Les Chinois premières victimes de la contrefaçon ?
COPIE
Vouée aux gémonies comme l'antre de la contrefaçon internationale, la Chine a récemment multiplié déclarations et opérations coups de poing pour prouver sa volonté d'enrayer un phénomène dont elle est en fait une des premières victimes.
Car contrairement aux idées reçues, les plus touchés par ce type de violations ne sont pas les grands noms du luxe, ni même les étrangers.
"Les premières victimes sont chinoises: 97% des litiges sont sino-chinois", explique un diplomate européen spécialiste des questions de propriété intellectuelle.
"Il est vrai qu'en Chine tout le monde copie tout le monde, que l'innovation va vite être reproduite", reconnaît un avocat.
Ce que confirment les statistiques chinoises: la contrefaçon touchant des sociétés étrangères représentait moins de 10,5% des cas mis au jour en 2004, avec "5.401 enquêtes en rapport avec des marques étrangères" sur un total de 51.851 cas de violation réprimés.
Les alcools chinois prestigieux ont autant de souci à se faire que Moët Hennessy, qui gagnait en novembre un procès contre les distributeurs d'un cognac "Hanlissy".
Ils ont à lutter contre de purs faux, avec des cas plus dramatiques d'alcool remplacé par du méthanol.
Quant aux faux médicaments, selon Transparency International, ils ont tué 192.000 personnes en Chine en 2005.
Le phénomène est toutefois difficile à mesurer: les titulaires de droits dans l'agroalimentaire ou la pharmacie ne communiquent pas, de peur d'effrayer le consommateur.
Quant à l'industrie du luxe, "selon les douanes européennes, elle représente moins de 10% des saisies. Le piratage touche plutôt des PME innovantes, ne sachant pas se protéger", explique l'expert européen. Avec de plus en plus de contrefacteurs versant dans la technologie.
"En fait, plus aucun secteur n'est épargné. Aujourd'hui, on trouve aux Etats-Unis de faux clubs de golf qui n'existaient pas il y a cinq ans", indique un avocat de Shanghai en relation avec le Comité de protection des marques de qualité (QBPC), association de 140 multinationales.
A l'automne dernier, une opération permettait de saisir en Chine pour 5 millions de dollars de matériel de golf.
Peu avant, la prise avait été de 440.000 fausses pillules anti-pannes sexuelles (type Viagra) ou cholestérol.
Les autorités centrales lancent régulièrement de tels coups de filet, affichant leur volonté de lutter contre le phénomène. Même si celle-ci n'est pas toujours partagée à l'échelon local où l'on considère parfois le copiage comme la riposte légitime des Chinois "pauvres" aux "monopoles" des multinationales.
Car la Chine a des ambitions : cesser d'être "l'usine du monde" pour entrer dans une économie du savoir, redorer son blason pour attirer davantage de savoir-faire étranger et de transfert de technologie. Bref, passer du "Fait en Chine" à "l'Inventé en Chine".
"Il faut accroître la protection de la propriété intellectuelle et faire que les ressources intellectuelles mondiales convergent sur la Chine", plaide ainsi ainsi Tian Lipu, du Bureau d'Etat pour la propriété intellectuelle.
Pour les observateurs, plus la Chine aura elle-même à protéger de brevets et marques, plus elle sera féroce dans la chasse aux contrefacteurs, à l'instar d'autres pays asiatiques. "Dernière de la classe à une époque en la matière, la Corée à aujourd'hui beaucoup à défendre en matière de propriété", souligne le diplomate occidental.
Pour l'heure "99% des sociétés en Chine n'ont jamais demandé de brevet/droits d'exploitation. Seules 40% possèdent une marque", déplorait la semaine dernière la vice-Premier ministre Wu Yi, en appelant les entrepreneurs chinois à jouer un rôle actif dans la protection des droits de propriété intellectuelle.
Sur le même sujet...
- [18/03/12] Les auteurs chinois demandent des indemnités à Apple pour piratage
- [24/04/12] La Chine détruit un lot de vodka importée contrefaite
- [18/03/12] Philippines : une entreprise chinoise fait un don de 30 000 dollars...
- [29/04/12] Effondrement d'un bâtiment en construction en Chine : le bilan des...
- [10/05/12] Matières premières industrielles présumées responsables de cas de...






boutique




