Le tribunal correctionnel de Bobigny, qui juge depuis lundi douze personnes impliquées dans un réseau d'immigration clandestine qui a permis à plus de 500 mineurs chinois de s'installer en France sous couvert de stages linguistiques, a décortiqué le rôle des petites mains dans cette "filière".
"Pourquoi avez-vous accompagné des mineurs chinois dans des foyers d'accueil en France sans vous demander d'où ils venaient", interroge Françoise Bouthier-Vergez, présidente de la 13ème chambre.
Shao Jianhua, un frêle Chinois de 22 ans répond: "Je fais partie du mouvement des sans-papiers. J'aide les Chinois qui me demandent de faire l'interprète".
"Si vous voulez aider des enfants dans la rue et sans famille, vous le faites sans être payé, sinon c'est du vol ou de l'escroquerie", s'emporte la présidente.
Shao Jianhua est un des douze prévenus dans ce vaste procès d'immigration clandestine qui a permis entre 2000 et 2002 à plus de 500 mineurs chinois de s'installer en France sous couvert de stages linguistiques.
Il n'est pas le personnage "clé" du dossier mais fait partie des petites mains qui ont permis à certains de ces mineurs clandestins de bénéficier de l'aide sociale à l'enfance et de la protection des mineurs stipulée par le droit français.
La justice lui reproche notamment d'avoir conduit deux mineurs chinois de Paris jusque dans des foyers d'accueil à Grenoble et à Limoges. Un service pour lequel il a été payé 200 euros puis 300 euros. Son "commanditaire" est un des autres prévenus qui comparaît détenu.
Cette prise en charge était semble-t-il la queue du trafic. Le début de la filière commençait en Chine. Les mineurs y obtenaient d'abord des visas en toute légalité pour effectuer des stages linguistiques en France dans un centre.
Cette filière ingénieuse avait été dévoilée en 2002 lorsque les enquêteurs de l'OCRIEST (Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et l'emploi des étrangers sans titre) avaient signalé une recrudescence de cas de mineurs chinois originaires de la région Wenzhou se présentant seuls ou par petits groupes aux portes des commissariats et des palais de justice. Ils demandaient à bénéficier des structures d'accueil de mineurs, en attendant de pouvoir déposer une demande de naturalisation à l'âge adulte.
Un nombre important de ces mineurs étaient d'abord entrés légalement en France, grâce à une invitation du Centre International Linguistique et Sportif (CILS), une société spécialisée dans les stages linguistiques installée dans la Marne.
Leurs parents auraient déboursé entre 18.000 et 24.000 euros pour permettre à ces mineurs de quitter la Chine.
Le directeur du CILS, Guy Senée, 60 ans, coprévenu, "considère avoir été abusé par les Chinois qui ont utilisé son école", a expliqué à l'AFP son avocat Me Olivier Morice.
Une interprète près la cour de Paris, un ex-agent du ministère des Affaires étrangères, et un ancien indicateur de la police judiciaire font aussi partie des personnes jugées.
Le tribunal examinera mardi le rôle d'un des prévenus, Weng Deshun, ancien indicateur de la 2ème DPJ, soupçonné d'avoir profité de ce trafic.
Le procès s'achève vendredi.
AFP
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