Philippe Massonnet reste humble. Pourtant, il semble gagner une certaine notoriété. Après la sortie de plusieurs essais sur la Chine, dont le tout récent « Pour en finir avec le miracle chinois », son travail parait pour la première fois en format livre de poche. Son recueil de nouvelles « La crêperie de Pékin » de 2003 sera ainsi réédité en juin. Il y décrit avec humour et tendresse la Chine urbaine qu'il connaît, celle de Pékin, et un peu de Shanghai. Des personnages pleins de fraîcheur, dans un style vif, face aux absurdités de la modernité. Post-analyse du recueil par ce journaliste bilingue, qui a travaillé dans ce pays dès 1983, désormais directeur de l'AFP en Chine.
Qu'est-ce qui différencie ce recueil de tes autres parutions ?
Il me tient vraiment à coeur. Ce n'est pas un essai sur la Chine, ni une commande. L'idée m'est venue après avoir passé le nouvel an en Chine en 2000, je me suis alors inspiré de mon vécu et de l'actualité. Ce patchwork de quinze nouvelles est très adapté à cette société qui change très vite. C'est une écriture simple, humoristique, sans misérabilisme, accessible à tous, qui permet de faire avancer la compréhension du pays.
Ce livre est sorti en 2003, il est réédité en juin. Certains passages ne sont-ils pas dépassés ?
Je ne crois pas. Les phénomènes décrits se sont poursuivis et parfois aggravés. Comme ce professeur de Pékin, décrit dans la dernière nouvelle, qui donne le titre au recueil. Il arrive à la retraite et, dégoûté du système scolaire, ouvre une crêperie et devient en secret le cuisinier d'un grand dirigeant chinois. L'opacité du système et la recherche de l'argent sont encore actuels.
Si tu écrivais un nouveau recueil, que développerais-tu d'absent dans « La crêperie de Pékin » ?
Les personnages du migrant, devenu omniprésent, des enfants, les thèmes de l'école, de la campagne, du scandale du SRAS, et de l'argent, dont le rôle s'accroît ici.
Syndrome de Stockholm ou tendresse définissent souvent ce recueil. Quel est ton rapport à la Chine ?
25 ans après mon premier pas en Chine, je suis souvent pris à contre-pied. C'est assez jouissif en tant que journaliste et écrivain, et le délire est possible dans mes nouvelles, à l'image de ce pays, grand bazar organisé. C'est comme un aimant, je suis toujours surpris, même par les choses naturelles pour certains, comme le maintien du régime politique. 59 ans après sa création, il est toujours là !
As-tu d'autres projets d'écriture ?
Oui. Je quitte mon poste à Pékin en septembre 2008. Je pense voyager en Chine intérieure, prendre du recul, et rédiger un autre recueil de nouvelles, ou peut-être un roman policier.
Bleuenn CARRE CHEN,
Article tiré du magazine "Comme à la maison" n°3,
Reproduction avec l'aimable autorisation des éditions
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