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Livre : Par une nuit où la lune ne s'est pas levée - Dai Sijie

DAI SIJIE

Copyright © Le Nouvel Observateur - Daweide, le 19-01-2007 00:00
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Livre : Par une nuit où la lune ne s'est pas levée - Dai SijieAprès « Balzac et la petite tailleuse chinoise », l'écrivain franco-chinois, qui a connu les camps de rééducation, part à la recherche de la langue du paradis. Un beau conte initiatique.

I. Résumé du livre

En 1978, une jeune Française se rend à Pékin pour étudier le chinois. Elle rencontre bientôt un jeune Chinois, de père français, ce père était un sinologue réputé, qui lui fait découvrir la culture chinoise. Il ne tarde pas à lui révéler sa préoccupation secrète : retrouver la partie manquante d'un mystérieux manuscrit, découvert par son père et rédigé dans une langue inconnue, dont il n'a pu traduire jusque-là que le début de la première phrase : 'Si par une nuit où la lune ne s'est pas levée.' Ce manuscrit se présente sous la forme d'un rouleau de soie, dont il manque malheureusement la moitié. Selon la légende, il aurait été remis à ses disciples par le Bouddha en personne. A partir de là, aux côtés des deux étudiants, le lecteur va découvrir page après page l'incroyable odyssée du manuscrit, depuis le moment où il quitta les mains de Bouddha jusqu'à sa confiscation par le régime maoïste. Une aventure tragi-comique pleine de rebondissements, dont le moins étonnant n'est pas la crise de folie qui s'empara de Pu Yi, le 'dernier empereur', au cours de son départ pour l'exil, et qui marque un tournant décisif dans l'histoire du rouleau de soie.

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II. Entretien avec Dai Sijie

Il n'a toujours pas compris pourquoi « Balzac et la petite tailleuse chinoise » est devenu un succès mondial. Cependant la notoriété ne semble guère préoccuper Dai Sijie. L'écrivain vient de passer un an enfermé seul pour l'écriture de « Par une nuit où la lune ne s'est pas levée ». Un incroyable récit initiatique qui projette littéralement le lecteur dans une autre dimension. On y suit les pérégrinations d'un jeune homme, Tûmchouq, en quête d'un rouleau sacré. Celles-ci l'amènent sur les traces du père qu'il n'a pas connu, le sinologue français Paul d'Ampère. On retrouve ce dernier dans un stalag maoïste, jouant aux échecs avec l'intellectuel Hu Feng. Dai Sijie s'explique sur ce nouveau livre très différent des précédents.

Le Nouvel Observateur. - Votre roman débute à l'Hôtel de Pékin en 1978, autour d'une réunion sur le scénario du « Dernier Empereur ». A partir de là, vous donnez votre propre vision de Puyi...
Dai Sijie. - J'ai pris pour point de départ un fait réel. Comme un certain nombre de Chinois, j'ai été consulté à l'époque sur le scénario de Bertolucci, mais de manière informelle. J'étais alors étudiant en histoire de l'art. Toutefois, l'objectif de mon livre n'était pas de rétablir la vérité sur Puyi. J'ai utilisé l'histoire vraie de son voyage en avion en partance pour son exil au Japon. Pris d'un coup de folie, il a ouvert la porte de la carlingue en plein vol, il en a jeté des lambeaux d'oeuvres d'art d'une valeur inestimable. A partir de là, j'ai imaginé qu'il avait déchiré et lancé par-dessus bord le morceau d'une relique sacrée du Bouddha. Un rouleau de soie écrit dans une langue disparue, perdue, sans doute un dialecte indo-européen. En inventant ce dialecte, le tûmchouq - auquel le héros du livre doit son nom -, j'ai essayé de transmettre de ma passion pour la langue, et surtout le rêve d'une langue parfaite, idéale, antérieure à toute division, la langue d'avant la tour de Babel, celle du paradis. J'ai développé cette idée déjà évoquée par Dante.
 
N. O. -Ce lambeau de relique sacrée que les héros recherchent est le fragment d'un récit énigmatique.
Dai S. - J'ai utilisé une histoire que l'on m'a racontée enfant et dont je ne connaissais que le début. C'est propre au bouddhisme, ces allégories, ces contes en forme de questions destinées à faire méditer.

N. O. -Votre héros est né comme vous en 1954, l'année du Cheval dans l'horoscope chinois. Sa quête spirituelle n'est-elle pas la vôtre ?
Dai S. - Si. Durant la période où j'étais en camp de rééducation, ma famille ayant été déclarée « ennemie du peuple », je me posais beaucoup de questions sur le monde dont j'étais exclu. J'ai traversé une crise morale. A ce moment-là, je venais d'être chassé d'une troupe de propagande qui m'avait recruté pour écrire des chants révolutionnaires, ce qui me dispensait du dur travail dans les champs et les rizières. Mes textes ont été jugés mauvais, j'ai été dégradé de mes fonctions. Pendant quelque temps, je me suis promené dans cette région du Sichuan, ma province. La montagne Emei attisait ma curiosité. C'est un lieu sacré hérissé de temples. A plusieurs reprises, j'ai gravi cette montagne. A chaque fois, j'y séjournais deux ou trois jours. J'ai fini par connaître quelques moines assez savants qui m'ont initié au bouddhisme. Cette religion était bien sûr interdite par les communistes, et donc très attirante. Aujourd'hui, j'ai pour amis de très grands moines en Chine, mais je ne pratique pas.

N. O. -Votre livre est aussi une réflexion sur la langue comme véritable patrie, puisque vous avez dû vous éloigner de la vôtre.
Dai S. - Exactement. Il y a quelque temps, je me suis dit : J'ai 50 ans et qu'est-ce que je possède en ce monde sinon deux langues, mon dialecte chinois et le français ? J'écris bien le mandarin, mais à l'oral je commets autant de fautes qu'en français. Je suis fasciné par ces savants européens d'autrefois qui sont arrivés en Chine et ont réussi à parler et à écrire notre langue alors qu'il n'existait même pas de dictionnaires. C'est eux qui nous ont déchiffrés. A la faculté, nous lisions leurs livres pour comprendre certains éléments de notre propre culture. C'est pour leur rendre hommage que j'ai créé ce personnage de Paul d'Ampère.

N. O. -Où en sont vos démêlés avec les autorités chinoises ?
Dai S. - Après le succès de mon premier roman, en France et surtout aux Etats-Unis, j'avais envisagé de revenir en Chine et de publier dans ma langue. « Balzac et la petite tailleuse chinoise » a été traduit, accompagné d'une préface critique. Puis j'en ai réalisé une adaptation, et le film a été interdit. Il est cependant devenu l'un des DVD pirates les mieux vendus au marché noir. La presse a critiqué le film en termes très sévères, non parce que je parlais de la révolution culturelle, mais parce que j'y racontais comment la littérature occidentale a changé la vie d'une Chinoise. On m'accuse d'avoir blessé l'amour-propre de notre peuple. Cette fois, j'ai compris que je ne pouvais plus revenir. J'y retourne à l'occasion de projets, ou pour respirer un peu, mais je vis en France. « Le Complexe de Di » a été traduit, puis refusé par la censure. Tous mes films sont interdits.

N. O. -Vous sentez-vous autant cinéaste qu'écrivain ?
Dai. S. - J'ai cru être avant tout un cinéaste. Cependant mes films, « Chine, ma douleur », « Mangeur de lune » et « le Onzième », ont été des échecs lourds. Des années de travail et, à l'arrivée, rien. En dehors de ça, j'éprouve quand j'écris ce sentiment de faire quelque chose qui me dépasse. En tant que réalisateur, je n'ai jamais éprouvé une telle impression. Parce qu'on dépend d'une équipe, que chaque plan doit être expliqué aux autres. Il y a des cinéastes qui ont plus de présence et d'énergie que moi... Et puis je suis myope, ce qui correspond à un champ de vision relativement étroit. Et voyez, dans le cinéma, Woody Allen est le seul myope à avoir réalisé de grands films, encore que sa qualité tienne surtout à son écriture. Malgré tout, j'ai toujours des projets de films. Je pars pour la Chine, où un producteur m'a fait une proposition. Mais, comme toujours, nous restons suspendus aux autorisations.

Prix éditeur : 18 euros
Editeur : Gallimard
Publication :11/1/2007
ISBN : 9782070779637
320 pages
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Dai Sijie (son nom est Dai) est né en 1954, en Chine. Fils de médecin, donc « ennemi du peuple », il est envoyé en « rééducation » de 1971 à 1974. En 1984, il vient en France étudier le cinéma et s'y installe. On lui doit cinq films, dont « Balzac et la petite tailleuse chinoise » (2002), adaptation de son premier roman, suivi du « Complexe de Di » (2003).

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