Michelle Schneider est une jeune chrétienne allemande de 21 ans qui travaille en Chine. Elle ne s’attendait pas à trouver autant d’églises ouvertes au public à Beijing, ni à ce que les pratiquants chinois se réclament aussi ouvertement des enfants de Jésus. En arrivant en Chine, Michelle pensait que c’était illégal d’être chrétien ; depuis, elle croise quotidiennement des lecteurs de la Bible, en anglais comme en chinois.
À la fin de 2006, la Chine avait publié 43 millions de copies du livre sacré, y compris dans la langue de huit des minorités ethniques. Michelle se souvient que ses amis, en Allemagne, étaient sceptiques quand à l’illumination de la Chine, mais qu’ils ont tous dû se rendre à l’évidence après être venus la visiter.
Cet été, l’Église protestante de Chine tiendra en Allemagne une exposition de Bibles, pour la première fois en Europe, après deux tentatives en 2004 et 2006 à Hongkong et aux États-Unis. Du 6 au 10 juin, avec l’aide de l’Église évangélique d’Allemagne et de l’Église évangélique luthérienne de Bavière, une impressionnante collection de Bibles anciennes et d’objets d’art chrétiens sera présentée à la Kirchentag de Cologne.
Ce sera la première fois qu’une église chinoise participe officiellement à la Kirchentag, la plus importante manifestation protestante en Europe, qui a lieu tous les deux ans dans une ville d’Allemagne différente. Avec près de 150 000 participants allemands, et plus de 4 000 étrangers, c’est un événement œcuménique majeur. À cette occasion, une édition bilingue allemand-chinois de l’Évangile de Luc sera distribuée aux visiteurs. Une délégation menée par Cao Shengjie, président du Conseil des chrétiens de Chine, va également écumer l’Allemagne.
« Le but de cette exposition est de témoigner de la relative liberté dont jouissent les protestants de Chine et leur amour profond pour la Bible, explique Cao. Nous souhaitons aussi promouvoir la compréhension entre les deux peuples. » L’exposition s’intitule Une lampe sous mon pied, une lumière sur mon chemin et retrace l’histoire de la pénétration de la Bible en Chine puis sa diffusion depuis les années 1980.
Le christianisme est entré une première fois en Chine au 7e siècle, sous la dynastie des Tang (618-907). Mais, inapte à s’intégrer à la culture et à la société chinoises, il n’est pas parvenu à se développer et disparut totalement dans l’est du pays. Il fait sa réapparition au 19e siècle, sous l’impulsion des missionnaires étrangers qui traduisent et éditent des Bibles.
Le retour du christianisme n’est pourtant pas accueilli avec soulagement par la plupart des Chinois, puisqu’il porte avec lui l’image des guerres et de l’invasion des puissances étrangères, qui généra même un conflit aigu entre les églises chrétiennes et les locaux. Le message d’amour et de bénédiction de la religion est corrompu. C’est pour cela que le christianisme n’a pas fait bonne impression sur les Chinois, et en 1949, on compte moins de 700 000 fidèles à travers le pays.
Après la fondation de la Chine nouvelle, les chrétiens initient un mouvement d’auto- administration, auto-financement et auto-propagation. En 1954, le Comité national du Mouvement patriotique pour la triple autonomie des protestants chinois est créé, dans le but d’éviter aux églises chinoises les influences des organisations religieuses étrangères.
Beaucoup de chrétiens affirment que leur foi a renforcé leur amour pour la Chine. « Lorsque je lis la Bible, confesse Hu Xiaoxiao, étudiante d’une université de Beijing, il me semble que le patriotisme parcourt le livre tout entier, et que beaucoup d’images renvoient au sacrifice de soi-même. » Elle admet que la lecture de la Bible a toujours déterminé sa conduite. « Le christianisme, rappelle-t-elle, enseigne qu’il faudrait toujours traiter les autres comme soi-même, avec amour. »
Pourtant, il y a encore deux ans, la Bible n’était qu’un livre de référence comme les autres, pour perfectionner l’anglais de Hu. Mais chaque lecture la conforte un peu plus dans le courage et la foi de Jésus qu’elle admire toujours davantage. À ses yeux, c’est carrément une clé pour comprendre le fonctionnement de l’univers.
De nombreux Chinois travaillent à traduire la Bible. L’écrivain Feng Xiang, non croyant et résidant aux États-Unis, s’est attaqué à la version chinoise il y a six ans. Il estime que le langage original est simple, fort et passionné, mais que certaines versions chinoises perdent en poésie. C’est pour cela qu’il s’est attelé à l’ouvrage.
La Bible n’est pas seulement source d’inspiration pour les chrétiens. Même pour les infidèles, elle constitue, à l’image des fables grecques, une ouverture historique et religieuse vers l’Occident, mais aussi un concentré de sagesse, de mythes et de philosophie qui influence chaque jour un peu plus de mortels.
Tang Yuankai
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