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Le Tibet se développe mais reste la région la plus pauvre de Chine

TSETANG, Chine (AP) - La ville de Tsetang, comme une grande partie du sud du Tibet, connaît un fort développement économique lié à l'afflux des migrants chinois, une nouvelle prospérité qui est loin de profiter à tous, la misère restant très présente.

Tsetang, la troisième ville du Tibet, est en plein boom. Mais de nombreux Tibétains, notamment ceux qui vivent en exil, craignent que la culture unique du "toit du monde", qui a déjà souffert de plus de cinquante ans d'occupation chinoise, ne soit un peu plus affectée par cet afflux d'argent et de migrants.

De nombreux Chinois de l'intérieur ou Hans, l'ethnie majoritaire du pays, sont attirés au Tibet par des salaires élevés et d'autres avantages accordés par le gouvernement de Pékin.

Comme de nombreuses autres localités tibétaines, Tsetang ressemble déjà à une de ces innombrables petites villes chinoises de province avec ses immeubles de bureaux quelconques. La prostitution s'affiche ouvertement. Des Chinoises parlant avec l'accent du Sichuan hèlent le client depuis l'entrée de petits lupanars éclairée de lumières fluorescentes roses.

Les publicités sont presque toutes rédigées en chinois, alors que sur les enseignes des magasins, le tibétain ne subsiste qu'en petits caractères au-dessus de grands idéogrammes chinois, généralement de couleur rouge. Le chinois et le tibétain sont deux langues totalement différentes.

Les changements en cours semblent toutefois favoriser la vie en commun entre Tibétains et Hans. "Nous nous sommes habitués à la région. Les Tibétains sont comme nous", déclare Li Yingyuan, un migrant de la province du Sichuan (ouest) qui dirige depuis trois ans un magasin de meubles à Tsetang.

Les autorités chinoises affirment que les Tibétains sont toujours très largement majoritaires dans la province. Mais Lhassa, la capitale, et d'autres villes se sinisent de plus en plus. A Tsetang, les Hans sont ainsi 18.000 sur une population de 58.000 habitants. Les mariages mixtes entre Tibétains et Chinois sont également nombreux.

Une campagne de Pékin pour développer l'ouest de la Chine s'est traduite par un afflux d'investissements au Tibet. Le commissaire régional de Tsetang souligne que la ville devrait continuer à bénéficier d'une forte croissance dans les années à venir après les 17% enregistrés l'an dernier.

Le Tibet reste toutefois la région la moins développée de Chine, selon les critères de l'ONU en matière de développement, l'espérance de vie et l'instruction en particulier.

Les vieux quartiers tibétains de Tsetang sont délabrés et jonchés de détritus. Des enfants au visage sale mendient des crayons ou des pièces de monnaie dans les rues. La misère est toujours bien présente au Tibet bien que la Chine y a investi beaucoup depuis le début de son occupation en 1951.

Pékin affirme que la "région autonome" est un territoire chinois depuis plus de 700 ans et ne tolère aucune remise en cause de son pouvoir sur ce vaste "Far West" peu peuplé considéré comme une zone stratégique face à l'Inde et au Pakistan. Les défenseurs des droits de l'homme accusent la Chine d'y violer les droits de l'homme en réprimant sévèrement toute menée indépendantiste. Les moines et les nonnes sont particulièrement dans le collimateur des autorités.

Pékin a réprimé en 1959 un soulèvement populaire contre l'occupation chinoise provoquant le départ en exil du dalaï-lama, le chef spirituel des bouddhistes tibétains et chef d'Etat de fait, écrasant des manifestations contre la tutelle chinoise il y a une décennie.

Craignant des ennuis avec les autorités, la plupart des Tibétains restent très prudents lorsque la discussion porte sur les Chinois. "Ils prennent les bons emplois et c'est dur pour nous", confie un conducteur de cyclo-pousse. AP

 

Le 28 août 2003
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