La Chine refuse un charter de clandestins chinois
CLANDESTINS CHINOIS
Ce devait être une première. Vendredi 8 septembre, 70 Chinois devaient être reconduits dans leur pays par un vol groupé partant de Roissy, en fin de matinée, à destination de Pékin. Mais l'avion affrété par le gouvernement n'a jamais décollé, Pékin refusant d'autoriser le vol, malgré les efforts de la Place Beauvau.
De source diplomatique, ce "cafouillage est d'ordre technique et non politique. La Chine n'a pas d'objection de principe au renvoi de personnes en situation irrégulière mais la France n'aurait pas rempli, dans les délais requis, un certain nombre de formalités préalables". L'opération avait été longuement et minutieusement préparée. Depuis plusieurs semaines, consigne avait été donnée aux préfectures de "remplir" les centres de rétention administrative (CRA) de Chinois en situation irrégulière. "A Paris, en août, la police a procédé à des interpellations massives et ciblées dans les ateliers, dans la rue, dans le métro, au sein des trois quartiers à forte communauté chinoise", témoigne Camille Desert, intervenante de la Cimade au CRA de Vincennes.
Ce vol groupé avait été conjointement évoqué, le 18 juillet, par le ministre de l'intérieur et son homologue chinois Zhou Yongkang dans le cadre d'un accord visant à renforcer la coopération franco-chinoise dans la lutte contre l'immigration irrégulière. Un accord dans lequel M. Zhou s'engageait notamment à une plus grande collaboration en matière de laisser-passer consulaires, ces documents émis par les pays d'origine des clandestins, nécessaires à leur retour. A l'issue de cette rencontre, M. Sarkozy avait annoncé qu'il y aurait prochainement "une opération de retour groupé d'immigrants clandestins qui seront renvoyés en Chine".
M . Sarkozy sait que sa politique de lutte contre l'immigration irrégulière passe par une coopération renforcée avec les pays d'origine. Avec Pékin, la coopération est d'autant plus cruciale que l'immigration clandestine chinoise en France est donnée comme l'une des plus fortes. Selon un rapport sur "le trafic et l'exploitation des immigrants chinois en France", réalisé par Yun Gao et Véronique Poisson, et publié en juin 2005 par le Bureau international du travail, les immigrés chinois illégaux seraient environ 50 000 en France, avec 6 000 nouveaux clandestins chaque année. Soit de 12 % à 25 % du total des 200 000 à 400 000 immigrés illégaux présents dans l'Hexagone, selon les estimations gouvernementales.
"La Chine a aujourd'hui une réelle volonté de réglementation, de contrôle en matière d'immigration comme dans tous les domaines, confirme Pierre Picart, chercheur en géopolitique à Paris-VIII, spécialiste de la Chine. En tant que grande puissance, la Chine ne veut pas être considérée comme un vulgaire pays à qui on renvoie ses ressortissants indésirables. Or, un vol groupé, en terme d'image, fait mauvais effet. Si Pékin ou Washington renvoyait vers Paris un charter d'immigrés clandestins français cela susciterait un incident diplomatique. Pour les Chinois c'est la même chose : ils ne veulent pas perdre la face."
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