Les temps ont changé en Chine. Après des décennies de rationnement alimentaire et de files d'attente devant les épiceries, les Chinois ont désormais l'embarras du choix: les rayons des supermarchés regorgent de biscuits salés et sucrés, de tablettes de chocolat et de chips en tout genre, tandis que les chaînes occidentales de "fast food" attirent de plus en plus la jeune génération urbaine.
Résultat: la Chine compte aujourd'hui des dizaines de millions d'obèses, et près d'un adulte sur trois est en surpoids. Il y a à peine 10 ans, le nombre d'obèses était marginal tandis qu'un Chinois sur dix, seulement, présentait une surcharge pondérale.
Les taux d'obésité se sont envolés dans l'Empire du Milieu avec le passage d'une alimentation simple et traditionnelle à une forme d'abondance culinaire, d'une activité physique épuisante à des emplois plus sédentaires, un processus qui s'est accéléré avec la ruée vers la modernité et le mode de vie occidental après des décennies d'austérité communiste sous Mao.
"En Chine, nous voyons que, quand les gens ont un peu d'argent à dépenser, il est facile pour eux d'ajouter beaucoup d'huile et de viande dans leurs plats. Au lieu de riz cuit à la vapeur, ils ont du riz frit", explique Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute (Washington), qui a étudié les effets de la mondialisation de l'industrie alimentaire sur la santé publique.
Cette tendance correspond aussi à une évolution dans la politique publique d'aide à l'agriculture: il y a 10 ans, le gouvernement s'est mis à subventionner les entreprises de transformation alimentaire et d'emballage dans l'espoir d'améliorer la qualité et de doper la compétitivité de cette industrie. Depuis lors, la variété de la nourriture "made in China" a considérablement augmenté, tout comme le tour de taille des Chinois.
"Il y a 20 ou 30 ans, le repas habituel était beaucoup moins gras en partie parce que l'huile était rationnée. Aujourd'hui, sans le savoir, les gens consomment davantage de calories par repas", souligne le Dr Ray Yip, un Pékinois travaillant comme nutritionniste pour les Centres américains pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC).
Autre coupable tout désigné: les "fast food" qui se répandent à vitesse grand-V dans les centres urbains du pays. Les chaînes américaines McDonald's et KFC (Kentucky Fried Chicken) ont chacune des centaines de restaurants implantés dans des centaines de villes chinoises.
"La nourriture pour loisirs, comme les cookies et les chips, sont les aliments les plus populaires dans nos magasins", constate Liang Jianfang, une des responsables de la chaîne de supermarchés de Shanghaï, Hualian Group. Elle reconnaît que les aliments les plus vendus sont aussi les moins sains.
Selon cette responsable, les magasins ne peuvent pas se permettre de rejeter les produits non diététiques puisque les clients les réclament. "Mais moi je conseille à ma fille de ne pas manger trop de poulet frit, pour sa santé", avoue-t-elle.
L'évolution des modes de vie urbains est aussi en cause. Les citadins sont passés d'un mode actif à un mode sédentaire, troquant leur bicyclette pour le métro, la voiture ou le scooter dans leurs déplacements et renonçant à leur traditionnelle promenade du soir pour un programme télé dans un appartement climatisé.
"Manger le soir, devant la télévision, c'est ça le plus gros problème", estime le Dr Jiao Donghai, un diététicien travaillant dans une petite clinique de Shanghaï spécialisée dans la perte de poids.
L'une de ses patientes, Zhou Xiaoguang, 37 ans, a une explication simple à ses problèmes d'obésité: "c'est si dur de ne pas manger trop..."
Associated Press
» Réagissez, Ajoutez votre commentaire !
Articles Relatifs