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Le grand bond en avant de la religion en Chine

RELIGION CHINOISE

Copyright © 24heures.ch - Daweide, le 06-03-2006 00:00
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Pour Mao Zedong, faire disparaître «l'opium du peuple» était une priorité. Cinquante ans plus tard, la Chine compte 15 à 20% de croyants. Reportage dans un haut lieu de pèlerinage tibétain. XIAHE

Le grand bond en avant de la religion en ChineIl est noir de monde, le parvis du monastère de Labrang à Xiahe, troisième ville sainte du lamaïsme tibétain. Les pèlerins se pressent, en robe de bure marron ou bleu sombre fourrée de mouton, portant dans leurs bras de très petits enfants. Nous sommes le 12 février, à 23 heures, sous un froid glacial - par moins 10° - à 3000 m d'altitude.

Cette foule qui s'agglutine est celle du festival du Bouddha de lumière, la manière tibétaine de célébrer le nouvel an lunaire. La masse est anarchiste, remuante, mais étrangement silencieuse, d'un style très différent des groupes chinois qui crient et s'invectivent: c'est par respect de la loi lamaïste qui voit dans les cris des manifestations démoniaques et dans le silence la vertu et la maîtrise de soi.

Incandescents dans la nuit, cinq bas-reliefs sont posés contre le mur du monastère. Ils sont en beurre de yak, aux couleurs vives. Ils montrent des bouddhas et des dieux, tels Yama (la Mort), Naga (l'Eau), ou des péchés, tels l'orgueil campé sous les traits d'un éléphant, la goinfrerie symbolisée par un cochon et la luxure exprimée par une naïade nue à tête de dragon. Deux rangs de jeunes moines protègent les œuvres de la foule, vêtus de leur robe de coton rouge et armés de solides triques.

Coexistence entre les communautés

Soudain, au premier rang, une femme avance, feinte à gauche, pique à droite, contourne trois frères et réussit à toucher un des bas-reliefs de son front: les coups claquent sur son échine. Sans se plaindre, la resquilleuse se retire, un large sourire aux lèvres: elle a volé sa bénédiction pour une année. Les moines aussi sourient, complices. Sous le plafond d'étoiles, la ferveur collective se poursuit ainsi jusque tard dans la nuit, avec ses dizaines de milliers de fidèles ayant affronté glaces, montagnes et déserts pour se rassembler, venus parfois de 200 km de distance, à des jours de route!

La coexistence entre les communautés n'a jamais été facile à Xiahe, qui vit toujours sous la tension du rattachement forcé à la Chine en 1959 - Xiahe, comme la moitié du Tibet de l'époque, a été incorporée à une province, le Gansu. Brasser des ethnies qui s'ignoraient depuis toujours ne va pas de soi. Derrière les colonies de peuplement Han ont suivi les Hui (musulmans), qui ont pratiqué le commerce que les Tibétains rejetaient. Aujourd'hui, leur imam explique la pauvreté des Tibétains par leur «paresse» qui détourne les clients de leurs commerces: préjugé tendant à justifier implicitement la supériorité des Hui!

Mais les choses changent. Les Tibétains apprennent la concurrence et les métiers d'argent. L'un d'eux, un multimillionnaire qui vit entre Xiahe et Lhassa, truste le commerce national du beurre de yak.

A Xiahe, cette intégration entre les trois ethnies et religions (bouddhisme, lamaïsme et islamisme) semble déjà bien présente, par un genre de miracle en cours, peut-être lié à la tradition tibétaine de compassion. Dans les quartiers, les trois ethnies cohabitent pêle-mêle.

ÉRIC MEYER

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