PEKIN (AP) - Le premier enquêteur onusien sur la torture à se rendre
en Chine a déclaré vendredi que les passages à tabac et la privation de
sommeil restent monnaie courante dans les prisons chinoises. Il a
également accusé Pékin de lui avoir mis des bâtons dans les roues
pendant son séjour.
A la fin de son voyage entamé le 21 novembre, Manfred Nowak, enquêteur
spécial sur la torture de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU,
a estimé devant la presse que "de nombreuses étapes restaient à
franchir pour bâtir un système respectant le droit".
Cette visite venait mettre un terme à dix ans d'efforts de la part de
l'ONU pour envoyer un enquêteur sur place. Pékin avait auparavant à
plusieurs reprises accepté ces visites, avant de les reporter sine die.
Manfred Nowak a visité des prisons à Pékin, au Tibet et dans le
Xinjiang à majorité musulman. Il s'est entretenu avec nombre de
responsables du système judiciaire chinois.
Interrogé sur la torture, il a déclaré: "je considère qu'elle est en déclin mais toujours répandue".
Dans un communiqué, l'ONU précise avoir reçu des informations sur
diverses méthodes qui seraient pratiquées en Chine, chocs électriques,
brûlures de cigarettes, cagoules, tortures avec de l'eau, exposition au
froid ou à la chaleur extrêmes... "Nombre de ces méthodes de torture
ont été utilisées", a pu confirmer Nowak grâce aux informations
recueillies sur place, précise le communiqué.
L'enquêteur s'est aussi plaint d'avoir été victime de restrictions de
la part d'agents de la sécurité chinoise. Ses interviews avec les
familles des détenus étaient surveillés, ses conversations écoutées,
a-t-il expliqué. En outre, "les familles des victimes étaient parfois
empêchées de venir me rencontrer, par divers moyens, comme de les
mettre aux arrêts domiciliaires ou de les en empêcher physiquement",
a-t-il raconté.
L'ONU a souvent reçu des plaintes concernant les dissidents, défenseurs
des droits de l'Homme, membre du mouvement Falun Gong ou des églises
non-officielles, Tibétains et Ouïghours, victimes de "tortures
systématiques", selon le même communiqué.
L'une des rares affaires de torture à avoir atteint les médias
officiels chinois est l'histoire d'un homme, remis en liberté en avril
après 11 ans de prison, lorsque sa femme, qu'on l'accusait d'avoir
tuée, a refait surface... She Xianglin a alors raconté qu'il avait nié,
pendant dix jours et dix nuits, avoir tué son épouse. Mais la police
l'a privé de sommeil et interrogé de manière quasi-permanente, jusqu'à
ce qu'il craque et signe une confession, sans même l'avoir lue.
Professeur de droit à Vienne, Manfred Nowak, qui a rencontré environ 30
détenus, a également appelé à l'abolition des centre de rééducation apr
le travail, dans les camps ainsi que dans les centres de détention
préventive ou hôpitaux psychiatriques. Son rapport sera examiné par la
Commission des droits de l'Homme lors de sa réunion de l'année
prochaine. AP
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