, mais je pense personnellement que ce n'est pas suffisant. Je crois que nous devons travailler sur des sanctions, mais aussi sur des incitations, pas en direction de la junte, mais en direction du peuple birman. S'il y a des progrès, si les débuts du dialogue entre Mme Aung San Suu Kyi et le général représentant la junte donnent des résultats, si nous sommes capables de soutenir ce dialogue entre l'opposition et la junte, nous devons aussi offrir notre aide au peuple birman.

Devons-nous établir une sorte de "trust fund", c'est une troisième idée. C'est difficile. J'avais l'habitude de mettre en place ce genre d'action, comme au Kosovo ou dans d'autres missions, mais il y avait une base légale.

Voilà les trois directions dans lesquels nous voulons travailler, et nos amis chinois ont compris que nous avions besoins de développer le dialogue politique. Il n'y a pas d'autre issue, d'autre solution qu'un changement politique. Cela ne veut pas dire un changement de régime. Mme Aung San Suu Kyi nous l'a dit elle-même, elle est prête à travailler avec l'armée, et nous devons développer cela. Il faut aussi expliquer à l'opinion publique que ce n'est pas un pays facile, que les minorités représentent 40% de la population, comparées aux 60 % de Birmans. Mais ce n'est pas la fin. Vous savez qu'il y a une réunion importante de l'ASEAN à la fin du mois de novembre à Singapour, et ce sera certainement un moment crucial, un tournant en termes de soutien au peuple birman.

Q - C'est votre première visite en Chine en tant que ministre des Affaires étrangères après les élections présidentielles. Nos deux pays ont des relations excellentes, dans quel sens vont-elles évoluer avec le nouveau président de la République, M. Sarkozy ?

R - Notre politique sera la même, en mieux. Il y a trop de domaines pour pouvoir tous les citer, de l'éducation à la recherche scientifique, des satellites à l'énergie, des transports aux projets de construction, de l'énergie nucléaire à l'énergie thermique habituelle. Il existe toute une liste de projets et d'accords qui seront signés pendant la visite du président de la République.

Q - Avez-vous évoqué la question du lycée français de Pékin avec vos interlocuteurs ?

R - Oui, mais ils ne m'ont pas donné de réponse tout de suite. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous aider à trouver un nouveau terrain qui devrait être entre l'ambassade et l'aéroport. Nous comptons bien développer ce projet. Il y a plus de 1.000 élèves dans ce lycée, il y en a chaque année 100 supplémentaires, c'est un grand succès.

Q - Pour revenir sur la crise birmane, on a vu ces dernières semaines que l'information était très difficile à obtenir pour les journalistes, qu'Internet avait été coupé. Reporter sans frontière a condamné cela, on sait qu'en France vous êtes attaché à la liberté de la presse et de l'information, Reporter sans frontière condamne aussi la Chine sur la liberté de la presse et de l'information, est-ce qu'à quelques mois des jeux olympiques vous avez pu en parler avec vos homologues ?

R - J'en ai parlé très précisément, et j'ai parlé de la liberté de circulation des journalistes, avant les Jeux Olympiques. J'ai exprimé mon sentiment avec fraternité et force, et l'on m'a dit qu'il y aura des dispositions pour que les journalistes puissent circuler librement avant les Jeux Olympiques.

Je voudrais rajouter quelque chose concernant la question birmane. Il y a eu quelques prisonniers qui ont été relâchés en Birmanie, mais on ne connaît toujours pas le nombre de ceux qui sont restés en prison, et de ceux qui sont morts. Il semblerait que la Croix-Rouge internationale ait désormais accès à ces prisonniers, je n'en suis pas sûr. Et les informations sont vraiment difficiles à obtenir, sauf que quelques journalistes en demandant des visas de tourisme ont réussi à publier des reportages, bons, humains, sentis, documentés. Mais on ne connaît toujours pas le bilan de ces événements.

J'ai bien sûr parlé avec l'opposition birmane, j'ai rencontré de nombreux spécialistes dans les pays où je suis allé. Les représentants de l'opposition étaient très érudits, mais ils étaient très perdus. Envisager une solution facile et magique, sous prétexte que l'opinion publique s'est émue de voir que des bonzes aient manifesté pieds nus dans la rue, des bonzes pacifiques battus, tués, sans oublier l'image de ce reporter japonais. C'est très important, mais ce qui est important c'est de continuer à s'indigner, sinon la mobilisation va retomber.

Il faut vraiment continuer à informer, continuer à y aller, et demander aux pays de l'ASEAN, à nos amis chinois, à nos amis indiens, dont on ne parle pas. Parce que les sanctions, certainement nous les appliquerons, certainement c'est important, mais très franchement ce n'est pas suffisant. Parce qu'il y a très longtemps que l'on applique des sanctions pour des tas de pays, mais sans solution politique, sans solution véritablement voulue et conquise. Il y a des gens, spécialistes eux-mêmes, qui pense que la population birmane n'acceptera pas que l'on revienne à la situation antérieure, et qu'il y a même des jeunes officiers qui sont prêts à changer d'attitude. J'espère que c'est vrai.

Q - Quelle est la position du président Sarkozy sur l'embargo, qui est fondamental dans les relations bilatérales ?

R - La question de l'embargo sur les armes ? Je ne la juge pas complètement fondamentale, je pense que cela viendra en son temps, qu'il y a une position européenne, et que nous la suivrons. Il n'est pas nécessaire de vendre des armes pour avoir des amis, on n'est pas forcé d'avoir des amis sous prétexte qu'on leurs vend des armes.

Q - Permettez-moi de revenir sur la Birmanie, quand vous parlez à vos interlocuteurs chinois d'Aung San Suu Kyi qui est démocrate, qui est dissidente, qui est privée de ses libertés fondamentales, est-ce que vous pouvez leur faire part de la même indignation que celle dont vous nous avez fait part, et si oui comment réagissent vos interlocuteurs chinois ?

R - Mme Aung San Suu Kyi est une dissidente, à part qu'elle a gagné les élections démocratiques, et que ces élections n'ont pas été reconnues, qu'elle a été très longtemps emprisonnée. Bien qu'elle ait été prix Nobel de la Paix, cela n'a pas servi à lui épargner ce long séjour dans l'isolement. Mais honnêtement, Mme Aung San Suu Kyi est reconnue comme l'interlocuteur par nos amis chinois. Son nom n'a soulevé aucune objection, aucun jugement de valeur, au contraire. Lorsque nos amis chinois parlent de dialogue, c'est avec Mme Aung San Suu Kyi. Il peut y avoir d'autres parties, j'en ai rencontrées. Bien sûr il y a plusieurs partis à l'extérieur, il y a plusieurs partis d'opposition, mais la figure majeure, c'est Mme Aung San Suu Kyi. Pour une autre raison encore, il faut soulever la question des minorités. Les Karen, les Chan, tous ceux que l'on connaît, ont été en guerre et sont souvent encore en guerre contre le gouvernement central. Ceux qui constituent ces 40% de minorités reconnaissent majoritairement une personne comme seul interlocuteur possible : Aung San Suu Kyi. C'est avec elle qu'il faut parler, et même la junte a commencé, c'est ça le dialogue, avec des propositions qui viendraient de Mme Aung San Suu Kyi, et que le peuple birman, dans sa composition difficile, attend.

Je vous remercie./.

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