Les chrétiens "clandestins" de Chine redressent la tête. Ils étaient 7 000 à avoir bravé les interdictions pour assister, lundi 17 octobre, dans les rues de Zhangjiatai, village de la province centrale de Hubei, aux obsèques de Mgr Pierre Chang Bairen, héros de la résistance catholique. Il avait passé vingt-quatre années - de 1955 à 1979 - dans les geôles chinoises pour avoir refusé de rejoindre la seule Eglise autorisée, dite "patriotique", aux ordres du pouvoir.
Dès la mort de Mgr Chang, le 12 octobre, le gouverneur de la province de Hubei interdit les funérailles publiques. La police sillonne les paroisses, officielles et clandestines, pour dissuader les fidèles d'aller rendre un dernier hommage au populaire évêque disparu. Mais, devant les craintes de réaction à l'étranger, le bureau local des affaires religieuses se ravise et autorise, sous conditions, une cérémonie d'ampleur limitée.
Celle-ci a tourné à la confusion du régime chinois. Des milliers de fidèles convergent vers le village natal de Mgr Chang. Quinze prêtres président les obsèques, qui durent de 9 heures du matin jusqu'au soir. L'emploi du mot "évêque" a été interdit, au seul profit des mots "prêtre" ou "vieux prélat". Mais, dans l'église, les chrétiens déploient une banderole à la mémoire de "Mgr Pierre Chang, évêque non officiel du diocèse de Hanyang".
Durant l'homélie, dans une église espionnée par des officiers de sécurité, le Père Chen, le plus vieux prêtre du diocèse, loue le disparu, "un évêque courageux, fidèle au pape, qui a vécu toute sa vie dans la fidélité à Dieu et à l'Eglise universelle, sans abandonner sa foi devant les menaces du pouvoir politique". Comme l'imposent les lois locales, et sans que les fidèles puissent s'y opposer, le corps de Mgr Chang est incinéré, mais l'urne des cendres sera conservée sous l'autel.
Une Eglise "officielle" et une Eglise des "catacombes" cohabitent depuis la Révolution chinoise. On estime à une quarantaine le nombre des évêques clandestins, en prison, en résidence surveillée ou en fuite. Le Vatican plaide pour une réunification des deux Eglises, mais Pékin n'entend pas renoncer au contrôle des communautés croyantes. C'est l'enjeu d'une lutte qui oppose, depuis la rupture des relations diplomatiques en 1957, les papes successifs et l'un des derniers régimes au monde à réprimer aussi férocement la liberté de croyance religieuse.
Lemonde.fr
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