Le Projet de sauvetage du patrimoine folklorique porté à l'échelle nationale
PATRIMOINE FOLKLORIQUE
"Il s'agit de ne pas trahir nos ancêtres et de faire du bien aux générations à venir", a déclaré Feng Jicai, président de l'Association des artistes populaires de Chine, pour résumer l'importance de ce projet de sauvetage. Il a en outre indiqué que pour les hommes de science orientaux, la préservation de la culture orientale fait partie de leurs obligations fondamentales.
On apprend qu'à partir de cette année, le Projet de sauvetage du patrimoine folklorique sera étendu à l'ensemble du pays.
M. Jin Zhilin, professeur à l'Institut central des Beaux-Arts de Chine, est atterré de voir disparaître à un rythme accéléré les trésors de la culture folklorique traditionnelle : pendant les années 70 et 80 du siècle dernier, lors d'une enquête sur le folklore du Plateau de loess du Shaanxi du Nord, il avait trouvé, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des grottes habitées, une multitude de papiers découpés servant soit à la décoration des fenêtres, soit de motifs pour la broderie. Or, quand il est revenu sur les lieux il y a deux ans, ces papiers découpés avaient presque entièrement disparu !
Même dans un village reculé du Plateau de loess situé au bord du fleuve Jaune, il n'a plus trouvé la moindre trace ni d'estampes de Nouvel An ni de motifs de broderie. En pénétrant par hasard dans une grotte encore habitée, il a eu la désagréable surprise de découvrir sur ses parois une vingtaine d'affiches aux couleurs criardes de top modèles occidentaux en tenue d'Adam et Eve. "Voilà le pain quotidien de notre population, qui a pourtant derrière elle une civilisation plusieurs fois millénaire. Une situation aussi déplorable ne mérite-t-elle pas une sérieuse réflexion de notre part ?" demande-t-il.
La disparition du folklore traditionnel se poursuit à un rythme fulgurant : ayant recensé il y a 20 ans quelque 2 500 troupes d'ombres chinoises réparties dans les régions rurales et urbaines lorsqu'il étudiait le théâtre d'ombres dans tout le pays, le professeur Jin Zhilin n'en trouve aujourd'hui que moins de 250. La plupart de leurs accessoires ont été revendus à des collectionneurs ou à des touristes comme souvenirs à Beijing ou dans le reste du monde. Selon une enquête menée par M. Yu Weiren, vice-président de la Fédération des hommes de lettres et des artistes de la province du Guizhou, chez les Dong, de nombreux jeunes ne savent même plus ce que sont les tours du tambour et les "passerelles d'épreuve" et la plupart ne savent plus chanter les chansons de leur peuple. Depuis les années 90, en dehors des fêtes traditionnelles, on ne met plus que très rarement les tenues et parures d'argent traditionnelles. Cette indifférence à l'égard de la culture folklorique a entraîné une dislocation rapide du patrimoine folklorique. Il n'est donc pas étonnant que des trésors disparaissent sans même qu'on ait le temps de s'en apercevoir.
Depuis le lancement de ce projet de sauvetage en 2003, de nombreux chercheurs et spécialistes en culture folklorique ont commencé à mener des enquêtes de grande envergure dans le pays afin d'établir un "inventaire" de la culture folklorique chinoise.
M. Feng Jicai est particulièrement heureux de voir la sauvegarde de la culture folklorique chinoise devenir en Chine un point de mire social : le "Projet de sauvetage" a été intégré dans le programme spécial parrainé par la Fondation nationale pour le développement des sciences sociales. Le ministère de la Culture a décidé pour sa part d'inclure le "Projet de sauvetage" dans le Programme pour la protection de la culture folklorique et traditionnelle chinoise, qui sera proclamé cette année avec un fonds de départ de 20 millions de yuans. "Cette campagne de sauvetage revêt plus d'importance sur le plan moral que sur le plan matériel, car par là on voit la création d'une atmosphère caractérisée par un intérêt général pour la protection du patrimoine de notre propre culture", a souligné M. Feng.
Au cours de ce sauvetage, "le pire, c'est qu'il nous manque de spécialistes en culture folklorique, a ajouté Feng Jicai, car il faut avoir des gens suffisamment compétents pour discerner le vrai du faux dans les contes populaires créés dans certaines régions en vue de promouvoir le tourisme, sinon ce qu'on cherche à protéger risque d'appartenir à une culture folklorique de pacotille." On observe également une rupture dans la formation du personnel scientifique dans ce domaine, car rien que pour les estampes de Nouvel An, on ne trouve aucun jeune ni aucune personne d'âge moyen.
"Ce qu'on cherche à sauvegarder, ce ne sont pas les formes modernes de la culture populaire, mais ses formes traditionnelles". "C'est pourquoi les travaux de sauvetage doivent être menés jusqu'au fin fond des campagnes et les enquêtes assurées par de vrais spécialistes. Seuls ceux-ci soient qualifiés pour juger de l'importance des objets concernés et savoir s'ils sont réellement menacés de disparition", explique Feng Jicai.
Quant à savoir s'il est nécessaire de faire appel à la coopération internationale dans certains travaux de sauvetage et si, à cause de l'intervention de capitaux étrangers, le partage des acquis risque de compromettre le développement de la culture traditionnelle chinoise, Feng Jicai admet qu'il s'agit d'une question complexe. Il souligne cependant que le plus important, c'est que ce projet de sauvetage vise à sauvegarder des trésors de la civilisation orientale au profit de toute l'humanité : "Bien qu'elle ne soit pas encore reconnue comme propriété commune de l'humanité, la culture folklorique chinoise a pour vocation de profiter à tous les hommes".
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