Un rapport du Bureau international du travail révèle que les organisations criminelles chinoises prennent pied en France en exploitant les clandestins. Restauration, confection, prostitution : cette économie souterraine s'attaque à de nombreux secteurs.
C'est un monde secret, une société invisible, difficile à décrypter pour qui ne connaît pas ses codes. Depuis plusieurs mois, policiers, politiques et organisations internationales s'inquiètent du développement d'activités criminelles qui prospèrent sur l'immigration clandestine chinoise en France et en Europe. Un rapport du Bureau international du travail (BIT), agence spécialisée de l'ONU, décortique cette économie souterraine dont les migrants chinois, exploités par des réseaux mafieux, sont les premières victimes.
Le racket, le travail forcé dans la confection ou dans la restauration y sont monnaie courante. Les méthodes musclées ne font pas peur aux mafieux. Ainsi, en 2003, l'épouse d'un maroquinier et sa fille de 9 ans ont été assassinées dans le XX e arrondissement de Paris. Peu avant, à Vitry (Val-de-Marne), un couple de commerçants et leur fils de 31 ans avaient été torturés et tués. Un restaurateur de Corbeil (Essonne) avait été aussi battu à mort.
Des racketteurs ont par ailleurs été arrêtés en Seine-Saint-Denis. Un deuxième rapport, toujours du BIT, enrichi de témoignages d'élus, d'inspecteurs du travail, de fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et de la Justice française sera publié ces prochaines semaines.
Main-d'oeuvre bon marché. En janvier dernier, la Chine et la France ont toutefois signé un premier accord pour lutter contre ces filières d'immigration clandestine et ces mafias criminelles. Différence de culture, barrage linguistique, les résultats sont encore balbutiants. « Il y a une hypocrisie générale, car sans ces petites mains le secteur de la confection s'effondrerait », estime un banquier parisien. Le BIT relève ainsi qu'une main-d'oeuvre chinoise flexible et sans protection sociale est employée dans des ateliers de confection ou dans des « appartements raviolis » (où sont fabriqués des plats chinois destinés à la restauration) situés à Paris ou dans les grandes villes françaises. Selon le rapport, leur travail est régi par la règle des trois « D » : « dangereux, difficile et dégradant ». Certains clandestins, rêvant d'un avenir plus radieux, reviennent brutalement sur terre : « Nous travaillons comme des boeufs, mangeons comme des porcs et dormons dans des cages à poules », décrivent-ils. Une triste réalité qui ne doit cependant pas être élargie à toute la communauté chinoise en France : « Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac, modère Lin Yang, président de l'association des Chinois de France. Nous sommes en général très ouverts et bien intégrés. » « Vrai, note un policier, les dirigeants de la communauté collaborent avec nous pour éliminer les canards boiteux. »
Réseaux organisés. Les filières mafieuses ont mis en place une économie parallèle qui profite de cette main-d'oeuvre. Un business lucratif. Les sociétés et le patron sont déclarés, mais un certain nombre de travailleurs ne l'est pas. La fabrication des produits s'effectue dans de discrets pavillons, loin des sociétés implantées en centre-ville. « Les responsables de ces commerces ne paient pas les taxes et ne satisfont pas aux règles d'hygiène », souligne le BIT. En 2000, un patron d'entreprise textile chinois, entendu par l'Office central de répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi des étrangers sans titre (OCRIEST), a avoué des bénéfices de 686 000 € sur 18 mois... non déclarés. Cet argent qui échappe au fisc transite parfois vers une tontine (une cagnotte commune) et repart en Chine pour être blanchi. Et de là-bas, d'autres trafics sont organisés pour inonder les pays riches, comme la fabrication de faux médicaments, le Viagra par exemple.
Démantèlement difficile. La lutte contre cette économie souterraine protéiforme (traite humaine, travail non déclaré, trafics en tout genre) se révèle difficile. Les enquêteurs du groupement d'intervention régional de Paris (GIR) se sont intéressés au rachat de petits commerces parisiens, notamment dans le XI e arrondissement, où l'origine des fonds reste obscure. « L'efficacité des sanctions contre le travail illégal prises par la France, note le BIT, reste encore à prouver. Car malgré cet arsenal répressif, le nombre de travailleurs chinois clandestins sans papiers en France a augmenté très sensiblement. »
François Vignolle - Leparisien.com
» Réagissez, Ajoutez votre commentaire !
Articles Relatifs