S'il n'a jamais été un secret pour personne, le nationalisme chinois a pris de l'ampleur depuis les récents problèmes au Tibet et au parcours international difficile de la flamme olympique. Mais attention à ne pas diaboliser les Chinois à travers ce phénomène, ils en sont souvent les premières victimes.

Une réaction d'auto-défense
La Chine est redevenue un grand pays avec lequel il faut compter sur les questions internationales. Mais depuis les insurrections au Tibet et les incidents de parcours de la flamme olympique, les JO,et par la même occasion l'image de la grande Chine moderne ont pris du plomb dans l'aile...
Il n'en fallait pas plus en Chine pour attiser un sentiment nationaliste déjà bien présent dans la population. Pas toujours agressif, il s'apparente surtout à un réflexe d'auto-défense du prestige national. Depuis quelques semaines, Carrefour l'apprend à ses dépends avec une campagne de boycott contre ses magasins de Chine continentale. Sa faute ? Etre français et avoir selon les rumeurs financé le Dalaï Lama... Depuis le passage de la flamme à Paris, cela ne facilite pas les affaires.
A l'heure actuelle, critiquer la Chine s'apparente à vouloir ternir les Jeux Olympiques ou saper les progrès du pays sur les dernières décennies... Une vision qui peut paraître démesurée en occident, mais est totalement justifiée pour la majorité des Chinois.
Un passé toujours present dans les têtes
Comment un nationalisme aussi répandu, et surtout aussi sensible a t-il pu s'installer dans l'Empire du milieu ? Les racines sont profondes et comparer la situation en Chine avec ce qui peut se faire en Occident n'aurait aucun sens. Ce qui aujourd'hui crée la discorde avec le Tibet ou les JO, existait déjà hier avec Taïwan ou le sanctuaire japonais de Yakusuni...
Sur le plan historique, les XIXe et XXe siècle chinois ont été marqués par leur lot d'humiliations face aux puissances occidentales plus modernes. Aujourd'hui de retour dans la cour des grands, il y a une certaine logique à ce que le peuple chinois n'ait plus envie de se sentir inférieur, ni se faire dicter ce qu'il doit faire.
Un besoin de faire face à l'occident
Dans les faits, un certain complexe d'infériorité, ou plutôt une fascination pour l'Occident persiste également : les standards américains ou européens sont souvent pris pour modèles dans la vie quotidienne, l'alimentation, les modes vestimentaires, la culture...
Même sur le plan physique, les ressortissants occidentaux, de préférence blancs de peau, sont souvent considérés comme des modèles de beauté extérieure : les nombreuses femmes chinoises cherchant la solution miracle pour avoir la peau blanche, l'importance accordée à la taille des yeux, ou la célébrité de stars comme David Beckham en sont des exemples parmi d'autres.
Les médias et l'éducation pour apprendre à aimer son pays
Pour contrer ce phénomène, le gouvernement n'a jamais hésité à utiliser la propagande à ses fins : les médias évoquent avant tout les succès de la politique locale, mais ne perd jamais l'occasion de souligner l'échec d'un autre pays. Le cinema aussi a souvent entretenu l'image du héros chinois face à de méchants étrangers occidentaux.
Le plus important reste néanmoins l'éducation, servant à entretenir ce sentiment nationaliste chez les enfants des nouvelles classes moyennes et aisées : rapidement, on fait comprendre aux jeunes l'importance de l'unité chinoise, le devoir de chacun d'en protéger la réputation, de ne pas critiquer le gouvernement, voire de ne pas laisser autrui le faire...
La situation aujourd'hui est telle qu'il est malvenu pour un étranger de critiquer la Chine devant un ou plusieurs chinois. Ces derniers sont les seuls à pouvoir théoriquement se permettre de critiquer leur pays, un «laowai», quelque soit son pays d'origine, n'a pas le droit «d'ingérence dans les affaires intérieures chinoises». Ce qui est écrit noir sur blanc notamment dans les contrats des professeurs étrangers (waijiao).
Tibet : une réalité, deux visions différentes
La crise tibétaine et les problèmes de la flamme olympique, ainsi que les réactions pro-chinoises qui ont suivi, sont donc le fruit de deux lectures différentes d'une même réalité : là où la majorité des occidentaux souligne les droits de l'homme et la liberté des peuples à disposer d'eux mêmes, les Chinois et leurs défenseurs mettent en avant les spécificités de l'Empire du milieu, son unité nationale au dessus de tout, et le devoir de non-ingérence dans ses affaires intérieurs par les pays étrangers.
Pour les Chinois, le Tibet, Taïwan, ou tout autre partie du territoire sont inaliénables à la Chine. L'important n'est pas que les peuples concernés se sentent différents, l'important est qu'ils fassent partie de l'unité chinoise «historique». Peu surprenant à partir de là que de nombreux témoignages virulents contre la France ou d'autres pays ayant critiqué Pékin puissent fleurir librement sur le net chinois, d'habitude tellement contrôlé...
Le nationalisme chinois et son ampleur sont incontestables. Le rôle du gouvernement dans son entretien n'est pas négligeable, et cela demeure logique puisqu'il s'agit d'un outil efficace voir indispensable pour entretenir un sentiment de fierté nationale suffisamment fort.
Réaction nationaliste oui, réaction xénophobe non
Mais vouloir, comme certains médias occidentaux l'ont fait, comparer les réactions chinoises avec de la xénophobie ou du racisme est quelque peu maladroit voire irresponsable. Si le racisme anti-occidentaux peut exister dans l'Empire du milieu, sa proportion dans les grandes agglomérations chinoises est négligeable. Ce sont plutôt d'autres voisins asiatiques qui pourraient s'en sentir victimes...
En dépit des récents problèmes politiques, les occidentaux présents en Chine jouissent toujours d'un traitement relativement accueillant de la part de la population locale. A condition bien sûr de ne pas se promener dans la rue avec un T-Shirt «Free Tibet»...
Nicolas Jucha pour C.I.
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