PEKIN (Reuters) - Le Parti communiste au pouvoir a levé un coin du voile sur
la nouvelle génération de dirigeants appelés à piloter la Chine dans le XXIe
siècle.
Plus de 2.000 délégués du Parti venant de tout le pays se sont rassemblés
dans le grand hall du Palais du peuple (Parlement) pour élire les 32 membres
du présidium chargée de veiller au bon déroulement du 16e Congrès du PCC,
instance où siègent les principaux prétendants à la succession de la vielle
garde.
Devant l'imposant bâtiment du plus pur style soviétique, la place Tiananmen
a été pavoisée de drapeaux rouges et de slogans à la gloire du régime, mais
l'immense esplanade, où des palmiers ont fait leur apparition pour
l'occasion, a été fermée au public.
La plupart des observateurs s'accordent à prédire un renouvellement des
cadres avec le départ de la vieille garde emmenée par le président et
secrétaire général du Parti Jiang Zemin, 75 ans, dans la plus importante
redistribution des rôles depuis les purges qui ont suivi le "printemps de
Pékin" en 1989.
Vendredi, le chef de l'Etat, qui tracera les grandes lignes politiques des
cinq prochaines années en saluant les progrès accomplis au cours du
quinquennat précédent, devrait ainsi livrer son dernier discours politique.
En attendant l'événement, les autorités chinoises se sont attachées à créer
une "atmosphère favorable" en arrêtant un opposant, en exécutant plusieurs
dizaines de condamnés de droit commun et en promettant la prison aux
journalistes en mal de "fuites".
Le gouvernement a, par ailleurs, dévoilé à l'attention des 60 millions de
"boursicoteurs" chinois son intention d'autoriser des investisseurs
étrangers triés sur le volet à faire leur entrée sur les immenses marchés
financiers nationaux, annonce destinée à relancer des valeurs qui ont
abandonné 30% en 17 mois.
"L'importance du calendrier ne fait de doute pour personne", a déclaré un
analyste soucieux de conserver l'anonymat.
UN AVANT GOUT DE LA DISTRIBUTION DES ROLES
Ce 16e congrès devrait également apporter de substantielles modifications
des statuts du Parti, cela pour permettre l'intégration dans ses rangs de
représentants du secteur privé.
Ji Bingshuan, porte-parole du congrès, a déclaré jeudi que le PCC allait
élargir sa direction à des personnalités "issues de nouvelles couches
sociales", termes désignant les entrepreneurs privés, jusqu'ici honnis du
PC.
Mais cette nouveauté "ne changera pas le moins du monde la nature ou les
objectifs du Parti", a-t-il assuré au cours d'une conférence de presse.
"Nous devons procéder suivant nos propres conditions et nous engager avec la
plus ferme des volontés sur la voie de notre développement politique",
a-t-il poursuivi. "Nous ne devons en aucune façon copier les systèmes
politiques ou les modèles occidentaux."
Jeudi, le présidium a confié le secrétariat général du congrès au
vice-président Hu Jintao, en qui beaucoup voient le successeur de Jiang à la
tête du Parti. Si ce dernier renoncera vraisemblablement à ses fonctions, il
prendra certainement soin d'installer quelques uns de ses fidèles au Comité
permanent du Bureau politique, organe de décision suprême du Parti, estiment
les observateurs.
Quelques uns des candidats aux sept sièges que compte cette instance ont
d'ailleurs fait leur entrée au Comité permanent du présidium. Parmi eux
figurent Zeng Qinghong, poulain de Jiang, ainsi que le chef de la sécurité
intérieure, Luo Gan, et la conseillère d'Etat Wu Yi, Chinoise la plus haut
placée.
Wu Guanzheng, responsable du Parti pour la province de Shandong, Li
Changchun, son homologue de la province de Guangdong, et Jia Qinglin, qui a
renoncé il y deux semaines aux mêmes fonctions à Pékin, en font également
partie.
De source diplomatique, on estime que la composition du Comité permanent du
présidium préfigure la distribution des rôles au sommet de la pyramide
l'Etat.
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