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Dernière mise à jour le 08 juillet 2008 à 23:09

La Chine réévalue son patrimoine culturel immatériel


L'opéra Di, d'Anshun, a une histoire de 600 ans. Il a été l'un des premiers patrimoines à être inclus à la liste nationale du patrimoine culturel immatériel.

La danse humaine du Dragon, l'un des arts du spectacle à être inclus dans la liste nationale du patrimoine culturel immatériel.

Image du Nouvel An à Zhangzhou

Broderie traditionnelle à la main de Suzhou

Le duo formé de Li Huaixiu et Li Huaifu, le frère et la soeur, a remporté le premier prix, lors du Concours des Jeunes Chanteurs.
En dépit des efforts vigoureux déployés actuellement pour protéger les coutumes traditionnelles en Chine, le terme « patrimoine culturel immatériel » était un terme pratiquement inconnu il y a seulement trois ans.

Aujourd'hui, avec le développement rapide de l'économie chinoise, la quête du modernisme remplace rapidement les traditions et les modes de vie anciens. Le prêt-à-manger, la musique pop occidentale, les chaussures Nike, la NBA, la Coupe du monde et les superproductions occidentales dominent la vie des jeunes. Avec l'accélération de l'urbanisation, les pratiques traditionnelles associées aux modes de vie ruraux sont de plus en plus considérées comme arriérées et archaïques.

Non seulement le développement économique a-t-il transformé les coutumes sociales actuelles, mais il a également imprégné les perceptions sur la culture traditionnelle. Des instruments musicaux occidentaux, tels que les instruments à clavier et le piano, sont introduits dans des opéras locaux, alors que les pièces traditionnelles et d'autres types d'art de la scène disparaissent rapidement. Selon certaines évaluations, il y avait plus de 380 types d'opéra chinois dans les années 1960; aujourd'hui, ce chiffre a baissé de moitié. « Il y a très peu de gens qui peuvent chanter ces opéras et l'assistance disparaît rapidement aussi », déclare M. Tian Qing, directeur du Centre de recherche et de protection du patrimoine culturel immatériel.

La baisse de la popularité du célèbre laque de Beijing est un autre exemple de coutumes en voie de disparition. Il y a cent ans, ces objets d'artisanat comptaient parmi les tributs les plus valables offerts à la famille impériale. Aujourd'hui, ces objets sont vendus à des prix bien inférieurs en raison de la faible demande du marché. Comme le relate un vieil artisan, cet artisanat ancien exige l'application de plus de 100 couches différentes de peinture naturelle sur l'objet, avant qu'il soit séché à l'air et gravé. C'est un processus qui prenait habituellement une année. « Aujourd'hui, dit-il, ce processus est précipité et est souvent accompli en seulement quelques semaines. »

L'émergence d'un mouvement de protection

« L'attitude du gouvernement chinois vis-à-vis du patrimoine culturel a atteint un tournant cru-cial », déclare M. Mounir Bouchenaki, ex-sous-directeur général de l'Unesco pour la culture. M. Bouchenaki a travaillé à l'Unesco, et pendant plus de 20 ans à l'ONU, il visite fréquemment la Chine. De concert avec des experts chinois, cet homme a lancé de nombreux projets de coopération pour la protection du patrimoine culturel à Beijing, au Xinjiang et à Xi'an. « Aujourd'hui, je constate les gros efforts de la Chine pour protéger le patrimoine culturel », dit-il.

Depuis la promulgation de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en 2003, la Chine parti-cipe activement aux négociations. C'est le sixième pays à avoir signé cette convention dans le monde. Ces trois dernières années, le gouvernement chinois a non seulement lancé de nombreuses campagnes pour protéger le patrimoine culturel, mais il a également établi une liste nationale de protection pour sauver certaines pratiques culturelles en voie d'extinction.

M. Bouchenaki indique : « Les Chinois ne se satisferont pas de la vie dans une ville moderne comme les autres, dominée par des gratte-ciel; ils sont très intéressés à garder leurs racines. »

Redécouvrir « l'art vocal primitif »

Il y a trois ans, le duo formé de Li Huaixiu et de Li Huaifu, d'ethnie yi et frère et sœur, ne s'est pas qualifiée pour les finales du Concours des Jeunes Chanteurs, en raison de leur manque de formation musicale officielle. Cependant, l'année dernière, lors du même concours, le duo a remporté la médaille d'or dans la catégorie « art vocal primitif » en utilisant le style du chant folklorique. Les Li se considèrent les heureux bénéficiaires de la décision de la Chine de protéger le patrimoine culturel immatériel.

« Nous sommes émus de constater que ‘‘ l'art vocal primitif'' peut enfin être reconnu », confie Li Huaixiu. « En somme, les méthodes traditionnelles de chant peuvent être jugées sur un pied d'égalité avec des techniques établies telles que le bel canto. »

La vie des Li a changé complètement. « Avant, nous n'aurions jamais osé rêver de visiter différentes villes et d'y donner des représentations », nous avoue-t-elle.

Leur village natal a également profité de leur succès. « En plus d'installer des téléphones et des téléviseurs, le gouvernement a également pavé les rues du village », déclare Li Huaifu.

En dépit de ces améliorations matérielles, les Li sont particulièrement reconnaissants que la musique folklorique traditionnelle soit finalement considérée comme une forme d'art importante. « La musique folklorique reçoit de plus en plus d'attention de la part des médias et du gouvernement, indique Li Huaixiu. Notre succès au Concours des Jeunes Chanteurs n'est qu'un début. »

« Chaque fois que je suis à la maison, des enfants me demandent toujours de leur enseigner des chansons folkloriques », dit-elle.

Des défis toujours renouvelés

Malheureusement, la plupart des protecteurs de la culture ne sont pas optimistes quant au possible sauvetage de certaines pratiques culturelles en voie d'extinction.

Mme Yang Li, directrice adjointe de l'Institut de musique et de danse de la province du Sichuan, est une passionnée de la danse Kasidawen. Cette danse est exécutée avec une armure, et elle est associée aux groupes ethniques tibétain et qiang du Sichuan. Cette forme artistique tire son origine de la danse sacrificatoire exécutée pendant la chasse et le combat, mais elle s'est lentement transformée en représentation cérémoniale. Pendant la danse, les danseurs mettent des armures spéciales. « Aujourd'hui, il ne reste que trois armures dans la région. La plupart des armures ont été vendues à bas prix, et ce qui est encore plus regrettable, c'est que, souvent, les jeunes quittent maintenant le village pour aller travailler ou faire des affaires. Ainsi la nouvelle génération est peu disposée à apprendre cette forme d'art », confie Mme Yang. Aujourd'hui, la Kasidawen est exécutée surtout parmi les plus âgés, mais beaucoup sont déjà trop vieux pour danser.

Les changements des modes de vie représentent un défi important pour l'effort de préservation du patrimoine culturel immatériel. Par exemple, la danse traditionnelle Kasidawen demande également l'utilisation de peaux de tigre. Cependant, puisqu'on interdit maintenant la chasse aux tigres dans cette région, une part importante de la tradition relative à cette danse a disparu. Mme Yang nous indique que les villageois ont complètement oublié cette partie de la danse. « Heureusement que j'ai documenté cette pratique, il y a 20 ans, dit-t-elle, autrement elle aurait été totalement perdue. »

Après 20 ans de recherche effectuée avec ses collègues dans le domaine, Mme Yang a écrit un livre sur la danse Kasidawen. « Nous avons reçu 310 000 yuans de divers organismes gouvernementaux pour ce projet, explique-t-elle. Cependant, nous sommes toujours à court de financement. » Le manque de fonds signifie que beaucoup de jeunes chercheurs sont peu disposés à poursuivre des recherches par souci de ne pas pouvoir soutenir leur famille avec un si maigre salaire. Comme beaucoup d'autres protecteurs de la culture, elle se sent pessimiste et sans ressource pour ce qui est des perspectives de préservation du patrimoine culturel immatériel. « Le financement reste limité, précise Mme Yang, et nous comprenons que beaucoup de patrimoines ont besoin d'être protégés. »

Le patrimoine culturel immatériel

Le patrimoine culturel immatériel se définit comme les pratiques, représentations et expressions, ainsi que les connaissances et habiletés que les communautés, groupes et, dans certains cas, les individus, identifient comme faisant partie de leur patrimoine culturel.

Le patrimoine culturel immatériel est transmis de génération en génération et est constamment recréé par les communautés et groupes en réponse à leur environnement, à leur interaction avec la nature et à leurs conditions historiques d'existence.

Il se manifeste dans les domaines suivants : traditions et expressions orales, y compris le langage qui est conçu comme un véhicule du patrimoine culturel immatériel ; l'art de la scène; les pratiques sociales, les rituels et les événements festifs; la connaissance et les pratiques relatives à la nature et à l'univers; et l'artisanat traditionnel.


Source : La Chine au Présent,
Le 04 décembre 2007 à 18:27
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