Pékin pourrait être accusé de «manipulation» monétaire dans le rapport du Trésor américain sur les politiques de changes dans le monde, publié le mois prochain à Washington.
LE SECRÉTAIRE américain au Trésor, John Snow, doit quitter aujourd'hui le sol chinois, après une semaine de visite. Une semaine passée à essayer de convaincre les dignitaires chinois de réévaluer le yuan. Sans grand succès.
Hier, il a de nouveau exhorté les autorités chinoises à revoir leur position sur ce dossier sensible, afin de désamorcer les tendances protectionnistes de certains parlementaires américains : «Il y a des signes clairs que la Chine bouge» sur une série de thèmes économiques et financiers, mais il faut que nous voyions du mouvement. Ne nous trompons pas là-dessus. Le Congrès va exiger des mouvements visibles.»
Un avertissement à peine voilé, alors que le résultat des entretiens qu'il aura eus tout au long de cette semaine doit alimenter le rapport semi-annuel que le Trésor américain doit publier début novembre sur les politiques de changes dans le monde.
Ce texte, très attendu compte tenu de l'irritation grandissante du Congrès à l'égard de la Chine, pourrait, à la demande expresse de parlementaires américains, accuser, pour la première fois explicitement, Pékin de «manipulation» monétaire.
Pour John Snow, une formulation aussi brutale serait «regrettable», mais «elle bénéficie d'un certain soutien. Nous devons reconnaître cela»... Les Chinois n'ignorent pas que le Congrès a proposé récemment d'imposer des droits de douane de 27,5% sur toutes les importations chinoises et qu'un rapport plus musclé que d'habitude pourrait annoncer des sanctions.
Le yuan doit bouger comme le dollar
La menace ne date pas d'hier. En mai dernier, lors de la précédente livraison du rapport, la Chine avait échappé de peu à ce qualificatif peu flatteur de «manipulateur de taux de change». Après deux années de pressions continues, Pékin rompait en juillet dernier le lien qui liait le yuan au dollar depuis onze ans et réévaluait modestement sa monnaie de 2,1%. Trop peu, aux yeux des parlementaires et des lobbies industriels américains qui continuent d'accuser Pékin d'être à l'origine du déficit commercial record des Etats-Unis avec la Chine. Snow l'a redit hier : «Le yuan doit bouger comme le dollar, l'euro et les autres devises qui flottent librement» Un «renmibi» (le nom officiel du yuan) plus soumis aux forces du marché, insiste-t-il, constituerait une arme bien plus efficace pour défendre l'économie chinoise.
Le secrétaire au Trésor a volontairement élargi le champ des discussions au-delà de la seule question des changes. Selon lui, la Chine devrait s'ouvrir plus, moderniser ses marchés financiers, lutter contre la fraude et renforcer la surveillance financière.
A défaut d'une nouvelle réévaluation, un engagement ferme en ce sens, de la part de Pékin, pourrait avoir des effets positifs : le Trésor américain pourrait justifier une certaine clémence dans le prochain rapport. Et expliquer au Congrès les retombées positives, pour les entreprises américaines et pour la stabilité mondiale, d'une Chine plus ouverte. Pékin a jusqu'au 17 novembre pour réagir.
Lefigaro.fr
» Réagissez, Ajoutez votre commentaire !
Articles Relatifs