La révolution sexuelle fait tache d'huile en Chine
Sujet tabou depuis plusieurs siècles en Chine, la sexualité fait l'objet d'un débat public dans la presse, dans des réunions et même dans des écoles. Mme Li Yinhe, la première femme sociologue en matière sexuelle dans ce pays, se consacre notamment à la sexualité dans la Chine contemporaine depuis une dizaine d'années. Née en 1952 à Pékin, elle a obtenu le doctorat en philosophie à l'Université de Pittsburg aux Etats-Unis, puis le post-doctorat en sociologie à l'Université de Pékin.
Elue parmi les 50 premiers Chinois les plus influents par Asian Weekly, elle travaille, à titre de chercheuse et directrice de doctorat, à l'Académie des sciences sociales de Chine. Voici ses quelques points de vue sur la vie sexuelle des Chinois.
I. Les Chinois sont-ils satisfaits de leur vie sexuelle ?
Considérant la vie sexuelle comme une affaire honteuse, les Chinois ne veulent pas en parler en public. « Généralement parlant, la vie conjugale des Chinois est harmonieuse », a dit Mme Li, qui a mené une enquête sur ce sujet. Celle-ci montre que la moitie des couples sont satisfaits de leurs conjoints.
Expliquant le résultat d'une autre enquête ( menée chez 3 824 personnes mariées ou en cohabitation), selon laquelle plus de 25 % font l'amour moins d'une fois par mois et 6,2 % n'ont pas eu de rapports sexuels pendant toute l'année dernière, Mme Li a attribué ce phénomène à la pression nerveuse dans la vie d'aujourd'hui et à l'idée traditionnelle que trop d'actes sexuels nuisent à la santé.
Elle croit qu'une révolution sexuelle se propageait silencieusement dans ce pays le plus peuplé du monde à l'époque où elle a mené l?étude sur ce sujet. Elle a reconnu que des problèmes sexuels, tels que la liaison sans lendemain, la cohabitation, l'amour extraconjugal, la prostitution et l'avortement, font partie de la vie actuelle des Chinois.
Etonnée par la rapidité du changement mental de ses compatriotes à l'égard de la sexualité, elle a dit qu'à Pékin, le pourcentage des relations sexuelles prénuptiales est passé de 15,5 % en 1989 à 60 à 70 % en 2004. L'expert ramène les actes sexuels en Chine à 4 formes :
Les relations sexuelles conjugales ayant pour but principal de porter un enfant ;
Les relations sexuelles conjugales essentiellement pour satisfaire au plaisir sexuel ;
Les relations hétérosexuelles hors du mariage ;
Les relations homosexuelles.
Mme Li indique que les relations sexuelles extraconjugales s'aggravent en Chine à tel point que de nombreux couples se trouvent au bord du divorce. Elle critique cet acte sexuel infidèle sauf dans le cas où les conjoints ont un accord entre eux sur la liaison extraconjugale. « Divorce ou bien un partenaire sexuel supplémentaire pour chaque conjoint, voila les deux méthodes que le couple choisit pour résoudre ce problème », a-t-elle dit.
II. La liaison sans lendemain
Mme Li considère la liaison sans lendemain comme étant un choix individuel. Elle ne doit pas être blâmée lorsque les auteurs sont tous deux célibataires. Pourtant, a-t-elle dit, cet acte sexuel est plein de risques : plus de partenaires sexuels on a, plus de maladies sexuellement transmissibles on risque de contracter.
III. L'homosexualité masculine
Mme Li indique que la différence la plus nette entre l'homosexuel masculin chinois et celui en Occident est que le premier a l'éventualité d'épouser une femme. Cet acte est plus ou moins incompréhensible pour les Occidentaux. Mais il est normal pour un Chinois de souche : En Chine, l'homme a pour devoir inéluctable de se marier, non seulement pour assurer la continuation de sa famille, mais aussi pour respecter les règles de conduite intangibles fixées par la culture traditionnelle. Ainsi certains homosexuels masculins trouvent-ils des astuces pour satisfaire le désir sexuel de leurs épouses sans exhiber leur préférence sexuelle réelle. Une fois le « secret » éventé, une partie de leurs épouses y réagissent de manière modérée. Car leurs femmes sont moins jalouses des liaisons de leurs maris avec un homosexuel qu'avec un sexe opposé.
IV. Prostitution
« Il serait préférable d'accorder des permis aux prostitué(e)s chinois(es) et de les soumettre à des examens sanitaires réguliers, ce qui sauvegarderait les droits des femmes et aiderait à résoudre des problèmes sociaux comme la prostitution. Je crois que cela arrivera un jour ou un autre. Je n'ai pas l'intention de légaliser ce commerce de charmes, mais je n'y vois pas un crime. Nous devons traiter cela comme un problème de moralité ou bien une affaire basée sur un acte volontaire, qu'elle soit payée ou non. Nous devons préserver le droit de blâmer ce commerce sous l'angle de la moralité », a dit Mme Li.
« Il est impossible d'éliminer le plus vieux métier du monde par voie de punition judiciaire. Par contre, il passera à la clandestinité et engendrera une série de problèmes sociaux comme l'implication de groupes mafieux et la corruption de la police. En un mot, une solution autre que la punition des prostitués doit être trouvée pour ce problème. »
Elle indique que la législation sur la sexualité doit être conforme à la culture du pays d'origine. Pour la Chine, la réforme juridique doit mettre l'accent sur la critique morale et la prévention des maladies sexuellement transmissibles.
La Chine connaît sans aucun doute une révolution sexuelle, a affirmé Li. Bien que les Chinois n'ont pas formulé la « liberté sexuelle » comme slogan de la libération sexuelle, ils ont en fait mis en pratique cette conduite, a-t-elle dit. Li prévoit que les Chinois rattraperont les Occidentaux en ce sens dans un délai de moins de 20 ans.
Le Quotidien du peuple
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