La mise en garde chinoise a t-elle porté ses fruits ? Quoi qu'il en soit, le célèbre dissident chinois Hu Jia n'a pas été couronné Prix Nobel de la Paix 2008 comme pressenti. Un affront évité pour Pékin, qui avait prévenu avec insistance cette semaine, qu'elle espérait une bonne personne pour ce titre honorifique.
Est le vainqueur est... Martti Athisaari, médiateur et ancien président finlandais de 71 ans qui s'est illustré en obtenant l'indépendance pacifique de la Namibie en 1990 ou le désarmement de l'IRA en 2000 pour ne citer que les plus grandes oeuvres.
Le lauréat 2008 ne gêne finalement personne, ou presque. Le comité du Prix Nobel l'a en définitive joué fine face aux mises en garde répétées de la Chine qui ne voulait pas voir un dissident politique honoré. Or, Hu Jia, actuellement en prison, faisait figure de grand favori.
Beaucoup de bruits pour rien ? On peut penser que oui. La décision aurait-elle été la même sans les pressions chinoises ? Une question qui risque de rester sans réponse mais qui donne lieu à quelques spéculations.
Car Athisaari, malgré son oeuvre, semble plus être un choix par défaut, un choix du consensus alors que beaucoup d'observateurs attendaient la victoire d'un dissident russe ou chinois.
Pour ces derniers, l'année olympique 2008, et par la même 60e anniversaire de la déclaration internationale des droits de l'homme, apparaissait comme le moment ou jamais d'envoyer un message fort aux régimes jugés autoritaires comme Pékin ou Moscou.
«C'est un occasion manquée d'améliorer le monde en encourageant la réforme en Chine» selon Edward Mc Millan-Scott, un membre britannique du Parlement européen. Du côté du comité du Prix Nobel, on se défend d'avoir agi sous l'influence chinoise.
Officiellement, la nomination d'Athisaari répond à une intention prédéfinie d'honorer un médiateur de paix à l'échelle internationale. Pékin n'en sera que satisfaite, car à l'heure où la communication est de plus en plus fluide en les populations chinoises et occidentales, une victoire de Hu Jia aurait été un grand désaveu pour les autorités chinoises.
Un désaveu qui aurait risqué également de heurter l'ensemble de la population chinoise l'année même des Jeux Olympiques. Même si on peut comprendre la déception de ceux qui voulaient voir Hu Jia couronné, les membres du comité du Prix Nobel ont peut être prix la décision la plus sage : celle de la patience.
Nicolas Jucha
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