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Les relations franco-chinoises

Copyright © Chine Informations - Daweide, le 09-01-2004 00:00
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40 ANS : L'AGE DE LA MATURITE
Le 27 janvier 1964, « le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République Populaire de Chine ont décidé d'un commun accord d'établir des relations diplomatiques. Ils sont convenus à cet effet de désigner des ambassadeurs dans un délai de trois mois ».
LE SOUFFLE DE L'HISTOIRE

Publié simultanément à Paris et Pékin, ce communiqué conjoint, fruit de « la raison et de l'évidence » selon les propres termes du général de Gaulle, permit à la France d'être le premier grand pays occidental à nouer des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine.

Décidé dans son principe dès l'été 1963, ce texte fut l'aboutissement d'un intense ballet diplomatique entre Paris et Pékin où furent dépêchées deux missions rapprochées. En septembre 1963, Guillaume Georges-Picot, président de la section Extrême-Orient du C.N.P.F et ancien ambassadeur de France à l'O.N.U. fut reçu par le premier ministre Zhou Enlai. Un mois plus tard, Edgar Faure, représentant personnel du général de Gaulle, rencontrait le président Mao Zedong et mettait au point un protocole d'accord qui fut finalisé quelques mois plus tard à… Berne, par Jacques de Beaumarchais, directeur d'Europe au Quai d'Orsay, qui mena des négociations dans la plus grande discrétion avec l'ambassade de Chine en Suisse.

L'installation de la nouvelle représentation française à Pékin fut réglée en quelques semaines. Entouré d'une communauté d'une cinquantaine de Français résidant, un agent consulaire de l'ancienne ambassade de France, Augustin Quilichini, demeuré sur place depuis 1949, prépara le terrain. Nommé chargé d'affaires, Claude Chayet, qui devait devenir quelques années plus tard ambassadeur de France en Chine (1979-1982), prit ses fonctions le 12 février 1964. Muni du strict nécessaire -« papier en tête, une machine à écrire et les codes du chiffre »- et secondé par une équipe légère, « un petit groupe de volontaires réunissant un adjoint sinisant, un chiffreur, un agent administratif et une secrétaire », il fut reçu dès le surlendemain de son arrivée par le maréchal Chen Yi, vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, avant de rencontrer quelques jours plus tard, le Secrétaire général du Parti Communiste, Deng Xiaoping. Ancien Ministre de l'Education nationale, Lucien Paye, premier ambassadeur de France en République Populaire de Chine, s'installa dans son poste le 27 avril 1964. L'utilisation de l'hôtel particulier qui abritait l'Ambassade de France avant 1949 n'étant plus possible, la nouvelle chancellerie s'installa dans le quartier de Sanlitun. Ce n'est que plus tard, respectivement en 1981, 1991, et 1998, que la France qui eut jadis jusqu'à 32 postes en Chine, ouvrit des consulats généraux à Shanghai, Canton et Wuhan.

Geste politique par excellence, maintes fois salué par les dirigeants chinois, la décision historique du général de Gaulle, ouvrit non seulement la voie à une relation bilatérale diversifiée, qui se développa vraiment à partir de la fin des années soixante-dix, mais contribua également au retour de la Chine sur la scène internationale. L'antériorité de la représentation française à Pékin permit à la France de contribuer à l'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et des pays aussi divers que les Etats-Unis, l'Italie, le Japon, la Malaisie, l'Inde et l'Afghanistan, et de jouer un rôle important dans la conclusion de la guerre du Vietnam. En juillet 1972, Maurice Schumann fut parmi les ministres des Affaires étrangères occidentaux, le premier reçu en République Populaire de Chine. De même, la visite du président Georges Pompidou en septembre 1973, fut le premier voyage officiel d'un chef d'Etat occidental en R.P.C. C'est en France que Deng Xiaoping, alors vice-Premier ministre, effectua en 1975 la première visite en Occident d'un haut dirigeant chinois depuis la fondation de la R.P.C. C'est notamment à l'occasion de cette visite que furent décidés la création d'une commission mixte pour les affaires économiques et le principe de consultations entre ministres des Affaires étrangères sur les grands dossiers de politique internationale.

L'EPOQUE DES QUESTIONS

Après un début prometteur au lendemain de l'établissement des relations diplomatiques, les échanges franco-chinois furent de fait « interrompus » en raison de la Révolution culturelle (1966-1976). Chargé dès avril 1969 par le général de Gaulle d'en « rétablir la substance », l'ambassadeur Antoine Manac'h (1969-1973) fut le témoin d'une période dont les milieux intellectuels français ne furent pas les derniers à ressentir les effets, comme si la France, depuis toujours fascinée par la Chine, restait, en dépit des accidents de l'histoire et au-delà des relations officielles, le creuset de « l'Europe chinoise » décrite par Etiemble. C'est sous la présidence de Georges Pompidou que les fils de la relation furent renoués dans les domaines politique, culturel et économique. La visite de Maurice Schumann à Pékin permit une reprise des échanges universitaires et scientifiques. Celle du président Pompidou déboucha sur la relance des échanges d'étudiants en langues. L'effort fut poursuivi en 1978 par la signature d'un accord de coopération culturelle et technique, le premier conclu par la Chine avec un pays étranger, qui déboucha notamment sur un important programme de traductions de part et d'autre. 1978 vit la visite à Pékin de Raymond Barre, premier chef de gouvernement français à se rendre en République Populaire de Chine.

Malgré l'approfondissement de la relation bilatérale, souhaitée par les deux pays, la fin de la Révolution culturelle marqua également celle de la « spécificité » française en Chine : le Japon et les Etats-Unis établirent des relations diplomatiques avec la R.P.C en 1972 et 1979. Dès 1966, l'Allemagne de l'Ouest, qui ne reconnut pourtant la R.P.C qu'en 1973, était devenue pour elle un partenaire commercial prépondérant en Europe. Prêtée à Zhou Enlai, reprise par plusieurs dirigeants chinois de l'époque, la formule selon laquelle « la Chine octroierait l'avantage commercial à la France à prix et qualité similaires », ne se traduisit pas dans les faits. L'ouverture de la Chine et le développement de ses échanges commerciaux avec l'étranger marquèrent l'avènement d'un nouveau pragmatisme chinois, qui conduisit Pékin, au-delà des déclarations de principe, à dissocier commerce et politique, et à diversifier ses approvisionnements. Spécialité du commerce extérieur français, les « grands contrats » d'équipements devinrent la marque de fabrique des échanges commerciaux franco-chinois. Insuffisants pour instaurer une relation commerciale équilibrée, ils permirent néanmoins à la France de souligner la spécificité de sa démarche qui, au-delà du commerce courant, témoignaient de sa volonté de participer à la modernisation de la Chine, et préfiguraient sa volonté de s'engager dans de véritables partenariats industriels et technologiques avec ce pays.

Les années quatre-vingt virent un indéniable renforcement de la relation bilatérale franco-chinoise marquée par les visites en Chine du président Valéry Giscard d'Estaing et du président François Mitterrand, respectivement en octobre 1980 et mai 1983, et par les visites en France du Premier ministre Zhao Ziyang en mai 1984, et du Président Li Xiannan en novembre 1987.

Passé le cap des évènements de Tian'An Men en 1989, qui affectèrent durement la relation euro-chinoise, et l'épisode de la vente d'équipements à Taiwan, la normalisation des relations bilatérales, préparée dès l'été 1993, fut consacrée par l'adoption du communiqué conjoint du 12 janvier 1994 et par la visite à Pékin du premier ministre Edouard Balladur en avril 1994, suivie en septembre par le voyage en France du Président Jiang Zemin qui effectuait son premier déplacement en Europe en tant que chef d'Etat. Un mécanisme institutionnel de concertation bilatérale sur les questions politiques fut rétabli à partir de 1996, année au cours de laquelle les deux ministres des Affaires étrangères se rencontrèrent à cinq reprises.

LE PARTENARIAT GLOBAL

Souhaités personnellement par le Président de la République Jacques Chirac, l'approfondissement et le renouvellement de la relation bilatérale se concrétisèrent le 16 mai 1997, dans le cadre de sa première visite en Chine en tant que chef d'Etat, par la signature de la déclaration conjointe pour un partenariat global. Fixant des objectifs ambitieux de rapprochement politique, économique et culturel, cette déclaration a ouvert une nouvelle ère dans la relation bilatérale désormais caractérisée par des échanges denses au plus haut niveau.

C'est la France que choisit Zhu Rongji pour effectuer en avril 1998 sa première visite bilatérale en tant que chef de gouvernement. La visite en Chine du Premier ministre M. Lionel Jospin en septembre 1998, fut l'occasion de signer une déclaration conjointe sur la coopération financière, une première pour la Chine. En octobre 1999, le Président Jiang Zemin effectua une nouvelle visite en France, suivie un an plus tard par la deuxième visite en Chine du Président Chirac qui fut l'occasion d'engager de nouveaux développements dans notre partenariat, concrétisés par la mise en place d'un dialogue stratégique franco-chinois et d'un « téléphone rouge » entre Paris et Pékin. En novembre 2001, M. Hu Jintao, alors Vice-Président de la R.P.C. effectua sa première visite officielle en France, suivie en septembre 2002 par la deuxième visite dans notre pays du Premier ministre Zhu Rongji. Alors que la Chine traversait une phase difficile en raison de l'épidémie de pneumonie atypique, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin manifesta la solidarité de la France et son attachement à l'approfondissement de la relation bilatérale, en maintenant sa visite officielle à Pékin en avril 2003. Deux mois plus tard, alors que la situation sanitaire de la Chine n'était pas totalement réglée, le Président Hu Jintao, répondant à l'invitation du Président Chirac, participa au sommet élargi du G8 à Evian, inaugurant sous présidence française et au plus haut niveau la présence de la Chine dans une des dernières grandes enceintes de concertation multilatérale où elle n'était pas encore représentée. Intervenant simultanément dans le cadre de l'Anée de la Chine en France et à l'occasion du 40ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques, la prochaine visite en France du Président Hu Jintao confirmera la qualité de la relation franco-chinoise et la volonté conjointe des deux parties de la placer au cœur de la relation euro-chinoise.

Considérée comme un axe essentiel de la politique asiatique dessinée par le Président Chirac dans son discours de Singapour, prononcé en février 1996 à l'occasion du sommet inaugural de l'ASEM, la relation franco-chinoise est en effet devenue un moteur de la relation euro-chinoise. Repris par le Conseil européen, le concept de partenariat global a débouché en 1998 sur la communication de la Commission intitulée « Vers un partenariat global avec la Chine », qui s'est notamment illustré lors du sommet européen tenu à Pékin sous présidence française en octobre 2000 en présence du Président Chirac. Engagé dès 1991 dans le cadre bilatéral, le dialogue sur les droits de l'homme a ouvert la voie à une nouvelle approche européenne sur le sujet à partir du printemps 1997 en permettant l'établissement d'un dialogue euro-chinois régulier, au niveau des experts et des juristes, sur les droits de l'homme et l'Etat de droit, qui doit être poursuivi et approfondi afin d'aboutir à des résultats plus concrets.

ET DEMAIN….

Propice au bilan, le quarantième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques, qui sera symboliquement marqué à Paris par l'illumination en rouge de la Tour Eiffel et par un grand défilé sur les Champs Elysées, sera aussi l'occasion de dresser les perspectives d'une relation qui pour être globale n'en est pas moins perfectible. Riche de son bilan, cette relation est résolument tournée vers l'avenir :

1/ Maître mot du partenariat global, la réaffirmation de la multipolarité est l'occasion de tirer partie des interdépendances et des logiques coopératives qu'elles induisent. La gestion de « l'après 11 septembre », la lutte contre le terrorisme, la reconstruction de l'Afghanistan, la crise en Irak et la seconde guerre du Golfe ont permis de souligner les convergences franco-chinoises, notamment dans le cadre onusien. Le dialogue stratégique a ouvert des pistes communes sur des thèmes comme la gestion des crises régionales, le désarmement et la non-prolifération, et le maintien de la paix. Promouvoir le développement durable et la protection de l'environnement, soutenir un commerce international équilibré, encourager la diversité culturelle, et renforcer la coopération en faveur de l'Etat de droit constituent les axes de l'action que la France souhaite privilégier dans sa relation bilatérale avec la Chine pour contribuer à la résolution des enjeux globaux.

2/ La réciprocité étant la clé d'une relation épanouie, le rééquilibrage des échanges économiques et commerciaux constitue une priorité. Malgré une reprise des exportations françaises, la Chine demeure le deuxième déficit bilatéral de la France (7,9 milliards € en 2002). Deuxième exportateur européen vers la Chine après l'Allemagne, la France n'est créditée que de 1,4% du marché chinois, loin derrière l'Allemagne. Troisième investisseur européen en Chine, les entreprises françaises ont pourtant fait résolument le « pari chinois ». Tous les grands groupes ont développé leurs activités en Chine – PSA, EDF, Alcatel, Michelin, Totalfina-Elf, Rhodia, Lafarge, Saint-Gobain, Thomson, Schneider, Alstom, Carrefour, Ondéo, Vivendi, Snecma, Thales, Danone, L'Oréal…..- et sont parfois liés à de grands projets d'infrastructures (nucléaire avec les centrales de Daya Bay et de Ling Ao, métros, traitement de l'eau). Œuvre de plus de 500 entreprises différentes, plus de 900 implantations françaises sont aujourd'hui recensées en Chine où elles emploient plus de 150 000 personnes. Avec plus de 6 000 ressortissants immatriculés (hors Hong Kong), la communauté française de Chine est la première en Asie.

Outre la priorité donnée aux grands partenariats industriels que la France souhaite développer avec la Chine notamment dans les secteurs de l'énergie, en particulier du nucléaire, des transports terrestres ferroviaires et urbains, de l'aéronautique, et de l'environnement, l'accent doit être mis sur une présence plus marquée des PME-PMI et sur la recherche systématique des synergies entre les entreprises, les universités, les établissements de recherche et les collectivités territoriales, au service d'une véritable stratégie commune dans les domaines industriels et technologiques. L'ouverture de nouveaux secteurs du marché chinois initiée à l'occasion de l'adhésion de la Chine à l'O.M.C. doit également permettre à nos entreprises de progresser, notamment dans les domaines agricole et agroalimentaire.

3/ Symbole d'une curiosité réciproque entretenue du côté français par une sinophilie construite au fil des siècles par des missionnaires, des diplomates aventuriers, des grands poètes, des scientifiques, des journalistes, et des universitaires, le succès de l'Année de la Chine en France, ouverte le 6 octobre 2003, est l'écho populaire du partenariat global. Au-delà des échanges culturels, amenés à se développer, l'Année de la France en Chine (octobre 2004-juillet 2005) devra être l'occasion de souligner l'image d'une France ouverte sur la modernité et la technologie. Dans ce cadre, deux axes devront orienter les priorités de la coopération culturelle, scientifique et technique :
- rendu possible par la création en réseau du Centre d'Evaluation Linguistique et Académique (CELA), le développement de la coopération linguistique et des échanges d'étudiants est au cœur de la coopération universitaire, un des piliers les plus prometteurs de la relation franco-chinoise. Faisant écho au développement des sections orientales dans des collèges et lycées en France, le français est enseigné dans 215 établissements chinois avec l'appui de 160 lecteurs francophones. Implantée à Pékin, Shanghai, Wuhan, Canton, Nankin et Chengdu, l'Alliance française dispose d'un ambitieux programme de développement en Chine. Les 10 000 étudiants chinois qui fréquentent les établissements français, constituent déjà la troisième communauté universitaire étrangère en France. Leur nombre est amené à augmenter rapidement.
- centrée sur des domaines clés comme les sciences et technologies de l'information et de la communication et les sciences de la vie, la coopération scientifique est amenée à se développer fortement.

Parvenue à l'âge de la maturité, la relation franco-chinoise est désormais confrontée à un double défi :
- dotée d'un cadre politique cohérent, elle doit traduire dans l'action concrète les principes qu'elle est parvenue à définir ;
- fort de ses acquis, le partenariat ne sera véritablement global que lorsque toutes les composantes de la société y seront associées.

Dans cette perspective, les échanges de jeunes et l'essor du tourisme , récemment encouragé par la conclusion de l'accord A.D.S (destination touristique agrée) entre l'Europe et la Chine, devront être complétés à l'avenir par la multiplication des contacts entre O.N.G, associations et représentants de la société civile, dont la prise en compte est essentielle à la « mondialisation solidaire » que la France appelle de ses voeux.

Thierry MATHOU - www.ambafrance-cn.org
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Les relations franco-chinoises
, le 29 mars 2007 à 09:54
Bon avenir
Vive l'amitié franco-chinoise!
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