(Parcourir la Chine) Ecosystèmes détruits et modernisation obligent les bergers à partir
MONGOLIE INTÉRIEURE
Le chamelier Oqir a prié longtemps pour l'arrivée de la pluie, mais aucune goutte d'eau n'est prévue en plein désert d'Alxa, situé dans la région autonome de la Mongolie intérieure.
"Je ne me souviens plus de la dernière fois qu'il a plu. Si la sécheresse continue, les chameaux ne survivront pas jusqu'au printemps prochain", s'inquiète-t-il, accroupi dans ce désert sans fin, fronçant les sourcils en regardant ses chameaux amaigris.
Oqir possède environ 100 chameaux, dont il tire la majeur partie de ses revenus. Un chameau bien portant vaut de 4 000 yuans (625 dollars) à 8 000 yuans sur le marché.
Malheureusement, personne ne veut des chameaux faibles et amaigris d'Oqir.
"Les chameliers vont quitter tôt ou tard leurs pâturages et s'installer dans les villes, où Internet et des salles de danse leur permettront de tuer leur solitude et leur désespoir", renchérit-il, tout en ajoutant que la vie en ville l'excite.
La détérioration de leur écosystème et la modernisation ont eu un impact négatif sur les techniques traditionnelles du pâturage et le mode de vie des nomades, ce qui constitue un vrai défi pour de nombreux chameliers comme Oqir.
La superficie de la prairie de Mongolie intérieure, la cinquième plus grande en Chine, a diminué de 10% depuis les années 1950 pour passer à un milliard de mus seulement (667 millions d'hectares).
Pour mettre un frein à cette tendance, le gouvernement chinois a initié son plus grand projet de subventions et de protection, en allouant presque 7 milliards de yuans aux bergers dont les terres ont diminué depuis 2000.
"Le soutien du gouvernement pourrait être la seule solution possible pour le développement durable de la prairie", a indiqué Oqir.
Celui-ci possède plus de 70 000 mus de prairie, dont 94% en pâturage limité depuis 2006.
A cause de cette politique de limitation des pâturages, certains bergers ont abandonné le métier et commencé à faire du commerce, selon Oqir.
Alanteng Qiqige et son époux Sechen Batu ont quitté leur maison dans la prairie pour une bordure d'autoroute. Ils sont devenus colporteurs de pierres après l'interdiction de l'élevage itinérant dans certaines zones.
Alanteng a avoué cependant qu'elle préférait la vie de nomade, bien que la vente de pierres lui rapporte de l'argent.
E. Paolede, chef de la Fédération des Cercles de la littérature et de l'art de Chine (CFLAC) de la bannière gauche d'Alxa, a dit un jour que galoper à dos de chameau dans la vaste prairie était un de son souvenir le plus mémorable.
"La longue chanson ne peut se chanter que sur le dos d'un cheval, on ne peut pas la chanter dans un bureau", a regretté Paolede.
La longue chanson est une forme de musique traditionnelle mongole, nourrie par la culture nomade et les caractéristiques régionales. En 2005, l'UNESCO l'a ajoutée à la liste des chefs d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.
La CFLAC de la bannière gauche d'Alxa, dirigée par Paolede, a organisé des compétitions d'artisanat folklorique, afin de sensibiliser le public à la protection des arts traditionnels mongols.
"La culture mongole doit se transmettre de génération en génération, car elle est une composante majeure de la culture traditionnelle chinoise. Nous ne permettrons pas sa disparition", a affirmé E. Paolede.
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