Depuis le 31 mars se tient au Musée de l'homme à Paris l'exposition "Premiers hommes de Chine". Sous la direction d'Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie humaine, elle présente à la fois l'état des connaissance sur l'évolution anthropologique en Chine sur près d'un million d'années, et un siècle de coopération et de recherches communes franco-chinoises. L'occasion de signaler deux points particulièrement intéressants de cette exposition.
En commençant par le plus technique : le travail de reconstitution du crane de l'Homo erectus Yunxian II. "Deux crânes d'hominidés (...) ont été mis au jour en 1989 et 1990 sur le site de Yunxian (...). Les fossiles ont été largement affectés par des processus post-dépositionnels. Ils sont déformés, altérés dans leur forme et leurs dimensions. Ils n'en constituent pas moins une documentation exceptionnelle car ce sont les fossiles humains les plans anciens et les plus complets de Chine" (Amélie Vialet, "Le site de l'homme de Yunxian", in Dossiers d'Archéologie, n° 292, avril 2004, p. 40. Dans le Monde daté du vendredi 9 avril 2004, Hervé Morin revient en détail sur le travail informatique qui a permis de proposer des reconstitutions en 3D de ces crânes déformés : "Pour délimiter la forme originale du crâne, (Amélie Vialet) s'est appuyée sur des études statistiques conduites sur d'autres Homo erectus asiatiques. Ella a pu définir des 'contours guides', des courbes limites vers lesquelles faire tendre le volume du crâne virtuel. Elle a ainsi transposé l'os zygomatique de Yunxian I, qui n'avait souffert d'aucune déformation, et l'a dupliqué par effet miroir sur Yunxian II". Mais bien sûr, "ce crâne est une hypothèse de travail formulé en trois dimensions" (Amélie Vialet). Les résultats de ces reconstitutions informatiques sont visibles au Musée de l'homme et dans le numéro d'avril 2004 de Dossiers d'Archéologie.
Mais cette exposition est aussi l'occasion de rappeler les travaux fondamentaux que Pierre Teilhard de Chardin a consacré à l'anthropologie chinoise. De 1923 à 1940, Teilhard fait partie des premières expéditions de fouilles franco-chinoises dans les sites les plus importants de Chine, particulièrement à Zhououdian (localité 1), lieu de la découverte des célèbres (et aujourd'hui disparus) fossiles des sinanthropes. Lettres, photographies et extraits de films des années 1930 permettent de prendre conscience de certaines techniques de l'époque (on y voit Henri Breuil et Pierre Teilhard de Chardin superviser des fouilles à la pioche et à la dynamite !). Et la publication de la Correspondance de Teilhard de Chardin en Chine (sous la direction d'Amélie Vialet et d'Arnaud Hurel, Editions du Muséum-Edisud, 2003) "constitue un témoignage exceptionnel sur les découvertes majeures en paléontologie, géologie et anthropologie (...). Les conditions exactes de la mise à jour des vestiges y sont décrites de même que l'accueil que leur a réservé la communauté scientifique cosmopolite de Pékin, dont Pierre Teilhard de Chardin s'avère être une personnalité influente" (Présentation de l'éditeur). Correspondance d'autant plus passionnante que le séjour de Teilhard, "se place au coeur de formidables bouleversements politiques et sociaux. Arrivé quelques années après l'instauration de la République, il va assister à tous les soubresauts qui vont agiter la société chinoise et s'en faire le témoin".
plus d'infos sur: http://espacestemps.revues.org/breve.php3?id_breve=201
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