Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'éducation a vertement critiqué la Chine samedi pour l'absence de gratuité et de liberté de son enseignement, dont la privatisation progresse à grands pas.
"Le droit à l'éducation doit encore être reconnu en Chine, car ce n'est pas seulement une question du nombre d'élèves inscrits, mais aussi de liberté de choix", a déclaré Katarina Tomasevski, qui a effectué une mission de dix jours en Chine et adressera son rapport au Haut Commissaire des droits de l'Homme des Nations Unies.
Dans un entretien à l'AFP, elle a notamment rappelé la contradiction entre les traités internationaux signés par la Chine et l'enseignement incontournable du marxisme-léninisme comme idéologie officielle.
"Pour les minorités, l'éducation obligatoire constitue une violation de leurs droits de l'Homme", a-t-elle estimé, alors que l'enseignement des langues minoritaires n'est pas encouragé, mais tout juste toléré, et que les religions doivent rester à la porte des écoles.
Par ailleurs, une discrimination flagrante perdure aussi à l'encontre des migrants venus des campagnes, la plupart du temps rejetés du système scolaire dans les villes.
"Trois différentes sources m'ont rapporté l'existence d'une +taxe de scolarité temporaire+ de 20.000 yuans (2.400 dollars) que doivent payer les migrants à Pékin", a déclaré Mme Tomasevski.
"Il y a un préjugé contre les enfants de migrants qui sont réputés ne pas être +de bonne qualité+ et font baisser le niveau de l'école", a-t-elle ajouté.
En ne finançant l'éducation qu'à hauteur de 2% du Produit intérieur brut (PIB), contre une recommandation internationale de 6%, Pékin ne se donne pas les moyens de garantir l'accès au savoir pour tous.
"Le coût de l'éducation est une source d'embarras pour le gouvernement", parce que le sujet est abordé quotidiennement par les médias chinois et soulève un mécontentement populaire croissant.
Mme Tomasevski s'inquiète de la "tendance du gouvernement central à rejeter la responsabilité en matière d'éducation sur les autorités locales et les enseignants".
"Les autorités locales n'ont souvent pas assez d'argent", a-t-elle expliqué en appelant Pékin à multiplier par trois sa contribution.
Vendredi, le Premier ministre chinois Wen Jiabao s'est encore tourné vers les districts, qui sont au nombre de plus de 2.000 à travers le pays, pour financer l'enseignement en milieu rural, où vit 60% de la population.
"Les départements au niveau ministériel et provincial doivent mettre en place des fonds spéciaux et améliorer la supervision tandis que les gouvernements des districts doivent assumer la responsabilité majeure de garantir l'investissement dans l'éducation", a déclaré M. Wen, cité par l'agence Chine nouvelle.
Devant la multiplication des frais perçus par les établissements scolaires auprès des familles, Mme Tomasevski appelle "le gouvernement central à honorer son engagement de fournir les fonds nécessaires aux autorités locales les plus pauvres". Elle demande aussi "une enquête pour connaître la réalité des coûts", alors que la loi chinoise, qui prévoit neuf années scolaires d'enseignement obligatoire et gratuit, "est violée dans les faits".
Avec une nouvelle loi entrée en vigueur en septembre autorisant désormais un enseignement privé à tous les niveaux, il existe pour le rapporteur de l'ONU un danger de "paupérisation accrue de l'enseignement public" en Chine.