Plus de 600 000 touristes chinois auront visité la France au cours de l'année 2007
TOURISME
"Les Chinois à Paris" n'ont plus rien à voir avec le film de Jean Yanne sorti en 1975. Une satire où ils envahissaient l'Europe, Le Petit Livre rouge à la main. Aujourd'hui, quand ils débarquent sur le Vieux Continent et notamment en France, la carte de crédit a remplacé le recueil des pensées du président Mao.
Des grands magasins à la tour Eiffel, tous les professionnels courtisent cette nouvelle clientèle. Non sans raison. Selon les prévisions de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), le nombre de Chinois voyageant hors de leur pays continue de croître : 20 millions en 2003, 34 millions en 2006 et 100 millions en 2020. Les dépenses effectuées hors de Chine croissent au même rythme : 15,7 milliards de dollars (11 milliards d'euros) en 2003, 25,3 milliards de dollars en 2006, selon l'administration nationale du tourisme chinois.
"Il y a dix ans, on avait ouvert un bureau en Chine. Cela nous permet aujourd'hui, et grâce à cette antériorité, d'avoir une bonne vision des potentialités du marché qui s'offre à nous", assure Thierry Baudier, patron de la Maison de la France, l'organisme chargé de la promotion de la destination "France".
Le représentant sur place était un jeune Chinois venu faire une partie de ses études dans l'Hexagone et à qui avait été demandée une étude sur le marché chinois. A cette époque, se souvient M. Baudier, sur place, en Chine, il n'y avait que les Allemands qui commençaient à prospecter et à s'intéresser à ce marché et, même au sein de notre maison, certains adhérents s'interrogeaient sur la pertinence d'"aller dépenser de l'argent là-bas pour la promotion". Dix ans plus tard, notre bureau à Pékin - qui a aussi compétence sur Hongkong et Taïwan - opère avec deux expatriés - un directeur et son adjoint - et neuf agents chinois.
Une politique de promotion qui récolte aujourd'hui ses fruits : plus de 600 000 Chinois visitent la France chaque année - l'immense majorité à Paris et dans sa région. Souvent pour assouvir leur soif de consommation. Dans l'immédiat, ils viennent presque exclusivement en groupe. Les professionnels espèrent toutefois qu'à l'image de ce qui s'est passé antérieurement avec les Japonais, et dès que le marché deviendra mature, ils se déplaceront aussi individuellement.
Seul regret des professionnels français du tourisme, la France et Paris ne sont pas pour l'instant une "mono-destination". La France n'est, pour la quasi-totalité des touristes chinois, qu'une étape sur un périple européen qui en compte au maximum une douzaine sur un séjour de deux semaines.
Le voyage est souvent construit sur le même modèle, avec un unique accompagnateur interprète pour toute la durée du séjour. Le point d'entrée en Europe se fait souvent par l'Allemagne, la suite du voyage se faisant en autocar. "Ces autocars, note un spécialiste, qui étaient il y a encore deux ans italiens, allemands ou belges, sont souvent, aujourd'hui, polonais ou tchèques." Souvent, le voyage des groupes s'achève en France, où ils restent le plus longtemps - entre deux jours et demi et trois jours et demi, dont au moins un jour et demi à Paris. "L'Hexagone, et surtout Paris, reste en Europe la première destination des Chinois. Ils visitent le Louvre, la tour Eiffel, les grands magasins et les "duty free"", résume avec humour Paul Roll, directeur général de l'Office du tourisme et des congrès de Paris.
Car le shopping est le poste de dépenses privilégié des touristes chinois. Selon l'Office de tourisme, ils dépensent peu pour l'hébergement ou la restauration - de l'ordre de 50 euros par jour contre 130 euros pour les Américains et 144 euros pour les Japonais. En revanche, ils consacrent des sommes plus importantes que les autres nationalités à leurs achats. En moyenne, ils déboursent 197 euros par jour contre 80 euros pour les Américains et 132 euros pour les Japonais.
Un montant de dépenses qui ne laisse pas insensible la grande distribution. Ce secteur multiplie les initiatives pour allécher et attirer ces nouveaux venus. La dernière en date est celle prise par le grand magasin du Printemps, boulevard Haussmann à Paris. Chaque année, les touristes chinois y dépensent entre 9 et 10 millions d'euros sur un chiffre d'affaires global de 550 millions d'euros.
"Dès 2006, on a vu que le marché explosait. On a contacté la China Union Pay (CUP), un organisme financier chinois, et on a installé 7 caisses capables d'accepter leur carte de paiement", explique François Leclerc, le directeur de la clientèle internationale de ce magasin. Désormais la carte "Cup" est acceptée dans les 550 caisses du Printemps. Une initiative payante : après cinq mois d'utilisation, le nombre de transactions a été multiplié par 20. Selon M. Leclerc, "entre 30 % et 40 % du chiffre d'affaires réalisé chaque mois avec la clientèle chinoise l'est avec cette carte de paiement, ce qui fait du Printemps le premier partenaire étranger en termes de transactions effectuées avec la "CUP"".
Aujourd'hui, les Chinois sont dans le "top 3" des clientèles étrangères du magasin du boulevard Haussmann avec les Américains et les Japonais. Ils sont friands de montres de marque, de joaillerie et de cosmétiques. Ils sont aussi sensibles aux grandes marques de la mode et de la maroquinerie pour une bonne raison : là, ils sont sûrs de ne pas acheter de la contrefaçon !
François Bostnavaron
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