
La promotion de faucons nationalistes au sein du gouvernement Koizumi laisse augurer de relations encore plus orageuses entre le Japon et ses voisins asiatiques, Chine en tête, avertissent mardi les analystes, au lendemain de la présentation du nouveau cabinet nippon.
Ce choix diplomatique assumé coïncide avec un renforcement de la coopération militaire déjà très étroite avec les Etats-Unis, scellé le week-end dernier à Washington, soixante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
"L'alliance nippo-américaine est indispensable pour maintenir la sécurité" du Japon, a réaffirmé le Premier ministre de droite Junichiro Koizumi aussitôt après le remaniement.
"Il est extrêmement important de maintenir un système de dissuasion pour se protéger (...) de ceux qui voudraient envahir le Japon", a-t-il plaidé.
Sur le front diplomatique, le nouveau gouvernement est clairement pro-américain et anti-chinois", constate le politologue Minoru Morita.
Tant le bras droit du Premier ministre, Shinzo Abé, nommé porte-parole du gouvernement, que le nouveau ministre des Affaires étrangères, Taro Aso, sont des amis des Etats-Unis.
"En nommant Abé et Aso, Koizumi a affiché sans ambiguïté son intention de ne pas transiger avec la Chine", souligne M. Morita.
Le nouveau gouvernement, annoncé lundi par M. Koizumi après son triomphe aux législatives du 11 septembre, est surtout composé de fidèles du Premier ministre, spécialistes de politique intérieure, aux qualités diplomatiques incertaines, font remarquer les éditorialistes.
"Leur philosophie politique est inconsistante. La seule chose qui les lie est leur loyauté envers Koizumi", note Kaoru Okano, un autre politologue.
MM. Abé et Aso - tous deux potentiels successeurs de M. Koizumi - sont de chauds partisans des visites controversées du Premier ministre au sanctuaire patriotique du Yasukuni à Tokyo, auquel ils se rendent eux-mêmes régulièrement.
Les pèlerinages annuels de M. Koizumi dans ce haut-lieu spirituel du nationalisme japonais déclenchent immanquablement les vives protestations des Chinois et des Coréens qui y voient la glorification de l'impérialisme nippon.
"C'est le gouvernement du Yasukuni", tranche M. Okano.
Le ministre sortant des Affaires étrangères, Nobutaka Machimura, a d'ailleurs mis en garde contre toute dérive nationaliste de la diplomatie japonaise.
"Si le Premier ministre, le porte-parole du gouvernement et le ministre des Affaires étrangères se rendent au Yasukuni, cela risque de nous entraîner dans une situation assez grave" vis-à-vis des voisins asiatiques du Japon, a déclaré M. Machimura en faisant ses adieux à la presse.
Toutefois, les deux faucons néo-conservateurs du gouvernement Koizumi pourraient mettre de l'eau dans leur saké pour éviter de nuire aux relations économiques cruciales entre les deux géants d'Extrême-Orient, tempère Shigeaki Uno, spécialiste de l'Asie orientale à l'Université de Shimane.
"Je pense que M. Aso utilisera ses contacts dans les milieux d'affaires pour négocier en sous-main avec les Chinois", prédit-il, en référence au passé d'industriel aisé du nouveau chef de la diplomatie.
En outre, des faucons jouissant d'une forte popularité dans leur pays sont souvent meilleurs dans les négociations internationales que les colombes dépourvues d'autorité, argue M. Uno, en ajoutant que "MM. Aso et Abé savent fort bien qu'ils ne pourront pas toujours se comporter en faucons".
Selon lui, il est probable que Pékin, qui souhaite resserrer ses liens avec Washington, ne cherchera pas à envenimer la situation avec Tokyo.
"Les dirigeants chinois peuvent sembler se fâcher de temps en temps mais ils sont très pragmatiques. Certes, ils se méfient des faucons japonais, mais leur priorité se situe au-delà du Japon", en direction des Etats-Unis, juge M. Uno.
Pékin a d'ailleurs réagi mardi avec modération à la présentation de la nouvelle équipe Koizumi.
AFP
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